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 Away from the Sun • Buckley.

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MessageSujet: Away from the Sun • Buckley.   Dim 30 Mai - 15:45


    bonnie

I've got to make this life make sense
Can anyone tell what I've done.


« …Combien de temps avait passé ?
Combien de secondes, minutes, heures, jours et mois avaient passé depuis que j’avais du m’retaper les horreurs d’ma vie ? Me r ‘faire les saloperies d’mes vieux ? Revivre comme un film ce tas d’merde sur lequel j‘existais ? Combien de temps depuis que je refusais tout contact avec Eris… Lys ? Depuis combien d’temps cette connerie perdurait ? J’en sais rien.
En fait… J’m’en fous.

J’ai perdu toute notion du temps… toute notion d’tout, en réalité. Juste envie d’tout péter… d’tout péter. J’aimerais bien être Lancelot des fois… C’est grave, j’aurais jamais cru pouvoir penser un truc pareil un jour. Hahah. C’est vraiment plus grave que c‘que j‘pensais. Pouvoir tout exploser. Dégommer. Démolir. Et avec une excuse à la clé… ‘Tain.
Le pied.

Ça a tout gâché. Tout gâché. Ma vie pourrie à cause d’une heure de colle. Une putain d’heure de colle. Une ! Ahaha. Une existence de brisé à vouloir punir une bêtise futile. Une heure d’histoire, en plus.
Ma vie est bousillée à cause d’une pédale blonde vexée.
L’ironie.

… ça me tue. Quelle merde. Putain. Quelle merde !
Lys… »


Une clope au bec, une ride soucieuse plissant son front pâle, il fixait le vide, l‘air songeur. Appuyé à la rambarde de l’imposant navire, il déposa ses yeux d’ambre sur les eaux tumultueuses, qui raclaient la coque du bateau plusieurs mètres en contrebat. Il s’enivrait de la saveur des embruns, des odeurs d‘algues, de sel et de vents marins. Il était seul. Comme toujours, ces derniers mois. Une espèce d’ombre solitaire, d’âme brisée qui flottait sur sa tombe, sans un mot, prisonnière d‘un silence lourd de sens. En faisant une croix sur Bonnie, le gallois sacrifiait toutes ses relations avec les spé, ou presque. Il se permettait seulement de s’égosiller contre Isaac, Buckley ou Business de temps à autre ; trouvant une explication quelconque, futile, fictive pour se défouler. C’est pas comme s’ils pouvaient délirer tous ensemble à présent. Tout était foutu… foutu… Et toujours le goût de bile, de mal être, écœurant sur la langue. Cette odieuse envie d’gerber.

Il n’avait pas arrêter son petit cinéma avec les filles, pourtant. Au contraire, il n’avait plus que ça. Pour surmonter sa propre douleur, Stratford s’abreuvait de celle des autres, tellement plus délicieuse, jouissive.
Un concentré de bonheur. Sa nicotine du soir, son extasy de la nuit…

Il tira sur sa cigarette, expira une bouffée, en aspira la fumée. Il ferma les yeux, enivré. En fait, ses relations originelles vis-à-vis des spé n’avaient pas véritablement changé. Il avait toujours été odieux à leur égard, il avait toujours été lui-même, au fond. En vérité, c’était lui que ce changement soudain torturait. Au contraire, les spéciaux, quand à eux, devaient goûter au goût sucré de la liberté. En présence de Bonnie, plus aucune injure n’échappait des lèvres de l’héritier. Il se contentait de la fuir, ou dans le pire des cas de l’ignorer admirablement. Mais cet après-midi là, quelque chose en lui s’était brisé… comme un vase de verre quand on aurait violemment explosé par terre. Au-delà de la honte de les avoir laissées voir ces scènes immondes, malsaines. Comme cette fois là, il neuf ans, quand… il s’était senti mourir.

Adriel lâcha un léger soupir, un sourire sarcastique aux lèvres. « S’était senti mourir… » Comme si les conneries de sa pute de mère avait quelque chose à voir avec ses états d’âmes actuels. Peuh. N’importe quoi.
Puis… La fin de sa vie arriva, et… sa clope s’éteignit. Le blond poussa un juron agacé, et jeta d’un geste nonchalant le mégot, qui voltigea, avant de se faire emporter par une vague furibonde. Il regarda le cadavre de sa cigarette voguer au grès des flots, l’un air las. Et… bizarrement, à ce moment-là, il pensa à Bonnie. Son visage enfantin, tendre, délicat, ses yeux brillants, taquins, ses lèvres rondes, ses courbes… tout ce qu’il avait le droit de toucher, d’effleurer, de caresser, avant…
Il pensa à toutes ces caresses innocentes, ces baisers tendres, leurs escapades dans le temps… ces mêmes escapades qui avaient causé leur perte, en passant…

Bonnie.

Il déglutit. Malgré lui, l’adolescent eut un pincement au cœur. Ce fut furtif, mais violent, inattendu. Comme une plaie rouverte. un cri d’agonie. De l’intérieur. Ses trippes qui saignaient. Encore une de tes conneries romantiques Adri, hein ?

« Adriel ? ADRIEL ?! Qu'est-ce qui t'arrive, vieux ?
ça te va pas la déprime toi !
Comme si toi… TOI. Tu pouvais t’attacher à quelqu’un. T’es con ou tu l’fais exprès ?
Resaisis-toi ! C’est pas l’moment de flancher mec !
»

C'est dingue comme notre propre conscience peut être compatissante, parfois.
Le gallois serra les dents, et dans un élan exaspéré, il plongea son visage dans ses bras croisés sur la rampe en bois. Ses paupières closes, plaquées contre le tissu épais, doux de sa chemise Ralph Laurens, il se répéta inlassablement, ce que sa conscience désirait entendre…

C’était pas Bonnie qui l’intéressait. Pas Bonnie. Non pas elle.
Juste ne plus pouvoir faire chier, cet enfoiré de Buckley. Ne plus pouvoir massacrer son sourire railleur, et ses airs mesquins. Ne plus pouvoir l’agacer, le narguer, le détruire, le briser.
Etrangler ses répliques acides, ses rictus moqueurs.
Ça l’arrangeait cette merde, lui. Le con.
Ça l’arrangeait. ÇA L'ARRANGEAIT PUTAIN!

Quelque part, sous ses cheveux dorés, son poing se serra tellement fort, que ses doigts lui firent mal.
Sous la colère, il assena un coup monumental à la rembarde en pin. Ses phalanges craquèrent sous le choc. La douleur lui arracha un cri nerveux. Puis il recommenca, encore.
Il aurait voulu se tuer à la tâche.
Continuer. Continuer.
Pour oublier. oublier...

Puis… Cette. Cette démarche si caractéristique dans son dos. Putain…
Adriel cessa immédiatement son manège morbide, la main en sang et se mordit la langue. Il lui fallut un effort immense pour récupérer une certaine contenance et ne se jeter sur le nouvel arrivé et lui exploser la cervelle. La colère faisait trembler ses doigts, rougir ses joues blèmes, frémir les pointes de ses mèches blondes. Il ne prit même pas la peine de se retourner, quand il lâcha d’une voix dure, froide et cassante

    ▬ Casse-toi.

Si Clyde tenait à la vie, valait mieux pour lui.

I miss the life
I miss the colors of the world.




Dernière édition par Adriel Stratford le Ven 24 Juin - 13:35, édité 13 fois
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MessageSujet: Re: Away from the Sun • Buckley.   Dim 30 Mai - 17:15

Spoiler:
 

Faces and condensation...
Throw a stranger an unexpected smile
Mourir. Qu’est-ce qu’Adriel pouvait savoir de la mort et de la souffrance ? Lui n’était pas mort, lui était bien vivant. Ses cent conquêtes le prouvaient bien. Il se complaisaient dans son malheurs et son passé sordide sans aller de l’avant et sans vouloir reconnaître sa chance. Buckley le haïssait pour ça. Buckley avait toujours haït Adriel pour tout ce qu’il avait et dont il ne se rendait pas compte. Parce c’était comme ça, quand on était riche, beau et chanceux, il fallait tout de même trouver de quoi aller mal, parce que sinon la vie n’était pas drôle, pas palpitante.

Quel putain d’enfoiré de gosse de riche.

Qu’Adriel se mette une fois dans sa peau, qu’Adriel hante une seule fois sa tête, et il le mettait au défi d’oser trouver sa vie naze après ça. Parce que dans sa tête à lui, il n’y avait pas de quoi se complaire dans le malheur. Dans sa tête lui, il n’y avait que le silence éthéré. Le blanc immaculé de l’homme qui a perdu toute sa vie le jour de ses huit ans. Alors putain de merde, comme il avait envie de hurler à Adriel qu’il avait pas le droit de se montrer faible. Parce que lui, il avait encore sa vie. Sa vie pourrie, certes. Mais elle était, là, bien présente, pour lui rappeler qu’il avait eu une enfance, que le gallois avait connu quand même des moments parfois heureux avec ses parents.

Quand lui, n’avait plus rien. Quand Buckley se complaisait dans le trou béant de sa mémoire défaillante, à puiser dans ce que son cerveau voulez bien lui laisser entre voir. Un rapide sourire de sa mère, mais ce n’était peut-être qu’un rêve. Une balade à l’église, qui pouvait tout autant être une illusion. Une illusion de ce que ce gosse perdu qu’il était voulait avoir, voulait croire. A force de ne plus se souvenir, son cerveau avait décidé de lui inventer un passé qu’il n’avait peut-être jamais eu.

Mais Clyde n’en avait cure, il préférait ne pas se consacrer à ce vide intense qui terrorisait ses nuits et qui le prenait violement au tripe, quand il voyait Bonnie frivole, s’amuser dans les bras d’Adriel. Va petite chose rousse, amuse toi avec ce putain de blond, quand moi, moi je crève d’amour pour toi. Quand moi, j’ai tout sacrifié pour toi, mais ça, tu t’en rends-tu seulement compte ? Oh non, bien sûr… Mais va, je te pardonnerai de toute manière, parce que j’aurais bien trop de te perdre. Mais à lui, à cet enfoiré auquel j’ai failli léguer ma confiance, je ne lui pardonnerai jamais.

Oh non, l’irlandais ne pourrait plus tolérer Adriel, après son petit jeu. Il osait l’appeler Bonnie sans se rendre compte de l’importance de ce surnom. Bonnie n’était que Bonnie qu’avec lui. A-t-on déjà entendu parler quelque part d’une Bonnie et d’une Adriel faisant les quatre cent coups ? Non, jamais. Qu’il se la trouve, sa putain de moitié, mais qu’il ne s’accroche pas à celle des autres. Qu’il ne pique pas l’âme-sœur de celui qui était censé être son meilleur ami. Putain, putain, putain, putain.

Putain de bordel de merde.

Pourquoi avoir confiance en l’être humain ? Pourquoi croire encore en ces sourires enfantins, quand on cache en réalité une soif de plaire ? Pourquoi croire en ces railleries amicales, quand on convoite ce qu’on a de plus cher. Autant ne plus croire en rien. Ni en dieu, ni en l’humanité, ni même en soi-même. Autant se plonger à corps perdu dans la haine de l’autre, les envies de vengeance, de mort. Adriel se maudissait de ne pas avoir le don de Lancelot. Mais Clyde pouvait bel et bien l’avoir, lui. Et s’il s’écoutait, s’il écoutait cette petite voix violente dans sa tête, depuis longtemps le brun aurait considéré l’option de réduire l’existence de ce blond cynique à néant.

Mais il faudrait affronter les larmes de sa Bonnie, et jamais, oh grand jamais, il ne souhaitait la voir pleurer.

