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 des boums et des bangs ▬ will.

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MessageSujet: des boums et des bangs ▬ will.   Ven 25 Mai - 2:30


it's so easy to laugh it's so easy to hate.

« je ne t'aime plus, mon amour. je ne t'aime plus, tous les jours. parfois j'aimerais mourir tellement j'ai voulu croire. »


Elle les méprisait.
Elle ne parvenait pas à trouver un tant soit peu logique, un tant soit peu utile, la confiance que ceux qui aiment placent en l'autre. Lorsqu'elle évoquait ces imbéciles qui se leurraient de sourires, qu'ils soient sincères ou de façades, sans parfois se rendre compte d'à qu'elles point ils tomberaient de haut, c'était toujours avec un léger sourire aux lèvres, ce genre de sourires qui immole tout en douceur. Ces gens-là, enivrés de faux semblants, anesthésiés par des mots trop beaux pour être sincères, elle se faisait un plaisir de les réveiller à grand coups de claques. Le plus souvent, par pitié.
Ils y en avait à la pelle, pensait-elle. Certes, quelques couples l'étonnaient encore, yeux brillants d'une lueur sincère qui lui tire néanmoins une grimace de désapprobation. Pour elle, ceux qui se juraient un amour éternel où qui envisageaient l'avenir ensembles étaient d'un ridicule inimaginable. Ceux qui savaient que toute relation était destinée à s'achever un jour ou l'autre gagnaient davantage de considération de sa part. Ce n'était qu'une question de temps, se disait-elle, et ce, quelque soit les concernés, qu'ils aient à peine la quinzaine, des niaiseries plein la tête et considérant le fait d'embrasser et d'accumuler les "je t'aime" dégoulinant de superficialité comme l'accomplissement d'une relation amoureuse, ou davantage. Surtout si elles savaient les concernés en question peu fiables. Car, il fallait le reconnaître, parmi ses anciennes connaissances, nombres s'étaient lamentablement faites avoir. Lors d'échanges de banalité, elle s'était déchaînée, intimement persuadée de devoir mettre un terme à la conversation. Conversation qui, après tout, n'avait lieu que parce que cette greluche ou cet imbécile cherchait à pouvoir raconter, toute frétillante de fierté et d'excitation à l'idée d'avoir eu vent de ce que d'autre ignoraient encore, les dernières nouvelles la concernant à un groupe d'adolescents avides de ragots. Il, elle ne voulait qu'avoir le ridicule privilège de déclarer, l'air de rien, à quiconque croiserait son chemin qu'il, elle avait « parlé à April récemment, tu sais, Stratford, l'héritière qui est partie dans cette école bizarre en Irlande... », comme si il, elle détenait quelque scoop capital à son propos capable de captiver les vagues connaissances qu'elle laissée derrière sans aucune hésitation.
Ladite héritière rechignait à supporter cette petite comédie. Alors, personne n'obtiendrait rien ; ni le plaisir - indicible, elle n'en doutait pas - de la cuisiner, ni les réponses attendues. Elle décidait d'abréger l'échange, aussi, elle se mit en tête d'adopter le ton innocent et les accents faussement désintéressés de son interlocuteur pour lâcher quelques appâts. Elle s'arrangeait pour glisser des insinuations de temps à autre dans la conversation ; si celui-ci ou celle-ci était quelqu'un en qui elle n'avait pas grande estime et qu'il la gênait, elle allait jusqu'à prétendre que l'amant ou l'amante sur laquelle elle s'était débrouillée pour orienter la conversation avait été infidèle. Ce qui était sûrement le cas, après tout. Elle n'avait pas assez de considération pour se rappeler en détail de Josh, Samantha ou Bradley, toutefois, elle ne doutait pas que le genre de relation sans consistance qu'ils menaient ne les dissuadaient