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 don't make it bad ✭ william.

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Date d'inscription : 01/08/2012
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It's a kind of magic.
Age du personnage : 14ans
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MessageSujet: don't make it bad ✭ william.   Sam 8 Sep - 5:14

Spoiler:
 

Take a sad song and make it better.


Elle regardait le goudron se tortiller depuis un moment déjà. C'était drôle, la façon dont il s'animait, dès que l'on n'y prenait plus garde, que se l'on se laissait emporter, conscience à moitié effacée, les pensées relâchées et les yeux dans le vague. Ça serpentait, comme des petites rivières, une sorte de magma cahouteux, enjôleur, qui glissait, glissait, de toute part. Il y avait des petites plaques plus ou moins figées autour desquels des petits ruisseaux de pierre lui abîmaient les paupières.
Il s'agissait d'un sol semblable à tous les autres, quoique des touffes d'herbes claires viennent par endroit l'étayer. Elle ne savait plus très bien depuis combien de temps elle s'était mis à l'observer, ni quand cela avait commencé. Elle retenait presque son souffle, de peur de briser, en laissant s'échapper cet état de relâchement, en se concentrant un peu trop, le sortilège étrange et ténue de cette mer de gravier. Elle trouvait du ravissement dans cet étrange pouvoir qu'elle avait acquis à la volée, en s'éparpillant autour de ses pensées dérivées. Elle attendait de voir si elle pouvait tenir cela, encore plus longtemps. Quelle pensée briserait ce demi-sommeil, quelle intervention extérieure l'empêcherait d'y donner suite.
Lennie puisait dans le kaléidoscope de bizarreries qu'elle réalisait, construisait consciencieusement jour après jour une joie aussi puérile et inconditionnelle qu'elle. Toujours, elle était à la recherche de nouveaux petits rêves à enfiler comme des perles sur un collier, un chapelet qu'elle égrenait entre ses doigts pour se rassurer, bondir un fois de plus de son pas trottinant, léger, en avant. Il ne fallait pas refuser de partager cela avec quiconque, bien que les rêves que l'on a uniquement pour soi deviennent un peu secrets, un peu différents, précieux autrement ; elle était convaincue que personne ne méritait d'être exclu des songes d'autrui, que parfois, les gens pouvaient ne pas comprendre, ou renforcer de leurs propres lumières la structure tremblotante des petites bougies que Lennie allumait pour tous dans la nuit. Il ne fallait pas voir dans l'inconnu une raison d'avoir peur, plutôt des mystères prêts à être découverts. C'était cela, la vraie sagesse, selon elle. Oh, peut-être qu'elle s'y prenait mal, qu'elle devrait prendre le temps d'y réfléchir sérieusement, de regarder où elle mettait les pieds. Ses pérégrinations perdraient de leurs attraits, mais elles n'en seraient que plus utiles, sans doute, non ?
Cela dépendait quelle sorte d'utilité l'on choisissait de privilégier.
Une goutelette lui caressa le front, la faisant tressaillir, brisant son semblant de transe. Elle ne se décida pas à bouger immédiatement, les sourcils froncés, boudeuse, sur le point aurait-on dit de demander au territoire sous ses pieds de recommencer à se mouvoir pour ses beaux yeux. Allons. Puis, une seconde goutte lui picota la main, une autre lui dégringola le long du dos. Elle s'ebroua, étira doucement un sourire exalté à l'adresse des nuages. Elle réalisait tout juste, battit des mains comme une gamine empressée de voir un spectacle palpitant se dérouler juste devant elle. Le paysage gris d'un printemps frissonnant qu'elle avait découvert il y a plusieurs heure luit bientôt au contact d'une fine couche d'humidité, parsemant l'athmosphère à la manière d'une bruine, d'une agréable moiteur câline. Lennie se redressa, quitta un banc parsemé de tâches sombres qui grandissaient au fil des minutes, contempla avec le plus grand intérêt, tête baissée, les sillons que la pluie traçait en applatissant la poussière. Elle tentait de graver tout cela dans sa mémoire, le film des jours passés à revisiter ; elle étudiait en conséquence