Alors ravalant son dépit, il alla rejoindre ce con de blond pour lui apprendre à venir revoir Bonnie, parce qu’on avait bousculé les habitudes chez les SPE, et le catholique n’aimait pas du tout savoir que l’ambiance était pourrie jusqu’à la moelle. Un nouveau sacrifice pour le bien-être de la rouquine. Dont elle ne le remercierait sans doute jamais.

C’est plein d’attention que le jeune homme rejoignit Adriel sur le pont. Un Adriel en rogne qui l’envoya chier avant même qu’il n’ait pu ouvrir la bouche.

Adieu bonne résolution et esprit de bon Samaritin, c’était la guerre ouverte et Adriel allait morfler.

« Oh, le pauvre chéri déprime et se montre faible. Adriel peut donc souffrir, son cœur en plastique implose d’un amour à sens unique, comme c’est tragique. Un véritable Shakespeare en herbe, une pure drama queen, qui concurrence le plus émo des tokio hoteleux. »

Un sourire sardonique. Une main négligemment passée dans ses cheveux, la rage difficilement contrôlable. Et l’envie de détruire celui qu’il avait cru, pendant longtemps, comme l’une des personnes les plus proches de lui.

And you look half-dead half the time.
Monitoring you, like machines do

_________________
Every great magic trick consists of three parts or acts. The first part is called "The Pledge". The magician shows you something ordinary: a deck of cards, a bird or a man. He shows you this object. Perhaps he asks you to inspect it to see if it is indeed real, unaltered, normal. But of course... it probably isn't. The second act is called "The Turn". The magician takes the ordinary something and makes it do something extraordinary. Now you're looking for the secret... but you won't find it, because of course you're not really looking. You don't really want to know. You want to be fooled. But you wouldn't clap yet. Because making something disappear isn't enough; you have to bring it back. That's why every magic trick has a third act, the hardest part, the part we call "The Prestige"."
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MessageSujet: Re: Away from the Sun • Buckley.   Lun 31 Mai - 7:45

    bonnie

I left myself behing
somewhere along the way.

Adriel avait toujours sût qu’il était au-dessus des autres. Pour lui, c’était l’évidence même. Gâté pourri depuis sa première bouffée d‘air, l‘adolescent avait toujours eu ce qu‘il désirait quand il l'exigeait. Gosse de riche, élevé dans un manoir aux mœurs malsaines, le gamin avait connu les bas fonds de la vie adulte avant même de la vivre. Un père milliardaire de plus de trente ans, avide de femmes de dix de moins et une mère, qui adulait les gros muscles, les armoires à glace sans cervelle. Adriel avait grandi dans les pires immondices qu’un couple marié puisse connaître. Les adultères de ses parents lui avait enseigné l'existence telle qu'il la concevait. De son enfance, Adriel avait tiré un égocentrisme peu commun, le goût de l'argent, et s'était follement épris de lui-même et de sa sublime perfection. Egoïste jusqu’à la moelle, le gallois n’avait jamais réellement apprécié quelqu’un.
Jamais.
Pas même ses parents (du moins le certifiait-il) envers qui il voua des mois durant une rancœur féroce, qui s’atténua en rancune moqueuse avec le temps.

Son regard s’ancra à l’horizon. Au loin. Très loin.
Ses dents, haineuses tailladaient l’intérieur de sa joue. Sa langue pâteuse, sa bouche pleine de sang. Une envie de gerber. Il enfonça ses mains au fond de ses poches, pour ne pas les laisser trembler. Il ne se retourna pas, s’empêcha de fixer cette silhouette qu’il connaissait trop bien, cette tignasse brune, ce rictus mesquin, ces yeux moqueurs, cette nonchalance dans son allure qui le mettait hors de lui.
Ce regard perçant qui lui donnait l’insupportable impression d’être inlassablement jugé.
Pourquoi la simple vision de Clyde le mettait dans un tel état ?
Pourquoi ? POURQUOI ?

L'irlandais n’avait même pas ouvert la bouche, que déjà, le blond s’était permis de le congédier.
Tant pis. De toute façon, il était venu pour le faire chier, pas vrai ?

Adriel retira les mains des poches de son Levi’s, et les croisa, à nouveau sur le bastingage du navire. Il voulait se la jouer mec indolent, qui faisait son rebelle, dans le genre : quoi-qu’est-t’as-?-j’ai-pas-b’soin-d’toi-je-souffre-pas-j’suis-un-dur-un-vrai-moi-nanméoh.
Il avait envie d’une clope. Terriblement envie d’en tirer une. Ou simplement de s’en aller. De disparaître. Qu’est-ce qui l’empêchait de se téléporter, d’ailleurs ? Même si l’autre copiait son don, il ignorerait où est-ce qu’il arriverait.
Non. Il ne pouvait pas s'enfuir.
Pour se faire traiter de lâche par l’autre bouffon ?
Jamais !
Jamais...

Un voile traversa le regard brillant du blond. Comme si ses yeux s’étaient éteints. Comme ça. Tout à coup. Il n’était pas bien. Il allait mal. Et si il avait envie d’aller mal, hein ? De se complaire dans sa souffrance ? Et puis, c’était quoi son problème à Buckley, d’abord ? Et… en quoi ça le concernait ? EN QUOI ? Depuis quand était-il son baby-sitter ? Ou… était-il celui de Lys ?

Adriel posa son menton sur ses bras, puis baissa les yeux sur les eaux sombres, abandonnant son regard au grès des flots. Il n’avait jamais aimé quand Clyde le jugeait. Toujours exécré quand ce dernier lui faisait comprendre ce qu’il pensait de lui. Même avant l’évènement. Il n’aimait pas quand le brun se moquait de lui, ou lui décochait une de ses remarques acides, auxquelles il était bien souvent incapable de répliquer. Et… ça le blessait toujours plus que ce qu’il n’osait avouer.

Clyde avait toujours eu la répartie qu’il n’avait pas. Les phrases bien placées, les mots bien envoyés dont il rêvait… de plus, il possédait la seule chose, l'unique personne qu’il convoitait. La seule et unique petite chose qu’il n’aurait jamais. Il se battrait pour l’avoir. On est un Stratford, ou on ne l’est pas. Après tout… il avait peut être une chance ? Dans ses rêves, sûrement.

Mais au fond, lui qui avait toujours tout eu, tout obtenu, il désirait la seule personne qu’il n’aurait jamais.
Et cette perspective le torturait.
Il voulait Bonnie.

D’ailleurs, il n’avait jamais aimé l’appeler Bonnie. Juste… à force de l’entendre à tout bout de champ, ça avait fini par entrer ; comme une chanson populaire qui passe en boucle à la radio, on l'exècre, pourtant... On finit toujours par la chantonner. Et, c’était cette Aelys qu’il désirait. Pas celle qu’elle était avec les autres, la banale rouquine qu’elle devenait avec le commun des mortels. Non. Il voulait la Bonnie de Clyde.
La Bonnie tendre, affectueuse, maternelle. La Bonnie heureuse, taquine, et sereine. La Bonnie amoureuse.

La seule Aelys qu’il n’aurait jamais.

Putain.
Ça le tuait.

Pourquoi avait-il fallut que ce soit la Lys de Clyde, justement, qu’il voulait ? Pourquoi celle-là ? POURQUOI ?
La chère, très chère, Aelys de Clyde. Lui aussi, il aurait aimé, qu’elle le regarde comme elle regarde Clyde.

Le jour de l’évènement. Ce fameux après-midi là, au-delà de la douleur d’avoir exhibé ce passé haï, Adriel avait souffert de ce qu’il avait découvert. D’avoir plus vu Clyde que Aelys elle-même, dans les souvenirs de cette dernière. Genre, c’était comme… comme si Clyde faisait plus partie de Aelys, qu’elle ne l’était elle-même. Comme s’ils appartenaient à une même entité, un même monde, parfait, heureux dont l’accès lui était proscrit.
Clyde… Il savait à présent tellement de choses sur son compte, qu’il s’étonnait de ne pas s’en être servi avant…
Le brun n’avait plus aucun souvenir de rien.
Ni de son enfance, ni de ses parents.
Le néant.
Il ne lui restait plus que…
Juste… Aelys O’Brien. Sa Bonnie.

Adriel passa une main blasée dans ses mèches en bataille.

Si c’était à lui que c’était arrivé. Il n’aurait jamais vécu son enfance merdique. Il ne souviendrait plus de sa mère à poil dans les bras d’un salaud d‘plombier. Ni de son père avec quatre catins étendues sur le divan. Il aurait oublié les heures perdues, à pleurer contre la laine douce du tapis afghan de sa chambre de Cardiff.
Mais…
Il aurait été aveugle.
Il n’aurait jamais été lui-même.
Il aurait été un mec gentil, si ça s’trouve. Il aurait eu des amis. Des vrais.
Il aurait pardonné. Et aurait été gentil avec les filles. Haha. Ça c’est impossible.
Il serait brisé. Et seul, désespérément seul ; et juste... Sa mémoire défaillante.
Il aurait été un pauvre con. Sans repère.

Et si ça s’trouve… on lui aurait volé son héritage.
Son héritage ?!
A cette pensée, le blond avala de travers.

    ▬ Oh, le pauvre chéri déprime et se montre faible. Adriel peut donc souffrir, son cœur en plastique implose d’un amour à sens unique, comme c’est tragique. Un véritable Shakespeare en herbe, une pure drama queen, qui concurrence le plus émo des tokio hoteleux.

La machoîre serrée, Adriel fit volte-face, piqué au vif. Il pouvait se le foutre où il pensait, son rictus à la noix.
Pourquoi ? Pourquoi le faisait-il chier comme ça ? Sa petite Bonnie adorée chérie d’amour ne lui adressait plus la parole. Ils ne se parlaient plus, ne se voyaient plus. Plus. Pourquoi fallait-il qu’il vienne le narguer ? Hein ?!
Pouvait… Juste… Lui foutre la paix ?
Son poing, frémissant, le démangeait. Il inspira bruyamment. Juste… Cette affreuse envie de le démonter. De le…

    ▬ Putain Clyde, ta gueule ! Tu peux pas juste, m’foutre la paix putain d‘merde ?!

Furieux, il s’élança sur lui, et le saisit brutalement par le col. Les yeux brillant de rage. Il le plaqua contre le mur de bois, non loin de la porte principale du bateau. La porte d’entrée de la cabine du capitaine crochet.
Combien de fois avaient-ils joués sur ce pont ? Combien de fois avaient-ils partagés de fous-rires, ici, il y a bien longtemps ?

Combien ?

    ▬ J’ai envie d’être seul ! MERDE ! TU FAIS CHIER !

Hein Clyde ? Combien de fois avons-vous ri ensemble, ici ? Cette question se répétait, inlassable dans sa tête alors qu’il gardait violemment Buckley plaqué contre le bois brut de la paroi.
Il respirait fort, brisé. Le front bouillonnant. Le souffle court, et chaud contre le sien. Leurs visages à dix centimètres à peine. Ses cheveux blonds qui effleuraient les siens, de jais.

    ▬ Y a que toi que ça arrange tout ce merdier ! QUE TOI ! Parce que t'es heureux toi, maintenant hein ? T'es tranquille, pas vrai ? Alors pourquoi t'es là ? HEIN ?! POURQUOI ?!

Il appuya plus fort sur sa gorge. Cette gorge fragile, claire.
La gorge du seul être sur Terre qu’il considérait comme…

Son meilleur ami ?

Hoping to come back around
to find myself someday.