pas d'aller voir ailleurs, et elle s'amusait en son fort intérieur à le dire de façon plus ou moins précise - que ce soit avéré ou non, elle semait le trouble. Toujours en paraissant être navrée d'être celle qui doit cracher le morceau, laissant entendre que tout le monde est au courant dès qu'elle en a l'occasion, voir, si elle s'adresse à une fille, qu'elle ignorait elle aussi qu'il avait quelqu'un quand il est venu vers elle l'autre jour, et achevant minutieusement la personne d'un « Remarque, depuis le temps, il est possible qu'il ait changé. Personnellement, j'en doute, mais... ».
Non, April ne plaçait pas beaucoup de foi en ces choses-là. Que ce soit la Fidélité, un mot qui, peu importe par qui il était prononcé, ne se départissait pas d'un connotation cynique à ses oreilles, ou l'Amour, ah, l'Amour ! C'était si facile de s'en moquer, de piétiner tous les beaux préceptes qu'on inculque depuis l'enfance à tous, au travers de romances sincères et véritables que l'on décrivaient, délivraient tels des cadeaux, des bienfaits, des extases. Elle se sentait tellement mieux, un rire fleurissant sur les lèvres, démolissant à coups de mots ce mythe, ce mensonge destructeur, cette mascarade insensée ; elle se faisait un plaisir, un plaisir salvateur, presque jouissif, à ternir l'image idyllique que tous en conservaient. Qu'ils sont bêtes, murmuraient son soupir discret et ses yeux pétillants à chaque fois que son regard s'attardait sur deux crétins transis. Lamentables. Lamentables de placer leurs espoirs en cette chose conformiste et fluctuante, lamentables de s'accrocher à l'être aimé comme si cela avait un sens, lamentables de parler systématiquement à la première personne du pluriel, lamentables pour leur visage qui au gré de l'autre s'illuminait ou se destructurait, lamentables ; elle en pleurerait.
Elle détournait le regard, laissant ses pensées dériver vers un autre sujet de préoccupation, un sujet concret, quelque chose requérant son attention, sans doute. Tout était envisageable, mais de tels chimères ne méritaient pas qu'on leur prête la moindre considération. C'était du vu et revu, du lessivé, repassé et déteint, une vieille frippe en laquelle trop de gens avaient fondés leurs rêves, une serpillère qui ne valait plus rien. Elle partait en lambeaux si l'on s'efforçait de l'essorer et de lui donner forme ; dans l'esprit d'April, l'Amour, l'espoir monnayé avec un grand A, n'était plus bon qu'à aggrémenter les livres et les comédies romantiques à deux sous. Ses quelques essais infructueux pour redonner à sa vie amoureuse des couleurs n'avaient été que des échecs. Loin d'être désagréables, elle n'avait pourtant rien ressenti de concluant. Rien ne lui donna envie de se prêter à des folies au mépris de toute logique, ou ne lui fit simplement désirer la proximité de quelqu'un ; rien ne fit battre son coeur trop vite pour qu'elle croie pouvoir affirmer être insensible, et botter en touche au nom d'un dédain qu'elle ne ferait plus qu'affecter.
Rien qui ne l'eut conforté dans son opinion.
Malheureusement, il y avait ces instants, ces instants furieusement déroutants, horrifiants, où elle croyait l'espace d'une seconde entraperçevoir une émotion nue, dans un regard, une caresse, un souffle, quand ce n'était deux. Tout se précipitait, s'engouffrait en elle, elle qui n'était pas prête à être assaillie ainsi par des tendresses aux accents réalité. Le temps qu'elle s'en remette, dissipe son embarras, et se recompose une force, se créait une minuscule fêlure là où rien auparavant ne parvenait à l'atteindre. Seuls ceux qui la connaissaient suffisamment se rendaient compte qu'alors, l'éclat de son sourire avait faiblit. Pas assez pour s'en inquiéter. Mais assez pour qu'elle doive se reprendre en main, oublier qu'elle a été, elle aussi, l'une de ces inconscientes qui se donnent à corps et âmes perdues aux mains qu'on leur tend. Aveuglément. J'ai eu le diable au coeur, je m'en souviens. Encore trop bien.