la scène comme si il s'était s'agit d'un cas d'étude particulièrement passionnant. Au laboratoire de la vie, Lennie était une scientifique acharnée, gorgée de connaissances, d'images et de phrases conservées puis polies avec soin, qu'elle était strictement incapable d'utiliser afin de tailler son propre chemin. Emportée par les murmures du bas côté, elle s'attardait avec fascination sur brindilles, roseaux, plaines qu'elle explorait en elle-même. Les broussailles recelaient une magie qu'elle ne parvenait pas à retrouver sur le chemin morne et râpeux de la réalité. Elle prélevait alors des étoiles pour les confier au bleu de ses yeux, des petits riens, qui sublimaient sa perception simple des choses ; qu'elle retrouvait ensuite partout où elle dirigeait le regard. La route était beaucoup plus supportable dès que l'on prenait la peine de lever celui-ci et de décorer d'un sourire ses lèvres.
Il finit par pleuvoir à verse ; hésitante dans un premier temps, elle ne bougea pas, restant plantée d'un air béat en dessous du ciel qu'elle aimait sentir se répandre sur elle. Un rire lui grignota l'estomac. Elle tendit une petite langue rose, manifestement désireuse de boire l'eau qui s'y écrasait, bien que la quantité de liquide ne fut jamais suffisante. Elle sentait une chanson lui pousser dans la gorge comme une fleur aux pétales de notes. I'm singin' in the rain, just singin' in the rain... Lennie ne savait pas danser. Ses fragiles sandales avaient subis les affres des tonnes d'eau écroulées par dessus ; elles étaient en piteux états et n'étaient pas, de toute façon, conseillées pour un numéro de claquettes.
Lennie ne pouvait pas chanter.
Lennie se contenta, sourire un peu fané, de faire claquer ses doigts mouillés les uns contre les autres, de réciter les paroles dans sa tête, voire même, car elle se sentait d'humeur belliqueuse, - elle évitait d'ordinaire de ressembler à un poisson projeté hors de son bocal - de les former et de les recueillir avec amour au creux de sa bouche. Pou pi dou pou, pou pi dou pi dou pou pi dou. Elle tapa du bout du pied pour appuyer le faible son que daignait produire ses mains. Un minuscule soupir lui échappa. Elle résolu de se mettre à l'abri, atteignit le couvert protecteur du feuillage d'un arbre quelconque en sautillant. Sans prendre la peine d'essorer ses cheveux, elle s'assit d'un seul coup, battit des cils en s'apercevant qu'il y avait quelqu'un d'autre à s'être réfugié là. Elle essuya ses yeux brouillés et plissa ceux-ci. Est-ce que c'était le nouvel élève ? Celui qui était arrivé récemment, et qui s'appelait... Elle n'était plus très sûre.
Elle s'en approcha de quelques tortillements timides. Oui, elle le reconnaissait maintenant ! Elle lui offrit un immense sourire, parce qu'elle était contente de pouvoir l'interpeller. Elle ne le connaissait pas, mais quelque chose, sans doute cela tenait à sa façon de se tenir, de se déplacer, ou à son regard brûlant d'une fière indépendance, quelque chose, donc, lui rappelait en William un écho de sa propre liberté chatoyante. Toi aussi ? Elle chercha le mot approprié, pensa tout à coup que nébuleux convenait parfaitement. C'est un mot qui leur collait à la peau à tous deux. Nébuleux, et amoureux de leurs périples, passionnés de brumes, de couleurs, affamés de vie. Toi aussi, tu nébules un peu ?
Elle lui tendit une page à demi-mouillée. L'encre bavait, rendant les mots difficilement déchiffrables, mais elle avait écrit le plus gros possible en espérant que cela suffirait à ce qu'il comprenne ce qu'elle tentait de lui dire.

« Tu t'appelles William, c'est bien ça ? Moi, c'est Lennie. »

A mesure qu'elle le détaillait, une désagréable impression lui nouait le ventre. Elle chercha son regard, et, très lentement, elle lâcha sur le papier sans vraiment savoir pourquoi :

« Tu es triste ? »

Lennie se mordit la lèvre ; elle craignait de l'avoir vexé. Mais, par dessus tout, elle était inquiète pour lui, et redoutait de le voir acquiescer.

And anytime you feel the pain, hey dude, refrain ; don't carry the world upon your shoulders.

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