Dernière édition par Adriel Stratford le Jeu 3 Nov - 3:08, édité 10 fois
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MessageSujet: Re: Away from the Sun • Buckley.   Jeu 3 Juin - 18:52

How much deception can you take
How many lies would you create ?
Clyde avait appris, avec le temps, que la foi ne sauvait de rien. La foi, ce n’était qu’un moyen de se convaincre que quand tout allait mal, quelque part dans l’univers, quelqu’un pensait à vous. C’était les désespérés qui croyait en Dieu, et Clyde avait bien trop d’égo pour se dire désespéré. Certes il souffrait d’un manque d’amour et personne n’y faisait rien, mais le brun se refusait à se considérer comme un pauvre adolescent mal dans sa peau. Il allait bien. Il allait toujours bien. Maxime imparable de sa lente descente aux enfers débutée il y a de ça dix ans maintenant. Et surtout, Clyde devait aller bien quand Adriel, ce pauvre gosse de riche qui aimait un peu trop les tragédies, se complaisait dans son malheur. Même s’il était venu avec les meilleures intentions du monde. Après tout, pourquoi était-il là, sinon pour lui parler, pour comprendre pourquoi à mesure du temps, l’ambiance chez les SPE disparaissait petit à petit ? Il y avait Ronald, qui cachait bien des choses, ça se sentait, un peu. Bélial et ses magouilles sordides qui les mèneraient peut-être à leur perte. Et puis il y avait Bonnie, et Adriel. Tout deux en froid, qui s’esquivait, comme deux aimants. Et lui, il était là, à regarder tout ça sans rien pouvoir faire. Impuissant, Clyde était impuissant quand tout ce en quoi il tentait de croire s’effondrait. Il ne tentait même pas de recoller les morceaux ou d’empêcher son monde de sombrer. Non, l’irlandais le regardait s’effriter petit à petit, les yeux dans les vagues, enfermant sa douleur dans son corps en béton armé. Il ne se montrait jamais faible. Surtout pas en présence d’Adriel, qui allait assez bien comme ça. Parce que derrières toutes ses railleries et ses sourires moqueurs, et bien Clyde ne faisait que provoquer le véritable Adriel, l’enfant pourri gâté, vulgaire et désagréable.

Parce que c’est ce qu’il avait toujours aimé en lui, ce monstre précieux, qui n’avait au fond ni foi ni loi, du respect pour rien, si ce n’est lui-même, une détermination à tout épreuve. Oh oui, comme l’Adriel qu’il connaissait était bien plus intéressant que la comédie qu’il jouait. Son masque de petit garçon gentil et sage, propre sur soi, il n’avait qu’une envie : le détruire. Le brun ne l’aimait pas, ce gosse de riche dévoué et adorable. Oh non, il le détestait, le haïssait, l’abhorrait. Seul le véritable comptait. Et il n’aimait pas savoir que ce monstre si fort sombrait peu à peu, emportant avec lui le cœur fragile de sa tendre Bonnie et l’amitié dérisoire qu’ils pouvaient se porter. Car oui, Adriel et Clyde étaient amis. Ils étaient plus proches que tout le monde ne voulait le croire, et surtout eux. Plutôt crever que d’admettre qu’ils se considéraient plus qu’ils ne voulaient bien le montrer. Et pourtant, oh pourtant… L’irlandais n’était pas uniquement venu pour Bonnie au fond, mais bel et bien pour s’occuper d’Adriel, un peu. Même si ça ne menait à rien, depuis que le gallois avait décidé qu’il voulait sa Bonnie, celle qui lui était destiné, celle qui était sienne depuis le premier jour, quelque chose s’était brisé. Un nouveau pan de son monde venait de tomber pour se fracasser en mille morceaux tranchants, qui le saignaient un peu plus chaque jour, lui faisaient éprouver une vive douleur dans cet organe qui, à force d’avoir trop souffert, était probablement lyophilisé, non ? Asséché de tout ce en quoi il pouvait croire… Oh, comme il haïssait son cœur et ses foutus sentiments. Comme il se haïssait de se rendre qu’au fond, il n’était pas venu pour arranger Bonnie, mais bien pour eux. Et comme il haïssait la souffrance qu’il avait ressenti en se faisant ainsi repousser.

Parce que tout ça, ça prouvait bien trop de chose.
Ca prouvait tout ce qu’il s’efforçait de ne pas montrer.

Alors, pourquoi se voiler la face et faire l’homme fort, à répondre ainsi au tac-o-tac. Il ne savait pas. L’irlandais venait d’être blessé profondément dans son égo, et il ne tolérerait pas cet échec. Alors il détruirait le blond en face de lui, puisque c’était ce que le pauvre voulait. La guerre, pour cette rouquine. Mais c’était perdu d’avance, Bonnie serait sienne, elle l’avait toujours été et le serait à jamais. Alors pourquoi Adriel s’acharnait-il à croire vainement qu’il pourrait l’avoir ? Et lui, pourquoi doutait-il à ce point de l’amour de Bonnie pour qu’il pense que le blond puisse y parvenir. Oh, comme il avait envie de tout détruire sur son passage. Mais Clyde était bien faible, comparé au blond en face de lui, qui le saisit par la gorge, violement, pour le plaquer avec rage contre la porte de cette foutue cabine. Ca faisait mal putain. Lui, il pouvait rien faire. Il était encore impuissant… Le catholique serra les dents en fixant Adriel, sans ciller, froid et nerveux. Clyde ne s’était jamais battu avec le blond pour la bonne raison qu’il était parfaitement conscient de perdre. Ca se voyait, ainsi maîtrisé, il ne touchait même plus le sol. Foutue génétique.

Alors le brun l’écouta hurler sa peine et sa rage, en ravalant son dépit. Le brun se contenta de briser ce visage douloureux pour y faire apparaître un sourire sardonique. Y’a que lui que ça arrangeait, ce merdier. Bah voyons. Il voyait sa chère Bonnie au trente-sixième dessous, il voyait Adriel errait, comme un enfant perdu, sur le bateau SPE, et lui, il ne savait rien. Lui, on le laissait dans l’ignorance. On le laissait là, dans son coin, à observer, sans jamais rien lui expliquer. On alimentait le trou noir de sa mémoire. Non, ça ne l’arrangeait pas, putain. Ca n’aurait jamais pu l’arranger. Parce que c’était ses petites habitudes parfaites qui étaient bousculée. L’adolescent eut un sourire cynique.

« Mais oui Adriel, crois-toi seul au monde. Profite de ton égocentrisme. Réveille-toi, du con. Le monde ne tourne pas autour de toi et tu n’es pas le seul à souffrir. Mais complais-toi donc dans cette optique. C’est tellement plus pitoyable que de se croire unique. »


Clyde rapprocha sa tête, posant son front contre celui d’Adriel, avec un regard de défi. Il passait ses mains derrière sa nuque, dans ses mèches blondes, comme pour les rapprocher un peu plus. Sa voix était douce et calme, à l’opposée de la rage tremblante qui transperçait dans celle du blond.

« Il serait peut-être temps de prendre conscience que toi, t’a pas le droit d’être faible. Tu as tout ce que tu veux, tu ne veux Bonnie que parce qu’elle a moi. Mais dans ce cas, Adriel… »

L’irlandais caressa du pouce la nuque du gallois, avec un sourire bien plus posé, qu’on ne lui connaissait que peu

« Je suis prêt à te donner bien plus que tu ne veux le croire. Mais ne me prends pas Bonnie… Elle est tout ce qui me reste. »


C’était la supplique d’un enfant a qui on lui arrache sa mère, les oraisons d’un désespéré envers son bien aimé Dieu, la demande implorée d’un ami qui ne veut pas perdre ce qui lui reste… Il ferma les yeux. Et Adriel et lui disparurent instantanément.

Le soleil lui brula la rétine. Un bruit sourd en fond. L’herbe fraiche… Une clairière. L’odeur forte d’une cascade, le chant calme et reposant des oiseaux. Quand ce n’était pas le silence qui les emprisonnait dans une toile de quiétude. Et eux deux, étendu là, Adriel sur lui, et Clyde, au sourire si doux et si paisible. Il avait cessé de luter. L’irlandais avait perdu sa foi, il s’était effondré dans ses désillusions, pourtant, croire dans les relations qu’Aisling lui avait offerte, il n’avait aucun mal.

Your mind's about to fall
We are losing control.

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Every great magic trick consists of three parts or acts. The first part is called "The Pledge". The magician shows you something ordinary: a deck of cards, a bird or a man. He shows you this object. Perhaps he asks you to inspect it to see if it is indeed real, unaltered, normal. But of course... it probably isn't. The second act is called "The Turn". The magician takes the ordinary something and makes it do something extraordinary. Now you're looking for the secret... but you won't find it, because of course you're not really looking. You don't really want to know. You want to be fooled. But you wouldn't clap yet. Because making something disappear isn't enough; you have to bring it back. That's why every magic trick has a third act, the hardest part, the part we call "The Prestige"."
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MessageSujet: Re: Away from the Sun • Buckley.   Sam 19 Juin - 15:40

    bonnie

Every breath you take and every move you make
Every bond you break, i'll be watching you.

Aimer. Un mot. Cinq lettres. « Aimer » qu‘il avait définitivement rayé de son vocabulaire. Et même, de son corps entier. C’était aimer qui l‘avait tué à Cardiff, ce matin-là. Ce matin-là, que l’adorable petit garçon avait sombré du côté obscur de la Force. Adriel Stratford ou Anakin Skywalker, THE RETURN. Et dès lors, son cœur d’enfant s’était laissé dévorer par la vermine. Parce qu’après dix ans de putréfaction irascible, ce petit bout de chair avait fini en cendres. Pire. Il était devenu une espèce d’amas de pourriture verdâtre, et puante. Aussi élégant qu’un bleu d’Auvergne, aussi parfumé qu‘un camembert de mille ans d‘âge. (non non, c‘est pas comme si je comparais le cœur d’Adriel a un fromage 8D) Comme si ce truc moisi qui palpitait dans sa poitrine était incapable de ressentir la moindre affection. L’amour l’avait déjà bouffé. Il était mort une fois. Un fils qui s’écrase avec sa mère, entraîné, enchaîné par le puissant amour filial. Haha. N’était-ce pas pathétique ? Arsenic était pourri. Tout chez lui était pourri, et son cœur le premier. On aurait dit qu’il était là pour des raisons purement vitales. Comme si il ne pouvait plus rien accueillir que le sang de ses veines. Ou la satisfaction d’une tristesse féminine, ou, un narcissisme écœurant. Comme si chez le Stratford, le cœur avait semé toutes ses attributions sentimentales. Il n’avait plus rien de poétique, plus rien de pur et d’innocent. Pour Adriel, son cœur ne possédait rien de plus que son foie ou son pancréas. Il avait juste une fonction différente. C’était juste un organe indispensable à sa survie physique. Il avait perdu toute son allégorie et toute sa beauté...

Parce que, aux dires d’Adriel, les sentiments c’étaient pour les cons.

Les sentiments c’étaient pour les cons. Les désillusions l’avaient déjà bouffé. Le désespoir, il avait déjà donné. C’était aux autres de payer désormais. On pourrait trouver des tas d’explication au comportement d’Adriel (et moi la première, uhu) Pourtant si Arsenic était tombé si tôt dans le vice et la déchéance, c’est qu’il l’avait choisi. Il en avait décidé ainsi, tout seul comme un grand. Il aurait pu être un type bien, un gars pieux. Un gentil petit chrétien abonné au Pardon. Il aurait travaillé à l’école parce qu’il le désirait et non pas pour attirer les quelconques faveurs d’un professeur charmé. Pour faire de bonnes études et hériter dignement du poste paternel. Seulement chez les Stratford, ce n’est pas à l’Eglise que l’on se rend tous les dimanches. Eux le jour du Seigneur, on fui les bancs de la chapelle pour la chambre, un lit ou le tapis du salon quand on est trop pressé…
Adriel a raison. Il est un salaud et un enfant de salauds.