Et puis, le diable reprend vie, apparence, forme humaine. Il est là, une ombre tendue vers la lumière du jour, dans une phrase anodine. Il est là, caché dans sept lettres, trois syllabes, prononcés l'air de rien par un quidam sur lequel son regard passait sans heurt jusque là, jusqu'à ce qu'il dise nonchalamment à l'assistance : « Hé, vous avez vu ce nouveau ? William ? Il paraît qu'il s'est mis Adriel à dos en quelques... »
Déjà, elle n'écoute plus. Déjà, elle suffoque, le visage blême, une main aggrippé au bastinguage du bâteau dont les phalanges brusquement blanchissent. Une écharde s'enfonce au creux de sa paume sans qu'elle n'esquisse le moindre geste, par peur de se désagréger en relâchant par inadvertance la tension instaurée dans ses muscles raidis. Celle-ci, semblable à une décharge électrique, un afflux soudain de sang et d'adrénaline salvatrice, est la seule chose qui la maintient debout, à présent que la terre se met à tourner, à tourner à l'envers.
Impossible. Purement et simplement. Il ne peut pas s'agir de lui, ce serait une coïncidence extraordinaire, un putain de coup du sort, une farce grotesque jouée à son attention, le destin qui s'acharne et fait ressurgir, pour mieux la torturer, une figure du passé qu'elle n'a pas renoncé à effacer.
Elle aurait presque envie d'en rire, tout à coup. Non, non, bien sûr. Bien sûr que ce n'est pas lui ! Il n'est pas la seule personne au monde à porter ce prénom, et il est bien la dernière susceptible de se rendre étudier à Aisling. Enfin, April...
Rassénée, elle s'autorise une longue respiration, celle d'un noyé qui refait péniblement surface. Elle se détache du bastinguage, s'éloigne du groupe d'amis - de fréquentations serait plus juste - et se met en quête de ce fameux nouveau venu. Elle n'a qu'un idée en tête, qu'un seul but : ne pas laisser le doute s'infiltrer. Ne pas perdre face à cette terreur immense pendue à ces pas, tandis qu'elle se donne pour mission de la dissiper le plus vite possible en identifiant l'individu. Plus tôt elle sera détrompée, et plus tôt elle pourra s'employer à réparer les dégâts que l'évocation de ce seul prénom a déclenché en elle.
Elle croise une connaissance, lui demande sur le ton de la conversation où trouver le nouveau en question, et se dirige à grands pas vers l'endroit indiqué. Elle se surprend même à songer que cela pourrait lui faire du bien, de constater à quel point ce William-ci est différent de l'autre, de le cataloguer et de traiter comme tout un chacun, le réduisant à l'état d'un de ces simples jouets dont elle se lasse si rapidement. Elle se forge une conviction, imagine sans peine combien elle se sentira bête, une fois qu'elle aura vu...
... William.
Prénom devenu évidence, passeport pour son enfer personnel, clé d'un pan de son existence exposé violemment à son être qu'il a laissé exsangue.
Ce prénom, elle le prononce d'une voix tremblante, une voix de petite fille face à toute la cruauté du monde, les lèvres entrouvertes, agitées par le poids des mots qui s'ébauchent et se délitent avant de franchir celles-ci. Et quelque chose en elle se contracte et s'effondre, quelque chose en tombant l'épingle au parquet vernis du bâteau, devant lui, immobile. Trop vivante pour lui survivre encore. Vive à en mourir.
Prête à succomber sous son regard trop familier, de contempler ses traits retrouvés à s'en blesser les yeux. Ne serait-ce qu'eux.
i can feel the soil falling over my head.