Anakin était devenu Dark Vador en perdant sa mère et Padmée. Sa chère et tendre. Sa chérie. Il avait sombré en perdant ce qui lui restait d’amour. (je refais Star Wars version Stratford, youhou o/)
T’as pas d’bol, Adriel. La Force n’est pas avec toi sur ce coup là. Parce que la seule Padmée digne de ce nom, est partie avec le bon, le très bon Obi-wan Kenobi ( il faut faire le rapprochement avec Clyde là… )

Alors tu fais quoi maintenant, Anakin ?
Tu vas les tuer tous les deux ou te suicider ?
T’es un con Stratford, un con.

Il pensait à tout ça. A tout ça, en refaisant sa vie à la manière de celle d’Anakin. Mais il était toujours là. Là. Face à Clyde. Tremblant de rage. La pupille brillant de jalousie. Il avait envie de le défoncer, d’exploser cette petite gueule d’ange, et il ne savait même plus pourquoi exactement. Il avait juste envie de taper quelqu’un. De tout casser. Et, il l’ignorait pourquoi, mais il avait bien envie de frapper Clyde, tiens. Lui, juste lui. Déverser tous ses maux sur cette jolie petite tête d'angelot brun. Il ne savait même plus pourquoi Clyde l’énervait. Avec ses rictus sordides, ses remarques à la con. Peut être… Parce qu’il avait raison ? NON. Jamais. Il avait juste besoin de tabasser quelqu’un. Il n’avait qu’à pas être là. Pourquoi était venu à lui, d’abord ? Pourquoi ? ... Pour Aelys. Elle allait mal, elle aussi. Alors, Clyde en bon samaritain était venu pour s‘expliquer. Pour instaurer la paix. L'idiot. ça marchait pas comme ça. Parce que de toute évidence, il était toujours dans l’ignorance le pauvre petit.
Pour Aelys, hein ?

Une brusque envie de tout détruire.

Mais il ne faisait rien. Rien. Il se contentait de souffler bruyamment, et de sentir la colère monter en flèche. Il le regardait, accrochant son regard haineux au sien. Il n’avait jamais été si proche de Clyde. C’était la première fois et… C’était bizarre. Sentir son souffle court sur son visage. Distinguer son propre reflet dans ses prunelles foncées. Inhaler son haleine, respirer son parfum. Ses cheveux noirs contre ses mèches blondes. Mais il le maintenait toujours férocement contre la paroi du bateau. Toujours. Il ne comptait pas le lâcher… Il n’allait pas s’en sortir comme ça. Clyde le dévisagea d’un air moqueur, et un rictus sournois se dessina sur ses lèvres. Pour toute réponse, Adriel serra les dents. Ses doigts lui démangeaient. Comment pouvait-il sourire ainsi alors que seulement cinq malheureux centimètres les séparaient ? C’était de la provocation ?!

Tu veux ta mort Buckley ?! T’vois pas qu’j’vais exploser là ? Tu l’vois pas ?! T’es con ou tu fais exprès ? Tu veux crever peut être ?

Et. A nouveau la réplique acide. Qui creusa une éraflure profonde, un peu dans son morceau de roquefort. Adriel se renfrogna. Et ne répondit pas de suite. Il avait envie de lui faire mal, lui aussi. De le toucher en plein d’dans. De lui couper le souffle. Lui clouer le bec. Parce qu’il en avait marre de ces mots, de ces regards… Il en avait assez… d’avoir mal. Et…

Clyde posa son front contre le sien. D’un coup. Comme ça, sans prévenir, balayant toutes ses pensées, à l’instar d'une rafale de vent. Il avait la tête vide. Toute vide. Arsenic demeura interdit. Jamais. Jamais il n’avait été aussi proche de Clyde. Que faisait-il, ce crétin ? C'était quoi son trip là ? Le gallois fronça les sourcils, sceptique ; et plaqua ses yeux dorés dans ceux de son vis-à-vis. Il s’est attendu à une autre déferlante de remarques blessantes, et agressives. Il avait été sur la défensive, prêt à parer toute attaque virulente et moqueuse. Toute tirade blessante, qui lui déchirait la poitrine. Il exécrait la douleur qui lui offrait en cadeau bonus le cynisme de Clyde. Mais il s’est attendu à la revivre et… Et pourtant… la voix de l’irlandais était calme, posée… presque douce. Comme un murmure dans la brise.

Son pouce dans sa nuque, comme une caresse. Un frisson dévala son échine. Adriel se mordit la langue, et eut un imperceptible mouvement de recul.
Arrête, Buckley.
Arrête. Tu fais chier…

    Je suis prêt à te donner bien plus que tu ne veux le croire. Mais ne me prends pas Bonnie… Elle est tout ce qui me reste.

La voix de Clyde s'était élevée, doucement. Tendre, chuchotée. Un sourire en coin déchira les lèvres parfaites de l'héritier. Qu'est-ce que Bonnie a à voir là-dedans Clyde ? Tu veux bien m'expliquer ? Cette fois, la curiosité l’emporta sur la mauvaise surprise. Qu’est-ce que Clyde Buckley, le gosse sans passé pouvait bien offrir à Adriel Stratford, le multimillionnaire populaire ? Hein ? Son front collé à celui de l’irlandais, Adriel répliqua.

    Bien plus que je ne veux le croire... Ah ouais ? J’aimerais bien voir ça, tu vois.

Sa voix avait perdu toute sa rage. Pourtant la provocation y brillait comme la pleine lune dans un ciel étoilé.
Comme si j’appréciais Lys juste parce qu’elle t’a toi, n’importe quoi. Mon égocentrisme t’a contaminé Buckley, faut arrêter d’fumer, mec.

Quelques instants plus tard, ils disparurent.
Un bruit sourd. Un atterrissage brutal.
L’herbe verdoyante. Un ciel miroitant. Le bruit d’une cascade, quelque part dans le fond. Adriel mit quelque seconde a récupéré de la téléportation inattendue. Il n’aimait pas quand on le prenait au dépourvu, surtout avec son propre don. Etendu de tout son long, il était nonchalamment avachi sur Clyde, qui lui avait servi d‘amortisseur. Ouf ! L’arrivée n’avait pas du être agréable. Stratford était en effet plus grand et costaud que Buckley qui devait moyennement apprécié leur position actuelle. Mais tant pis.

Adriel demeura allongé sur Clyde, sans bougé durant quelques instants. S’enivrant de l’odeur forte des fleurs sauvages, de la caresse du soleil sur sa peau, de la douceur de la brise champêtre dans ses cheveux. Il aimait bien ces moments où il quittait Aisling pour visiter le monde. Ce qu’il ne manquait pas de faire chaque fois qu’il se débarassait de son bracelet de protection, ce qui arrivait régulièrement, je dois l’avouer. Le blond leva son regard ambré vers le brun. Clyde avait les yeux clos, son visage était paisible, presque serein. Pour un peu, on aurait dit qu’il s’était endormi.
Soudain, Adriel eut l’irrémédiable envie de le briser. Déchirer ce visage de môme tout mignon. Ce visage parfait de petit garçon modèle.

Tu fais quoi Buckley ?

C’est quoi cette tête ? Où est passée la colère qui enflammaient tes traits il y a quelques minutes à peine ? Où est passé le Clyde qui voulait m’arracher la tête ? Le Clyde possessif, cynique, et jaloux ?! Celui qui me bombarde de répliques acides ?
Et… C’était quoi cette supplication sur le bateau, hein ?! C’est comme ça que tu te bats pour tes idéaux, Buckley ? Que tu protèges ton cœur, et défends ton amour ? En priant ? En suppliant ADRIEL STRATFORD ?
J’ai. J’ai du manquer un truc là…J’suis plus face au Clyde que j’admire. J’suis face à un môme de cinq ans qui implore sa vieille de lui rendre son jouet. Ça fait pitié. Pourquoi tu te bats pas Clyde, hein ?

Adriel ne se détachait pas du visage paisible.

T’es con Buckley, t’es con. Tu m’énerves. J’ai envie de t’exploser la cervelle. C’est comme ça que tu te bats ? Comme ça que tu me prouves que tu tiens plus à elle que moi ? J’suis pas face à Buckley. mais face à une mauviette. Une merde.
T’es con, Buckley. T’es con. Et moi aussi, je suis con.

Adriel posa son front contre celui de Clyde. Il ferma les yeux. Il aurait aimé que son poids l’écrase, l’étouffe. L’exaspère, ou l’énerve. Il aurait voir Clyde s’enflammer, voire même exploser. Il aurait aimé l’affronter, Il aurait aimé le voir se battre comme un noble chevalier pour sa quête, un fan pour son idole, un amant pour sa maîtresse. Ou, juste. Comme Clyde pour Bonnie…
Le gallois fronça les sourcils, et dévisagea sans ciller le visage de l’irlandais, collé au sien. Il déglutit. Il était déçu. Irrémédiablement déçu. Et énervé aussi. De voir le brun si calme, si posé… presque heureux. Il ferma les paupières. Il repensa au pouce de Clyde sur sa nuque. Il fit la moue, un peu gêné. Il aimait bien le contact de sa peau contre la sienne. Il déplaça légèrement son visage, et colla sa joue à celle de Clyde. Il appréçiait la douceur des cheveux bruns. Leur parfum aussi. Il rouvrit les yeux, et un voile les couvrit.

Tu veux pas que je sois faible, Buckley.
Alors, toi non plus ne le sois pas.

Adriel colla ses lèvres à la joue de Clyde, une fraction de seconde, à peine. La peau douce de l'irlandais contre sa bouche. Puis il se redressa et s'étendit dans l'herbe à côté de Clyde. Il croisa ses bras derrière sa tête, et ferma les yeux, ébloui par le soleil brillant et son ciel sans nuage. il n'avait pas parlé de Bonnie. Il n'avait pas eu envie. Il voulait pas tout gâcher. C'était pas le moment. Et. De toute façon, comment Clyde savait ce que son fromage pourri éprouvait pour elle ? ... Le gallois jeta un coup d'oeil en biais vers l'irlandais. Bah. Il préférait mieux ne pas savoir. Clyde était plein de ressources, c'était bien connu. C'était pas son meilleur ami pour rien. A cette pensée, l'héritier arqua un sourcil. Ca c'était imposé à lui comme une évidence, ce qu'il prenait plutôt mal en fait, mais qu'importe. La tête dans l'herbe fraîche, dont quelques brins lui chatouillaient allègrement la peau, il lâcha un soupir détendu.

    Clyde ? Pourquoi tu nous as amenés là, au fait ?

Il avait toujours eu un faible pour la campagne. ça sentait bon. on était bien. Oui. il aimait la campagne.
    Clyde... Tu fais chier tu sais ?

Un sourire hilare s'étira sur ses lèvres éclatantes.
Tu fais Chier, ou sa manière à lui de dire Je t'aime. Mais si Clyde était incapable de lire entre les lignes, c'était pas sa faute hein.


How my poor heart aches
with every step you take.