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MessageSujet: Re: des boums et des bangs ▬ will.   Lun 9 Juil - 7:14

I'm walking away,
from everything I had

Il les méprisait.
Ils étaient tout ce qu'il avait toujours dénigré, tout ce qu'il avait toujours combattu. Ces enfants de riches, ces gosses favorisés qui avaient tout ce qu'ils voulaient. Ça lui donnait la haine, la gerbe, tout en même temps. Il se savait injuste car les pensionnaires d'Aisling n'étaient pas tous bien nés et fortunés ; il n'était pas l'unique élève que l'école avait sorti d'une existence pâle et précaire.
William se méprisait plus encore. Il n'avait jamais demandé ce don, il n'en avait pas voulu. Ça s'était abattu sur lui sans crier gare, comme la peste ou la rage. C'était comme si la vie le pointait du doigt en ricanant. Il avait crié pour qu'on le lui prenne, prié pour qu'on le lui vole. Il se le serrait arraché comme on s'ampute un membre gangréné s'il avait pu.

Avachi sur une marche décrépie de l'antre des pirates, Will tirait nerveusement sur son nœud de cravate. Il fit la moue. Ses yeux glissèrent sur le blanc immaculé des manches de sa chemise, remontées jusqu'aux coudes, et s'arrêtèrent sur les plis bien dessinés de son pantalon. Il avança ses lèvres fines en avant, comme un enfant buté. Il fronça les sourcils et poussa un juron ; il détestait son uniforme, il détestait le règlement et les liasses de commandements à appliquer, il détestait l'autorité, il détestait l'Irlande ; tout ici lui donnait mal au cœur, et un affreux mal du pays. Il se sentait asservi et mutilé, comme si la seule petite chose qu'il avait un jour réussi à arracher à la vie lui avait été ravie.

Il lui arrivait encore de se réveiller la nuit et se surprendre à regretter le froid, la pluie, la faim. Le trop plein de confort que lui offrait l'école l'indisposait et il souffrait de devoir se couler dans le moule trop parfait des élèves modèles. Il n'enregistrait pas le système de classes et ne cherchait pas même à le comprendre. Il s'était déjà perdu plusieurs fois en quelques jours, avait manqué trois cours et s'était endormi aux autres. Il avait du mal à suivre les leçons, lui qui n'avait pas pris une seule note depuis presque trois ans. Une fois encore il réalisa combien il n'était pas fait pour cette vie-là. C'était un manuel Will, pas un cérébral. Il n'était pas ce genre d'adulescent à s'asseoir bien gentiment derrière un bureau ; il était de ceux qui sentaient l'adrénaline vibrer avec leur pouls, de ceux qui s'arrachaient la voix sur la vie et courraient comme des déments sous la pluie. Il avait des lacunes scolaires insurmontables mais William s'en moquait. Il avait mal. Il portait encore le deuil de son indépendance perdue. Il était ce vagabond qui pleurait sa liberté.

Il se redressa soudain, s'appuya contre l'imposante rambarde du navire. Il ferma les paupières, s'empreignant des effluves fortes et salées des embruns. Il réalisa qu'il n'aimait pas le parfum de la mer ; il voulait l'odeur humide de la pluie sur la mousse, les arômes entêtants de terreau et de feuilles mortes.

Et d'un coup, comme ça, quand il ouvrit les yeux, elle était là. Réapparue comme par magie, comme une vieille plaie qui nous taraude et ne guérit jamais complètement. Il pût presque sentir son palais se dessécher et sa voix se perdre dans un coin de pharynx. Parce que April était là, fidèle à elle-même, menue et racée, parfaite dans son uniforme émeraude, et ces mêmes yeux bleus, intenses, qu'il pensait avoir oubliés. Et d'un coup, c'était tout qui revenait, comme un coup de poing dans le ventre. Alors les prémices de la panique gonflèrent dans ses veines. Une folle seconde, il envisagea l'éventualité de décamper, sortir un mensonge miteux et se prétexter pressé, pauvre excuse délavée d'avoir été trop usée.

William...

Il perçut la détresse de son regard, sentit sa fragilité, cette petite hésitation quand elle prononça son prénom. Il comprit qu'il n'était pas le seul à redouter ce moment ; ça le rasséréna. April parut se ressaisir presque aussitôt. Ça semblait être tout un art chez les Stratford, se forger une expression. À peine ses jolies lèvres s'entrouvrirent que William réalisa qu'il n'aurait pas pu déguerpir même s'il l'avait voulu. Pas avec la mélodie un peu brisée de son ton.