Dernière édition par Adriel Stratford le Jeu 3 Nov - 1:41, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Away from the Sun • Buckley.   Sam 19 Juin - 18:37

When you try your best, but you don't succeed
When you get what you want, but not what you need
Clyde n’était pas un héro. Il n’avait rien de ce jeune garçon qui tombe sur un destin extraordinaire, devant sauver le monde, se trouvant une jolie nana au passage, détruit le méchant, sauve la terre, épouse son adolescente, lui fait des gosses et il était une fois ils furent heureux pour toujours. Clyde n’avait rien de ce schéma stupide. Clyde était un garçon faible, sans volonté. Il ne pouvait pas défendre efficacement la terre, il trouvait qu’elle ne valait pas la peine d’être sauvé. Sa jolie nana se moquait bien souvent de lui, mais il l’aimait pour ça, après tout. Mais ce qu’il devait préserver, ce n’était pas la terre d’un méchant aux idéaux douteux. Non, c’était ce lien précieux, ce lien unique qui l’unissait avec Bonnie. Et ça, ça valait toutes les quêtes chevaleresques du monde. Parce que les obstacles à franchir étaient bien complexe pour y parvenir. Il fallait par exemple faire des concessions, sourire, oublier sa rancœur, faire comme si de rien n’était. Il fallait lui laisser un peu de liberté, qu’importe les risques que ça comprenait. Il fallait éloigner les horribles lions qui lorgnaient sur la rouquine. Et ça, Clyde, ne s’en sentait parfois pas capable, surtout quand il voyait les fameux lions.

Adriel. Comment pouvait-il rivaliser face à Adriel ? Certes, Bonnie et lui-même était parfaitement au courant, qu’en fait, le chérubin n’avait des anges que la blondeur. C’était un salopard, un bel enfoiré. Ils en étaient bien conscients, pour être les seuls à le voir sans son masque. Et au fond, c’était bien ça que Clyde craignait chez son vis-à-vis. Car c’est bien connu, ce sont les méchants garçons qui ont toujours la nana à la fin des films. Adriel avait d’ailleurs bien plus l’étoffe d’un super héros que lui. Il était beau, plutôt grand, plutôt musclé. Il avait un caractère bien trempé, un passé plutôt triste. Il aimait bien la vie, aussi, au fond. Ou du moins il en profitait. Il savait se rendre sociable. Il était riche et adulé. Qu’avait Clyde pour compenser ? Les seules armes que le monde avait bien daigné lui offrir c’était le cynisme. Cette maxime qui s’était emparée de sa vie en se rendant compte que rien ne valait véritablement la peine d’être vécu. Le cynisme, c’était n’avoir aucune morale, puisqu’au final, on se rendait bien compte qu’ici bas, personne n’en avait. Le cynisme, c’était la meilleure défense pour ne pas être déçu, pour ne pas être trahi.

Il n’y a pas de raison d’être désappointé, puisque de base, on ne s’attendait et on ne croyait à rien.

Mais le cynisme, ça ne rendait pas beau ou populaire. Non, bien au contraire. Ca nous rendait exécrable et laid. Clyde, où est passé le petit garçon sage et adorable ? Où sont passées tes ailes d’angelot ? Où est passée ta foi en l’humanité, ton désir de te rendre utile et de faire le bien autour de toi ? Tout ça, ça s’est envolé pas vrai, c’est parti avec tes souvenirs, c’est parti quand ton propre père a pointé ce fusil sur toi, en espérant que ça ferait fuir le démon, mais ça n’avait fait que décamper le gamin perdu en toi. Quand on a huit ans et qu’on a tout perdu. Quand on a huit ans et qu’on arrive plus à se reconstruire, alors qu’au final, il n’est pas si tard pour tout recommencer, on devient immoral. Pas immoral comme Adriel. Non, il lui laissait volontiers le rôle. De toute manière personne ne pouvait aussi bien être Adriel qu’Adriel lui-même – à part deux trois dragueurs qui couraient à Aisling et qu’il n’aimait toujours pas pour leur proximité avec Bonnie. Mais on ne veut plus être gentil et adorable, on ne veut plus faire d’effort pour satisfaire le monde autour de soi, on ne veut même plus conserver une image décente.

Et c’était sans doute bien pour ça que Clyde appréciait Adriel un peu plus qu’il ne tolérait de le croire. Car le gallois arrivait sans mal à jouer entre fils de bonne famille, affable et élégant et enfoiré sans aucune manière, vulgaire et amoral. Quand lui, et bien le fils de bonne famille avait été détruit pour jamais, et l’enfoiré qu’il pouvait être n’avait au final rien d’original ou de palpitant. Alors comment pouvait-il rivaliser face au blond, Comment Clyde pouvait sciemment se dire que Bonnie le préférait à une personnalité aussi éclatante et excentrique que celle de l’héritier ? C’était bien téméraire et bien utopique que le croire. Et Clyde n’avait aucune de ses deux qualités pour pouvoir se le permettre. Alors il rendait les armes. Ca ne servait à rien de se jeter corps et âme dans une bataille perdue d’avance. C’était prendre le risque de se faire transpercer le cœur, c’était prendre le risque de se faire poignarder en plein dos. Et il n’avait pas envie. Le brun ne voulait pas combattre et essuyer un nouvel échec. Alors on ne priait pas, non. On suppliait simplement, qu’importe combien pathétique on avait l’air. C’était bien tout ce dont l’irlandais était capable.

Abandonner sa fierté, abandonner son Dieu, ses idéaux, ses envies. Laisser tomber ses désirs, son masque d’homme fort, se montrer tel qu’il était. Un garçon faible, frêle, abandonné, perdu, stupide, lâche, et qui n’avait définitivement rien d’héroïque. Il était beau, le Clyde en armure tel qu’on l’imaginait, tiens. Prêt à tout pour sa Bonnie. Des foutaises, il était incapable de la garder pour soi. Pourtant, il n’avait pas envie de laisser voler librement sa jolie colombe. Non, il voulait l’enfermer pour toujours dans unes cage dorée, éloignée du regard des jaloux sous un drap blanc. C’était bien con, pas vrai. On ne gardait pas celle qu’on aimait comme ça. On prenait son épée, et on se jetait dans la guerre, sans peur, sans regret, et on revenait victorieux, avec la tête de l’autre sur un plateau d’argent pour prouver sa supériorité. Mais quand l’autre était son meilleur ami, avait-on vraiment envie de lutter ? Bien sûr que non. On avait presque envie de tout lui céder, absolument tout, pour le rendre heureux. Mais Clyde le savait bien, que Bonnie ne rendrait jamais Adriel heureux, et il n’avait pas envie de perdre la seule chose encore importante pour lui au profit d’une amitié qui commençait à ne plus avoir de sens. L’amour tue. L’amour réduit à néant des vies. L’amour balaie tout sur son passage sans aucune chance de pouvoir reconstruire ce qu’il a détruit. L’amour avait tué leur amitié. A devenir rivaux pour la même femme, ils en étaient venus à se haïr, à se mépriser. A vouloir voir l’autre souffrir, à rêver de la mort du rival. C’était con l’amour.

S’il ne perdait pas Bonnie, il perdait Adriel.

Mais que valait Adriel ? Pas grand-chose pas vrai ? C’était qu’un sale con égoïste, qui voulait tout lui prendre, qui se foutait bien de sa gueule sans rien savoir. A quel jeu jouaient-ils au juste ? C’était quoi comme pari morbide. C’était se rendre la vie impossible ? C’était envier l’autre jusqu’à s’oublier ? C’était bien con, Clyde s’en rendait compte seulement maintenant. Il se rendait compte de beaucoup seulement maintenant aussi, quand c’était trop tard. Ne même pas commencer à se battre, c’était stupide. Ce n’était pas preuve d’amour, mais bien d’un égocentrisme puissant. On sacrifiait les autres pour sauver sa peau. Quelle saloperie. Alors il fallait se battre, ou trouver un terrain d’entente. Était-ce seulement avec Stratford ? Il en doutait fortement. Et pourtant il avait envie d’essayer. C’est pour ça qu’il ne s’énerverait pas, c’est bien pour ça qu’il ne laisserait pas le détruire, aussi. Le brun se contenterai de sourire, même si ça l’agaçait. Il se contenterai de lui offrir tout ce qu’il pouvait. Même si au final, sa maigre fortune spirtuel ne valait rien, pour un matérialiste tel que le digne héritier des Stratford.

    Tu as raison Adriel, je n’ai pas grand-chose à t’offrir. Mon amitié ? Mes plaisirs ? Ma présence ? Ca ne te suffira sans doute jamais. On est quand même des sales cons. Moi je t’adore. C’est chiant d’ailleurs. J’arrive même pas à le concevoir, mais faut bien se rendre à l’évidence. Mais ça va nous mener où tout ça, nulle part pas vrai ?

Sauf là, dans cette clairière, parce que Clyde le connaissait quand même plus qu’il ne voulait bien le croire. Il voulait lui offrir un moment de répits. Un moment où on arrête de penser. On se contente de regarder l’autre, de ne rien faire et d’attendre sa réaction. On flippe pas mal, quand même. Parce qu’Adriel est impulsif. Quoique, s’il le frappait, ça lui donnerait peut-être une raison de se battre, de devenir méchant, de lui offrir la bataille qu’il attendait tant. Mais c’est con de se battre pour une fille. Clyde le savait bien au fond, s’il ne se battait pas, c’est parce qu’il savait qu’il serait le vainqueur sans même lever son épée. C’était bien orgueilleux que de le croire. Mais Bonnie sans Clyde, ce n’était rien. Et vice versa pas vrai ? Alors pas la peine de jouer les héros.

Juste profiter. De la brise chaude, du bruit de la cascade, du soleil qui décroît, des lèvres sur sa joue… Des lèvres sur sa joue. Cahude, celle d’Adriel. Adriel venait de l’embrasser, c’était rapide, et c’était bien bête, au fond comme geste, mais ça lui faisait quelque chose. C’était comme ça qu’on faisait la paix ? Tu parles. Mais peut-être que c’était révélateur, au final. Le brun se releva un peu, pour rire, tout seul comme un con. Fort heureusement, lui il savait lire entre les lignes. Il avait appris, à force d’expérience. C’était sympa comme compliment. Ce fut au brun de, dans un élan téméraire, venir dominer le blond. Il s’assit a califourchon sur sa taille et observa son visage.

Ce n’était pas normal. Mais il adorait ça.

Il passa lentement sa main dans ses cheveux et répondit.

« Il paraitrait ouais. Mais bon, ça a toujours fait mon charme. Je laisse l’art d’être un parfait connard aux autres. » comprendre toi, Startford. Et comprendre aussi que c’est la même chose pour moi. Ca te rends étrangement fascinant.

« Moi je te propose qu’on reste ici, et pendant que tu souffres de ta défaite, j’essaie de te noyer en toute discrétion, d’accord ? »

Et c’était rire de nouveau. Non, il ne tuerait pas Adriel. Pas tout de suite en tout cas. Car si Clyde n’avait rien du héros chevaleresque, il n’avait rien du méchant diabolique non plus.

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MessageSujet: Re: Away from the Sun • Buckley.   Dim 18 Juil - 7:59

    bonnie

And I almost had you
but I guess that doesn't cut it.

La brise tiède dans ses cheveux blonds, la caresse tendre de l’herbe contre sa peau, le soleil, chaud, brillant là tout là-haut… Il était bien. Il se sentait léger, empli d’un délicieux sentiment de liberté. Plus de comédie à jouer, plus de rôle à interpréter. Ici le salaud qu’il était pouvait respirer sans honte, pouvait surgir sans prévenir... Clyde le connaissait mieux que quiconque. Il le savait pourri. Egoïste. Con et exécrable. Arsenic n’était plus obligé de jouer. Et putain, c’était bon. Clyde et la nature, étaient les seuls témoins de dix-sept ans de putréfaction. Putréfaction incarnée en un jeune homme à gueule d’ange, un sourire irrésistible, des fringues de millionnaire. Pas mal pour un reste de moisi, pas vrai ?