Oh, salut, April.

Sa voix enrouée dérailla un peu sur la fin, il toussota comme pour se reprendre, et glissa des doigts nerveux dans ses cheveux. Il resta là un moment, ne sachant où se mettre, comme encombré d'un corps trop grand. Il y avait cette drôle de gène dans l'air. Ce mal aise douloureux qui pèse sur ces gens qui ont été trop proches et ont tout perdu. Il ne savait pas ce qu'elle attendait de lui ; une excuse, une caresse, un baiser peut être, sûrement rien.
Il ne savait pas, et ça lui faisait peur. Il s'humecta les lèvres d'un rapide coup de langue.

Ça fait longtemps.

Un petit rire embarrassé lui échappa. Il se passa la main dans le cou, se gratta nerveusement la nuque à petits coups d'ongles. Son regard vogua un peu autour d'eux, s'attarda sur ses pieds, dans les cieux, de la proue à la poupe, à la recherche d'une bouée, n'importe quoi qui puisse le sortir de là. Il ne savait que faire de ses mains moites et tremblantes, et il finit par les plonger dans ses poches ; il lui fallut quelques minutes encore avant de déposer ses yeux définitivement sur la jolie blonde. Il la dévisagea d'un regard un peu confus. Il ignorait ce qu'elle espérait, mais lui redoutait une gifle. Un truc violent, monumental, à lui en décrocher la mâchoire. Sa joue imaginait déjà la douleur brute, aiguë, de sa main manucurée sur sa peau. Il savait qu'il méritait le coup. Et il détestait ça.

Leur dernière rencontre semblait remonter à des siècles plus tôt ; pour un peu, il aurait presque pu se persuader que ça n'était jamais arrivé. Presque pu se dire qu'ils ne s'étaient jamais injuriés, jamais décimés. Il se mordit la lèvre. Il savait qu'il n'aurait jamais du s'adresser ainsi à elle la dernière fois. Il n'avait pas compris alors ; April n'avait pas plus désiré son don que lui. Mais elle s'était retrouvée avec, impuissante, comme lui à présent. Il pensa un instant à s'excuser, mais ravala son idée. Peut être une autre fois. Tout de suite, son ego ne le lui pardonnerait pas.

Il y eut un court silence. William se demanda s'il serait incorrect de lui demander comment elle allait. Après les horreurs qu'ils s'étaient jetés au visage des mois plus tôt, cela semblait déplacé de trop miser sur d'obséquieuses civilités. Alors il n'ajouta rien. Il se sentait fautif, une culpabilité pesait sur ses épaules comme un lourd fardeau. C'était idiot.
Vite. Changer de sujet.

J'ai rencontré ton cousin... Et en toute honnêteté...

Il avait ajouté ça d'une voix détachée, et il marqua une petite pause. Il la contempla, comme s'il hésitait à poursuivre, puis se mordit la lèvre, une petite étincelle crépita dans ses prunelles. Il regarda ailleurs avec un sourire espiègle.

C'est un vrai enfoiré.

Il fit de son mieux pour garder son sérieux, mais ce fut plus fort que lui, il éclata de rire. Il y avait toujours une certaine satisfaction à critiquer Adriel Stratford.

Will rattrapa son souffle, et finit par baisser la tête vers April. Il laissa ses prunelles retrouver la douceur de ses traits. Un demi-sourire se dessina sur sa bouche, dévoilant de petites fossettes. Il ne se l'était jamais vraiment admis, mais elle lui avait manqué - presque trop - ; il avait fini par s'y faire, laisser June et le temps panser les bleus violacés qu'avait laissé son absence. Les cheveux bruns de June avaient remplacé la blondeur des siens sous ses doigts et sur sa peau, les veillées autour d'un feu à deux avec Lionel avaient - assez - vite retrouvés leur chaleur d'autrefois. April et William n'avaient plus besoin l'un de l'autre. Elle n'avait plus besoin qu'il lui apprenne la vie. Il n'avait plus faim de son rire. Ils n'avaient plus rien à faire ensemble. Ces longues soirées d'été aux baisers mouillés étaient révolus, et ne reviendraient plus. Il était temps d'oublier.