Les bras croisés derrière la tête, les yeux mi-clos, Adriel ne disait rien. Malgré le léger sourire qu’il arborait, l’adolescent ruminait quelques sombres pensées. Un odieux sentiment de remord lui titillait la peau. Il avait déjà bien assez parlé. Il avait révélé ce qu’il pensait depuis six ans, et c’était déjà trop. Ça lui ressemblait si peu. Certes, il s’était exprimé en langage codé -les insultes étant son morse à lui-, mais il avait parlé quand même. Si Clyde était trop stupide pour comprendre, c’était son problème, pas le sien. Il aurait peut être du l’écraser en fait, tout à l’heure quand il était encore allongé sur lui. L’étouffer, l’étrangler, le fracasser. Il aurait pu. Comme ça, tout aurait été résolu. Il serait rentré à Aisling, Clyde aurait été présenté comme porté disparu, mort, et Aelys aurait pleuré un bon coup, il aurait séché ses larmes, puis ça aurait fini au lit. Tiens, c’était un bon plan ça.
Il aurait du y penser plus tôt.

Adriel avait les yeux clos. L’idée de fracasser la jolie petite tête brune de l’irlandais lui avait arraché un petit sourire. Avouez que c’est drôle quand même. Ça aurait été marrant. Non ? Mais… Il n’aurait pas pu. C’était impossible. Parce qu’aussi mauvais qu’il était, Adriel Stratford était incapable de tuer Clyde Buckley. Lui arracher le cœur, lui voler son âme, le démembrer, le faire souffrir, c’était déjà plus réalisable. D’ailleurs, il l’avait déjà fait en lorgnant sur une certaine rouquine. Même si, au départ, Adriel ne désirait pas Aelys pour détruire Clyde, c’étaient deux choses qui marchaient ensemble. Vouloir Bonnie, c’était torturer Clyde. Mais lui ôter la vie, purement et simplement, non. C’était impossible.

Adriel ne savait pas rendre heureux les gens qu’il aimait. Ça sortait de son champ de compétence. Il ne savait que détruire, ou construire pour détruire. Et cela parce qu’il avait l’intime conviction que personne sur Terre ne méritait son amour. Que l’humanité toute entière était corrompue, pourrie jusqu’à l’os mais qu’elle était trop lâche pour l’admettre. Elle se donnait des airs de grande dame, de colombe de paix, alors qu’elle s’automutilait dès qu‘elle en avait l‘occasion. Oui Adriel était un salaud, mais lui, au moins, il l’acceptait parfaitement. Il était un enfoiré, et il le vivait très bien. Certes, il se la jouait victime aussi, pour le fun, parce que la vie est une tragédie que voulez-vous. Si l’on ne peut s’en plaindre, elle perd tout son charme. Profiter, profiter, à la longue on se lasse. L’envie et la douleur ont toute deux un goût délicieux. Et quand on a dix-sept ans, la mémoire intacte, les femmes, l’argent et le monde, il faut bien trouver de quoi se plaindre. Parce que la souffrance a quelque chose d’attirant, de délicieusement enivrant.
Donc Adriel était certain que tout bon sentiment était factice et que par définition tout ami quel qu’il soit aussi. De plus, quand on connaissait bien Adriel -et il s‘arrangeait pour que cela ne concerne qu‘un nombre limité de personne- on n’ignorait pas qu’il était un salaud de première, et personne ne peut vraiment apprécier un tel degré de pourriture. Pour preuve, il passait son temps à crier après les spéciaux qui le lui rendaient bien. En définitive, on peut déclarer sans fausse note qu’en vérité Adriel n’aime personne et… personne ne l’aime.

C’est dur de se dire que personne ne vous aime vraiment. Que seul votre nom de famille, et l’argent qui va avec attire autrui. Que seul votre patrimoine génétique qui vous a transmis ces traits d’acteur américain orgasmique attire les femmes. Qu’au fond, vous n’êtes qu’un beau salopard et que le nombre de vos ennemis enfle de jours en jours, et que celui de vos alliés lui, s’affaiblit à chaque seconde qui file. Que vous ne pouvez compter sur personne sauf sur vous-même. Que vous êtes seul, seul dans votre prison dorée.

Et que là, vous venez de perdre la seule personne qui comptait. Et que… comme un con, vous venez seulement de vous en rendre compte.

Adriel déglutit difficilement. Il supportait mal de considérer Clyde comme étant « la seule personne qui comptait ». Et pourtant… Pourtant... Oh bien sûr, il ne l’admettrait jamais. Il préfèrerait qu’on lui ôte la vie, plutôt que d’assumer. Avoir de l’affection pour Clyde, quelle belle blague. Hahaha… Plutôt crever.
Pourtant, quand il le voyait rire, s’amuser, délirer avec cet espèce de crétin des Physiques -Tristan, c‘est ça ?- il avait une sale envie de meurtre. Empoigner cette tignasse rousse, ce borgne stupide et lui faire sa peau. Parce que savoir que Clyde s’entendait plus avec un autre mec que lui… ça… l’irritait. Il ne savait pourquoi. Pourtant il faisait tout justement, pour que Clyde le haïsse. Adriel était chiant, désagréable, vulgaire, hautain, violent aussi. Et salaud surtout. Comment Clyde pouvait-il l’apprécier alors qu’il essayait de lui voler son âme ? Qu’il tentait inlassablement de lui dérober ce qu’il aimait le plus en ce bas monde ?

Adriel aimait se complaire dans la souffrance, et il était s’y était enfoncé jusqu’au cou, emportant Clyde avec lui.

En parlant du loup, ce dernier venait de s’assoir sur lui, comme ça. On lui avait rien demandé, et il s’était ramené. Adriel émit un grognement, puis ouvrit les yeux à regret. Un air mauvais se peignit sur ses traits, alors qu’il se redressait péniblement sur un coude. Et Clyde qui le dévisageait, le sourire en coin, et une main dans ses cheveux sombres.

Il paraitrait ouais. Mais bon, ça a toujours fait mon charme. Je laisse l’art d’être un parfait connard aux autres.

Le gallois ne releva pas, même si malgré lui, une ébauche de sourire fendit ses lèvres. Un parfait connard, ahaha. Il l’assumait parfaitement. Mais ça, Clyde le savait déjà.

Moi je te propose qu’on reste ici, et pendant que tu souffres de ta défaite, j’essaie de te noyer en toute discrétion, d’accord ?

Adriel arqua un sourcil moqueur, puis leva les yeux au Ciel. C’était navrant. Le noyer, lui ? Même s’il avait été bâillonné, pieds et mains attachés, Clyde aurait été incapable de l’assassiner. Et puis… de quelle défaite parlait-il ? Il n’y avait même pas eu de combat. Il n’y avait ni vainqueur, ni vaincu. Juste deux crétins de dix-sept ans allongés dans une clairière perdue. La raillerie de Clyde le faisait bien rire, et d’ailleurs il n’avait même pas répliqué. Pas tout de suite. Il s’était juste contenté de regarder ailleurs. Parce qu’il était… content, un peu. Et que ça l’exaspérait d’être content. Heureux malgré lui, alors qu’il n’y avait aucune raison valable à cette bonne humeur soudaine. Juste… que Clyde soit là, sur lui, à blaguer comme un débile. Comme avant… Comme avant.
Il aurait voulu se lever, et le repousser, l’expulser en hurlant. Mais… non. Ce que son orgueil le poussait à faire, quelque chose l’en empêchait. Parce que Clyde aurait pu partir, l’abandonner, retourner à Aisling, et lui faire la gueule, comme… comme Bonnie. C’est vrai d’ailleurs… Pourquoi était-il là, avec lui, alors que sa chérie l’attendait bien sagement à la maison ? Et Tristan ? Pourquoi Buckley était ici avec lui tandis que cet imbécile de Twister déconnait seul, sans acolyte à l'école ? Le faible coeur du gallois bondit dans sa poitrine. Si ça se trouve... Clyde le préférait à Tristan ?
Adriel souda ses prunelles d’ambre à celles de jais. Et une étrange expression les enflamma. Quelque chose de pétillant, de doux, qu’on ne leur connaissait pas. Il était heureux, juste. Heureux, simplement. De voir cette espèce de malotru déblatérer des stupidités sur son ventre... Alors que d'autres personnes l'attendaient ailleurs. Des personnes gentilles. Des personnes qui l'aimaient et le lui disaient. Des personnes qui n'étaient pas comme lui, un salaud. Un drôle sourire se dessina sur ses lèvres. C’était inhabituel et vraiment trop niais.

Me noyer, hein ? Essaye un peu pour voir. t’arriveras même pas à me traîner jusque là-bas. Dit-il hilare, en indiquant la cascade.

Puis il se téléporta aussitôt, et d’allongé, il se retrouva à genoux, face au brun. Qu’il toisait d’un petit air narquois.

Ce serait toi le vainqueur alors… Hum. J‘ignorais que Lys était aveugle… Regarde moi-ça. Un pauvre brun, maigre, moche, complètement ringard. Avec un humour désespérant en plus.

Tout en parlant, Adriel passait une main habile dans les cheveux noirs, un doigt rapide sur une joue, sur une épaule, tirait sur son tee-shirt. Un sourire mesquin flottait sur ses lèvres. Asticoter Clyde, c’était bien plaisant comme passe-temps. Le caresser aussi. ça faisait longtemps qu'il voulait vérifier si ces cheveux noirs étaient plus doux que les siens.
Puis il approcha son visage de l’oreille de son ami, et chuchota d’une voix suave.

Tu fais pas l’poids mon vieux, mais…

Sa joue effleura celle de Clyde, à nouveau... Un minime instant, il ferma les yeux. Puis il se redressa sans terminer sa phrase et regarda autour de lui. Une farandole de fleurs sauvages coloraient l’herbe verte ici et là, en des centaines de petites tâches multicolores. L’héritier eut un air amusé, puis il enchaîna un série affolante de téléportations dans la clairière, se baissant et se relevant à toute allure, pour finalement arriver à regrouper une foison incalculable de fleurs champêtres. Satisfait, il retourna près de Clyde et entama de tresser comme il le pouvait -la composition florale n’est pas son domaine de prédilection pardonnez le- une couronne de pissenlits, coquelicots, bleuets et autres beautés sauvages. Le résultat n’avait rien de la classe d’une couronne de lauriers décernée aux champions Olympiques, mais… c’était mieux que rien. Si Clyde avait voulu la vraie couronne de César, il aurait eu besoin de Bonnie pour aller la chercher… Et bien sûr c’était complètement utopique.

Son travail terminé, Adriel regarda Clyde d’un petit air solennel, et salement ironique. Il s’approcha de lui, et déposa délicatement les fleurs tressées sur la tête brune.

Bravo. T’as gagné.

Gagné quoi ? Bonne question. Aelys ? Certainement pas. Ne rêvez-pas, ce serait trop beau. Stratford est un enfoiré, ne l'oubliez pas. Adriel était incapable de tuer Clyde, mais pas de lui voler son âme. Et abandonner sans essayer lui ressemblait trop peu. Quitte à se prendre un râteau autant se le prendre. Et puis, quand on s’appelle Adriel Stratford voyons, on n’abandonne pas.
Non. Il lui fallait de nouveau lire entre lignes à ce pauvre Clyde. Ce cher Buckley qu'il malmenait depuis six ans -et qui le lui rendait bien- Cette mascarade immature allait beaucoup plus loin que Aelys, et leur puérile dispute de jeunes coqs. C’était tellement plus profond. C’était son amitié qu’Adriel offrait maladroitement en cadeau à l’espèce de brun maigre et moche. Parce qu’Adriel est incapable de rendre heureux les gens qu’il aime. Incapable de leur dire. Incapable de leur montrer. Incapable de leur prouver. Mais il essaye. Parce qu’abandonner sans essayer, ça lui ressemble trop peu.