Peut être.


I try to move on, whatever it was,
there's nothing now.


Dernière édition par William L. Fitzgerald le Mar 17 Juil - 6:36, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: des boums et des bangs ▬ will.   Mar 17 Juil - 6:18

Spoiler:
 

Prends garde à ce boomerang, il pourrait te faire payer toutes ces tortures de cinglés que tu m'as fait endurer.

Elle n'avait pas l'habitude de perdre contenance. La réalité ne lui était pas apparue trop dure pour s'y maintenir depuis longtemps.
Le moins qu'on puisse affirmer, c'est que ça ne lui avait pas manqué. C'était lui, lui qui ramenait tout ça à la surface. Il enfonçait ses défenses, faisait voler en éclats son bon sens, sa raison, ses résolutions. A vrai dire, pour résumer, il flanquait la merde.
Il était doué pour cela. Un peu comme si c'était sa fonction, le rôle qu'on lui avait ordonné de remplir. Dans la vie de cette fille, mon gars, tu vas faire valdinguer tout ce que tu arriveras à atteindre, tu feras ça très bien, n'est-ce pas ?
Voilà, ce n'était pas plus compliqué que cela. Quoiqu'il fasse, quoiqu'il dise, rien ne trouvera grâce aux yeux d'April. Elle l'a condamné bien avant qu'il ouvre la bouche. Dès l'instant où sa présence soudaine est devenue impossible à nier, la seconde où l'a oppressée l'insurmontable réalité de ce à quoi elle devait faire face, ou, peut-être, celle où leur regards s'étaient croisés. C'était semblable à une agression : violent, imprévisible, humiliant.
Le plus blessant était sans nul doute qu'après tout ce temps, il savait encore trouver le chemin jusqu'à son coeur. Tout en lui était douloureux aux yeux de celle si empressée de s'en détacher. Chaque syllabes, chaque geste, chaque minuscule indice confirmant son identité lui faisait mal. Tellement. Ni le tracé de ses lèvres, ni la façon dont elles se mouvaient, ni la nature sauvage, rebelle, écorchée de ses regards, rien n'avait changé. Elle avait envie d'en pleurer.
S'il était devenu un étranger, ne serait-ce qu'infimement, tout aurait été plus facile.
Mais William était William, et, dans sa gène face à elle, son embarras de mendiant coincé dans un costume de prince, ses mimiques douces-amères, ses yeux verts, elle le reconnaissait, l'etreignait, l'absorbait tout entier d'un de ces regards avides qu'elle lui jetait souvent en pâture. Avant.
C'était sans doute le pire.
Sa colère seule lui permettait de se modeler une expression, d'apaiser ses traits, d'enfouir au fond de son regard ce qu'elle aurait arraché au sien de honte et de fureur si d'aventure il l'avait perçu. Et de ne pas sombrer. Pas encore, April, pas tout de suite.
Pas devant lui. Possibilité affolante à double tranchant : elle l'encourage à garder pieds, tout en lui dépeignant la chute de façon à lui donner l'envie irrépressible de lâcher prise. Car l'idée de fondre en larmes sous ses yeux était assez atroce pour qu'elle y fut, à force de se représenter la scène, réduite - paradoxe perfide.

— Oh, salut, April.