Almost loved you
I almost wished you would've love me too.








Dernière édition par Adriel Stratford le Mar 10 Mai - 5:01, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Away from the Sun • Buckley.   Ven 3 Sep - 1:48

Youhoupi,
Dansons la Carioca !
Être heureux. Quand on était un adolescent, c’était un concept qu’on fuyait. C’était comme ça, on ne voulait surtout pas être heureux. Les bons moments n’avaient aucun poids face aux mauvais. Les sourires fugaces qu’on s’échangeait en profitant du soleil doux qui caressait l’épiderme frileux, les caresses interdites, rapides et éphémères, cachées par le bruit de la cascade, ça n’aurait plus aucune valeur une fois revenu à Aisling. Non, être heureux c’était un concept basique qui échappait à tout adolescent, surtout quand on s’appelait Adriel Stratford. Surtout quand on avait la richesse, les filles, la popularité, mais que ça ne suffisait toujours pas.

Clyde appelait ça le complexe Paris Hilton. Il attendait avec impatience le jour où Monsieur Adriel Têteàclaque Stratford serait déshérité, et qu’on le verrait cul nul une bouteille de Petrus à quarante mille euro à la main, à jeter son argent sur la route. Le complexe du riche héritier torturé qui fait tout pour enchainer les scandales histoire de ne surtout pas se faire oublier. Voilà ce qu’était Adriel Stratford. Qu’une Paris Hilton au masculin, qu’une Britney Spears sur le déclin, et surtout, il avait un point commun avec les deux cités, il était blond. Triste vie.

C’était ça, quand on avait encore rien perdu. C’était la recherche du malheur qui primait plus que tout. Et pourtant, pourtant Adriel ne sombrait pas encore dans la cocaïne – combien de temps encore avant que Clyde ne doivent venir le chercher la tête dans le caniveau ? – non, il assumait même très bien son mal être et le compensait avec son côté salopard. Plutôt que de se briser lui-même, plutôt que de rester à s’automutiler et à faire profiter les autres de son désespoir par des tentatives de suicides qui ne relevaient au final que du cliché de l’adolescent mal dans sa peau qui veut attirer l’attention (autant dire que c’était un concept bien trop prolétaire et banal pour le Stratford), il allait briser les autres, avec évidement cette dose d’apitoiement sur son sort propres aux jeunes riches qui se cherchent des ennuis. Le plus ironique dans tout ça était probablement que Clyde crachait sur ce comportement quand lui ne faisait jamais mieux que ça, mais ne digressons pas sur ses pauvres défauts et préférons voir la paille dans l’œil de son voisin que la poutre dans le sien.

Enfin, encore une fois, tout ça n’était que l’analyse hautaine et sarcastique de l’irlandais, qui se contentait de rire dans son coin du pathétisme dont pouvait faire preuve son rival, son ennemi juré et à la fois meilleur ami. Une manière comme une autre de se protéger et de ne pas se rendre compte qu’on était aussi, si ce n’est plus, misérable. Parce que Clyde était bien le premier à maugréer quand quelque chose n’allait pas, et il était surtout le premier à se trouver des problèmes quand il n’y en avait pas. Evidement, tout cela découlait de… choses bien plus profondes, d’événements marquants qu’il ne disait à personne, mais quand le brun commençait à se plaindre, c’était souvent pour des choses futiles et sans intérêt. Et il devait même être en compétition avec Adriel sur ce plan là.

A croire que les deux s’étaient lancé un concours stupide, vraiment idiot, à celui qui irait le plus mal pour des raisons plus abruties les unes que les autres. Et quand on devait pointer le véritable problème du doigt, c’était à celui qui avait eu l’enfance la plus malheureuse. Je vous présente le gosse de huit ans qui a grandi dans l’odeur de la sueur, du sperme et de la cyprine. Dans les putes et l’argent sale, dans un concours malsain où c’était à celui qui aurait le plus de conquête, entre le père et la mère. Ou ce gosse de huit ans qui avait eu le malheur de perdre la mémoire, d’avoir un don maudit, qui se faisait virer de chez lui par son propre père, le canon d’un fusil collé sur la tempe.

Autant dire que chacun remportait des palmes dans leur catégorie, même si ça ne menait à rien. Tout cela c’était le passé. Un passé sombre, douloureux, qui n’aurait de cesse de les rattraper, qui avaient forgé leur psychologie – un sombre machiste hypocrite pour l’un, et un indifférent cynique pour l’autre – et qui les avait rendu sans doute plus fort. Ou en tout cas, apte à voir la vie sous un nouvel angle. Même si Clyde se considérait légèrement supérieur dans le sens où lui n’avait besoin de ne briser personne pour survivre. Non, tout ce dont Clyde avait besoin pour vivre, pour respirer, c’était d’Aelys.

Et ce même centrisme sur Aelys était bien ce qui allait le perdre.

Mais n’y pensons pas. N’y pensons pas. Concentrons-nous sur le bruit de la cascade, sur la brise chaude qui secoua ses cheveux, sur le blond au sourire heureux sous lui. Au sourire heureux… Adriel était beau, quand il lui arrivait de sourire de cette manière. Il aimerait avoir le privilège de le voir comme ça. Le seul à être capable de lui décrocher des si beaux moments. Et quand il le voyait ainsi apaisé, même pour l’espace d’une minute, il pouvait comprendre pourquoi les filles sombraient dans ses bras. Il pouvait comprendre pourquoi lui n’aurait jamais tout ce que Adriel avait. Le brun n’avait rien de particulièrement beau. Il n’avait qu’un rictus moqueur, qu’une bouille adolescente. Il n’était certes pas moche, mais il n’avait rien de transcendant. Quand ses sourires n’étaient pas sarcastiques, quand ils n’avaient pas cette tendresse ingénue qu’il réservait à Aelys, il y avait souvent une grimace de dégoût ou des traits tirés par l’indifférence. Rien qui ne le rendrait séduisant.

Souris pour lui Adriel. Souris lui encore de cette manière, ça lui donne l’impression qu’il ne t’est pas complètement inutile, ça lui donne l’impression qu’il peut encore faire quelque chose pour toi.

« Je ne pourrais jamais te trainer là-bas, en effet. » nota-t-il le nez en l’air, alors qu’il cherchait à tout prix à regarder autre chose que le blond sous lui. Il attrapa sa main blanche et joua un instant avec ses doigts sans trop réfléchir.

« Mais je sais que si je le voulais, je pourrais t’y téléporter. Et après. Après, je me débrouillerai bien, mon pouvoir peut faire bien des choses. » Y compris instaurer la peur dans le regard de ceux qui le croisaient, quand au final, il était que peu capable de faire du mal aux autres. Il n’avait pas cherché à vouloir ce don. A dire vrai, si on lui avait laissé le choix, si on lui avait permis de l’avoir, il aurait choisi de ne jamais avoir cette vie, il aurait choisi Dieu, son confort de petit croyant catholique. Il aurait choisi sa vie de croyance plutôt que cette vie d’agnostique bien fade lui semblait-il parfois.

Et puis Adriel brisa l’instant, comme il brisait tout ce qu’il touchait. Il se téléporta avec toujours bien plus de la maîtrise que lui, qui se retrouva bêtement à genoux sur l’herbe, avec un blond à quatre pattes en face de lui, bien trop proche, bien trop narquois. A quoi jouait-il bon sang ? Et c’était quoi le nouveau jeu de son cœur, à manquer des battements comme ça, en la présence du blond ?

Allez, les oiseaux de mon corps, fermez vos belles gueules à passion ! Tais-toi mon cœur, je ne te reconnais pas !

« Mon Dieu, je ne porte pas du Ralph Lauren, je suis ringard, c’est une honte. Tu devrais appeler la police de la mode, vraiment. Même si le coté blond-surfeur-californien, c’est démodé depuis quatre-vingt-dix mon petit Straford. Tu n’es plus à la page non plus. M’enfin, tu es exactement comme Paris Hilton, en fait. A quand le single The Boy’s Next Door ? »

Et voilà, phrase alambiquée typique d’un Clyde qui se sent en danger. Et pour la peine, il ne prit même pas le temps de le regarder faire son manège. Il se contenta de s’asseoir sur l’herbe, une jambe tendue, l’autre repliée, se soutenant par la force des bras. Cet endroit tropical – il avait même déjà oublié l’endroit où ils étaient – avait vraiment le don de le détendre. Qu’importe qu’Adriel veuille le tuer, veuille lui dérober Aelys, tout ça… tout ça, ça ne reprendrait qu’à Aisling. Il n’avait pas envie d’y retourner. Il n’avait pas envie de faire face à la réalité, il voulait rester là pendant des heures, des jours, des mois, avec Adriel, à ne penser à rien, à se contenter de la présence de l’autre, à renouer.

Ils étaient beaux, les rêves de fraternité de Clyde. Ils étaient de bien belle chimère. Allez, même lui n’y croyait pas.

« Adriel, tu nous la joue Lau-… » Pause. Retour arrière. Pause. Attendez quelque petites minutes. Adriel venait de lui poser sur la tête une couronne de fleur qui n’avait pas fière allure où venait-il de rêver ? Il passa une main dans ses cheveux pour sentir le toucher caractéristique des pétales. On se moquait de la gueule du monde, là. Il avait une couronne de fleur.

Adriel venait de lui offrir une putain de couronne de fleur. D’abord, depuis quand monsieur Startford connaissait l’art de la composition florale ? Depuis quand Adriel reconnaissait une défaite. DEPUIS QUAND AVAIT-IL UNE PUTAIN DE COURONNE DE FLEUR SUR LE CRANE.

Merde, il était quoi, une pucelle ? Il se retrouvait comme un con, la bouche entr’ouverte, à chercher quoi dire ? Clyde Andrew Buckley n’était pourtant jamais à cours de répliques cassantes. Et là. Là. Là il avait l’air juste abruti, ses yeux verts grand ouvert, ébahi. Adriel Stratford, prenais-tu Clyde pour une de tes énièmes conquêtes ? Adriel Stratford, cherchais-tu à tuer Clyde, avec cette technique qui le rendait à la fois ridicule et craquant ? Clyde était là, sans trop y croire. Non, Adriel, n’abandonnait jamais. Et ça, ça c’était juste du pur foutage de gueule, voilà tout.

Ils n’avaient pas pu devenir si complices en l’espace de ces quoi ? Quelques minutes ? Heures ? Putain. Ferme la bouche Clyde, respire. Et il lui semblait que son corps avait cessé de lui obéir quand il attrapa un bleuet de sa propre couronne pour le caler dans les cheveux du blond avec un sourire un peu sarcastique qui était en réalité… sa manière de sourire niaisement.

« Je ne pensais pas que le tout puissant Adriel Stratford s’y connaissait en composition florale. Félicitation, tu as tout d’une parfaite Geisha, tu vends ton Mizuage combien ? » et pourtant, là tout de suite, derrière les répliques sarcastiques, il était bêtement heureux. Il ne pouvait pas se montrer faible, il ne pouvait pas tomber dans ses bras et lui dire bêtement tout ce qu’il pensait.

Mais sincèrement Adriel, là, Clyde tu l’avais tout entier.

Il se contenta de baiser la tête et de murmurer, gêné par ses propres paroles, et toujours légèrement perturbé par cette histoire de couronne de fleur.

« Moi Adriel je te lâche pas. Je te déteste, genre. Mais on se voile la face. Moi je te lâcherai jamais. »

Mais merde, il tombait en amour pour Adriel là ou quoi ? Pff, n’importe quoi. Le brun se releva, attrapa la main du gallois pour le forcer à se relever avec lui, et commença à le renverser à la manière d’un tango.

« Tu permettras qu’en tant que gagnant, je mène la danse ? » et, de sa faible constitution, et surtout parce que c’était bien plus drôle comme ça, il le lâcha. Finis les moments complices, il gardait sa victoire, sa couronne de fleur et retrouvait son meilleur ami. Parce que qu’une fois à Aisling, ce serait le retour de ce malheur qu’ils recherchaient tant, de cette compétition stérile. Et à Aisling, tout ça n’aurait jamais eu lieu n’est-ce pas. Pourtant, vraiment, c’était actuellement un de ses plus beaux souvenirs.

C'est bien,
Faisez tous comme moi.

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MessageSujet: Re: Away from the Sun • Buckley.   Sam 21 Mai - 9:39

    bonnie

Oh it's such a perfect day,
I'm glad I spent it with you.


    ▬ Je ne pensais pas que le tout puissant Adriel Stratford s’y connaissait en composition florale. Félicitation, tu as tout d’une parfaite Geisha, tu vends ton mizuage combien ?
    Enfoiré, réplique-t-il, dans un sourire.

Et quand un Clyde sarcastique se penche pour blottir un bleuet dans l'or de ses cheveux, Adriel feint l'indifférence. Pourtant, la gène rougit doucement sur ses joues blêmes. Il baisse les yeux sur la pelouse, soupire, passe la main dans ses cheveux, se trouve des excuses, tout plutôt que de regarder le brun à ses côtés. Il est bien embêté quand même, le petit Stratford. Il s'en veut un peu. Son cœur patine, s'ébroue. C'est débile toute cette histoire de couronne à la con. Mais il ne regrette pas vraiment, au fond. Et puis, ce n'est pas de sa faute, mais celle de l'autre. Clyde n'est pas un garçon : il est une nonne. Et Dieu seul sait combien notre Adriel semble vouer un intérêt tout particulier aux femmes du Seigneur.
Aller Arsenic, sauve ce qu'il te reste d'honneur.

    ▬ Avoue, t'adores ma couronne. T'es charmante avec, tu sais. Je suis sûr que Queen ne te résisterait pas, uhu.

Et, lever la tête vers son ami, les yeux pétillant de provocation, et lui offrir un rictus amusé, un brin sardonique. Puis ses prunelles attrapent les siennes, un instant. Alors la rivalité s'efface, l'orgueil disparaît. Et enfin, dans un regard, un tout petit regard, ils peuvent lire la démesure de l'affection de l'un pour l'autre. Cette belle amitié un peu ratée qui les anime, les consume. Et la voix de l'irlandais s'élève alors, grave, enrouée, à peine plus forte que la brise. Et ses mots se plantent dans le cœur d'Adriel.

    ▬ Moi Adriel je te lâche pas. Je te déteste, genre. Mais on se voile la face. Moi je te lâcherai jamais.

Il y a un silence. Il a la gorge nouée. Il voudrait répondre, mais les mots lui manquent. Alors il est simplement là, la bouche entrouverte, un peu émoustillé, frissonnant. Là Clyde, tu l'as conquis. Adriel, tu l'as tout entier. T'es beau Clyde, tu sais. T'es putain de beau. T'es beau quand, comme ça sans raison, tu te mets à nu, et te défais de ton ironie mordante, de ton cynisme blessant. Et pour la première fois, Adriel comprend enfin ce qu'Aelys a trouvé chez l'irlandais que lui-même n'avait pas. Clyde avait quelque chose au fond des yeux, quelque chose dans ses fossettes, dans son sourire, dans ses mimiques adolescentes, quelque chose qui vous retournait le cœur. Ça vous prenait aux tripes, explosait vos artères, inondait votre cerveau. Un charisme merveilleux, qui vous attirait à lui comme un aimant, détruisait toutes vos barrières, toutes vos défenses. Un putain de charme.

Et puis l'irlandais se lève, et tire un gallois tout troublé par le bras. Il lui pose une main sur la hanche, le renverse en arrière, rapproche leurs deux visages, l'air taquin.

    ▬ Tu permettrais qu'en tant que gagnant, je mène la danse ?

Une insulte indignée n'a pas le temps de s'échapper de sa bouche, que déjà l'héritier est à terre. Un peu déboussolé, carrément outré, Adriel se redresse aussitôt, le coccyx endolori, et fusille l'amnésique de ses iris ambrés. Il voudrait bien se jeter sur lui, et arracher avec ses ongles son petit sourire en coin, cet insupportable petit sourire. Et pourtant, il n'en est rien. Il se contente d'un rictus gêné, et baisser les yeux. Il est adorable avec cette bouille, les pommettes un peu rougissantes. Alors, il se téléporte une dernière fois, et le serre dans ses bras.

    ▬ T'es qu'un petit con.

Il enlace sa nuque, frictionne d'une main paternelle la tignasse brune, y plonge ses doigts, caresse quelques pétales multicolores, plonge son visage aux creux de son cou blême. Il n'y a plus qu'eux. Aisling semble si loin, perdu. Aelys aussi. Il n'y a que le vent, les fleurs, le ciel et la cascade. Il n'y a qu'eux. Clyde. Et Adriel.
Et les mots de l'irlandais, ceux qui l'ont tué tout à l'heure, tournent comme un vieux vinyle dans ses pensées. Ces petits mots sont là, vivants, avec la même gravité, la même sincérité que ceux qui avaient franchi la bouche rosée de l'irlandais.

    ▬ T'es qu'un sale fils de pute. Mais moi, bordel. Je t'aime.

Il lui insuffle son secret au creux de l'oreille, à voix basse, pas plus forte qu'un soupir ; pour pas que le vent ne l'espionne, ou le soleil ne l'entende. Il cogne leurs deux fronts, entremêle quelques mèches blondes à la frange brune. Et d'un geste nerveux, un peu brutal, il glisse sa main sur sa nuque, tire sur quelques boucles sombres, et presse sa bouche sur la sienne. Une seconde. Le temps de goûter à la saveur un peu acidulée de ses lèvres. Puis, il le repousse, tout d'un coup. Le souffle haché, il le dévisage quelques minutes, avant de lâcher un léger soupir, se tourner vers la cascade, et glisser ses mains dans les poches. Il pense à Aelys. A Clyde. A la rousse, au brun. A eux deux. Ensemble. Et lui, tout seul. Son cœur se noue.

Un sanglot dénué de larmes lui secoue la poitrine, et se mêle à un petit rire désespéré.

    ▬ C'est pas ma faute tout ça, tu sais... Chuchote-t-il soudain.

Il lève ses yeux tristes vers le ciel bleu, contemple la trajectoire de quelques nuages cotonneux.

    ▬ Je ne voulais pas... savoir tout ça. Elle non plus...

Il baisse la tête, sa voix s'éteint.
Et le masque se craquèle. La façade parfaite de Arsenic se lézarde, se fissure ; tout va s'effondrer. Des années de formatage, de sourires contrefaits, de mots calculés ; tout vole en éclat. Là, dans cette clairière perdue, Arsenic agonise. Il n'est plus que Adriel. Le gamin délaissé. Le gosse de huit ans qui connaîtrait que le vice, ne trouverait le plaisir que dans la débauche. Il capitule. Il a tenu jusqu'au bout. A refusé armistice, drapeau blanc et main tendue, paré la douleur, s'est raccroché à son orgueil. A lutté de toute ses forces pour ce combat, a provoqué, hurlé, insulté. Tout pour un semblant de haine, un soupçon de destruction. Mais c'est le début de la fin. Tu as gagné, Clyde. Depuis le début. Depuis toujours. Il n'est rien. Tu es tout. Bientôt, tout ça ne sera qu'un vieux rêve. Tu gâcheras tout, Buckley. Tu emporteras ces caresses indolentes, cette amitié ratée, le soleil chaud, ce chaste baiser, les senteurs de gazon, cette étreinte désespérée, tout ça, d'un sourire caustique, tu le jetteras dans la benne de l'oubli. Tu retourneras vers Elle ; il se noiera dans la cascade de votre indifférence. Mais ce n'est pas grave, tu sais. Après tout ce n'est qu'un petit con.

    ▬ Mais tu me la feras pas, Clyde. Pas à moi. J'suis peut être le dernier des connards, mais moi au moins, j'assume. Je me cache pas derrière ma vie d'merde !

Il glisse la main dans la poche arrière de son jean, et attrape son paquet de Lucky Strike. Il tire une cigarette, la glisse entre ses lèvres, dégaine son zippo, et approche la flamme crépitante de sa blonde.

    ▬ Alors arrête de jouer con, et sois un homme. Une fois dans ta vie, putain.

Il crachote un volute de fumée. Ça y est, Aisling, le présent et toutes ces conneries reprennent leurs droits. Arsenic renaît de ses cendres.

    ▬ Va la voir. Et dis-lui ce que t'as là, ducon.

D'un geste désinvolte, il désigne la poitrine du brun, un bout de pectoral, un coin de peau blafarde sous lequel devait se cacher un cœur à vif. Un cœur bon, juste, un peu cynique mais généreux. Un palpitant de gentil catholique. Un cœur au creux duquel, l'espace d'un instant, Adriel aurait aimé avoir une place. Mais qui voudrait sauver une amitié ratée. Parce que c'est ça, Clyde et Adriel. Quelque chose de beau, de pur, de tumultueux et sauvage, mais mal façonné, pas terminé. C'est violent, épineux, corrosif. Adriel ne méritait pas Clyde. Stratford était trop égoïste, trop envieux, et jaloux. Alors il chuchote ces dernières paroles amies, dans un murmure d'excuse. Derniers conseils de Adriel avant le retour à ce quotidien de merde. Le blond leva une dernière fois la tête vers le ciel trop bleu, le soleil torride, et se brûla la rétine. Il a un sourire doux. Il est beau là, Stratford ; les yeux clos, l'air serein, le cœur léger, les cheveux au vent. Pour un peu, on aurait juré voir un gamin, la clope en moins.

Vas-y Clyde, va la voir. Va lui dire ce qu'il n'a pas le droit ressentir. Ce qu'il ne lui dira jamais.
Va la voir, Clyde. Déclame lui ton amour, votre amour, à tous les deux. Parce que pour elle, il n'y a que le tien qui compte.

Il tire sur sa cigarette, aspire, et relâche un halo de fumée opaque. Son sourire disparaît, une petite ride soucieuse se dessine entre ses sourcils. Et il se relève avec une grâce nonchalante ; cette démarche féline, sensuelle, cette marque de fabrique Stratford. Mais il reste là, debout, hésitant. Il n'entend que le bruit frais de la cascade, le friselis du vent dans les branches. Cette bouffée d'air frais dans la pollution du quotidien. Il ferme les paupières, savoure ce moment magique, hors du temps, si loin du présent et le grave dans un recoin de sa mémoire. Parce que lui n'oubliera pas ; jamais.

    ▬ Ah, au fait, Clyde... juste.

Il le contemple une dernière fois, se passe une main gênée sur la nuque, et ajoute, dans un drôle de sourire.

    ▬ Merci.

Parce que lui n'oubliera pas ; jamais, ton cadeau, Buckley.
Puis il tourne le dos, et disparaît.

You made me forget myself.
I thought I was someone else, someone good.



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Away from the Sun • Buckley.

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