Vagues d'une rage brûlante qui décime le semblant de cohérence, de maintien, qui subsistait au sein de son esprit ravagé. L'infâme. Elle voudrait tant lui faire ravaler ce prénom, le sien, qu'il a l'audace incroyable de prononcer avec une légèreté insupportable. Elle voudrait le regarder glisser au fond de sa gorge. Qu'il s'étouffe donc, oui ! Avec ce mot lambeau, ce mot qu'il murmurait, chantonnait dans son oreille, glissait le long d'une mèche blonde, faisait frissonner le long de sa gorge, sincérité passée, effacée, piétinée.
Le regarder l'appeller équivalait à se laisser souiller. A lui permettre de franchir en quelques lettres un espace devenu infimimement précieux. Elle l'aurait presque imploré de disparaître, sauf que c'était une option destinée à détruire immanquablement le peu de fierté qu'il avait eu la bonté de ne pas flanquer aux oubliettes la première fois. Il n'en était pas question. Celui des deux qui serait un de ces jours brisé en plein sous les yeux de l'autre, ce ne serait pas April Stratford. En aucun cas.

— Ça fait longtemps.

Il fallait qu'il dise cela. N'aurait-il pas plus trouver plus agaçant ? C'était approprié, banal. En un mot, stupide. Aussi déçevant qu'elle s'y serait attendu.

— Je n'ai pas cette impression.

En d'autres circonstances, elle aurait ajouté, avec une pointe d'ironie, ça me paraît presque s'être déroulé hier.
April croisa ses mains derrière son dos, afin de pouvoir enfoncer ses ongles dans sa paume secrètement. Elle ne savait où elle trouvait la force de ne pas lui cracher au visage. Certains disent qu'on peut passer en un claquement de doigts d'un amour immense à une haine proportionnelle. Cette théorie, elle la confirme volontiers, en faisant l'expérience désagréable. Elle n'arriverait pas à instaurer suffisamment de distance entre eux pour ne pas être pas touchée, meurtrie, détruite, même si elle ne l'était que dans une certaine mesure. Cela l'insupportait, elle se résolu pourtant à l'admettre : elle était là, impliquée à cause de cette haine. C'était déjà trop lui céder que de lui prêter un sentiment de cette force. Le choix ne lui appartenait pas. Elle se savait incapable de faire preuve d'indifférence, excepté lorsque les circonstances exigeaient qu'elle ne dévoile rien, requierant un jeu d'actrice dont elle se serait exempté si il ne lui avait pas paru nécessaire, à la limite du vital. Question de survie. Quand bien même c'était le cas, le détachement qu'elle s'appliquait à afficher demeurait superficiel.
Son rire... Oh, son rire. Aucun mot ne permettait de définir proprement ni ce qu'il lui faisait ressentir, ni ce qu'elle aurait prête à accomplir pour ne plus l'entendre.
Il la dévisage. Sans ménagement. La délicatesse n'a jamais été son fort, de toute façon ; la perspicacité non plus. Il semble perplexe, égaré, interrogatif. Qu'attend-t-il ?
Un signe d'elle, qui lui indiquerait à quoi s'en tenir ? Crois-tu, William, qu'elle te fera cette faveur ?
Pas pour toutes les morts du monde.
Elle n'y avait pas réfléchi, mais soudain, elle se demanda avec une sorte d'ardeur frénétique, celle que l'on aquière dans l'urgence, quelle stratégie elle devait adopter. La violence était à écarter - du moins, dans un premier temps. Soyons sérieux, elle ne s'abaisserait pas à porter la main sur lui, elle ne s'abaisserait d'ailleurs à rien, et surtout pas à une solution d'une telle inutilité, aussi commune que dénuée d'attrait à ces yeux, puisque manquant foncièrement d'originalité. Elle se refusait à agir ainsi ; il pouvait s'y attendre, il ne serait pas surpris ou blessé par un retournement traître de situation, il acceptait l'éventualité d'un recourt à la brutalité physique, elle le devinait à sa posture, à son attitude qui frisait la crainte. C'aurait été être excessivement aimable que de lui faire ce plaisir. Lui prouver qu'une chose aussi prévisible était sur le point de s'abattre sur lui ? Non, non, April était décidée à s'acquitter de sa vengeance - car elle allait la mettre en place et la savourer - avec subtilité, précision, efficacité. Du travail bien fait, en somme. Dès qu'on avait admit que quelque chose lui tomberait dessus, il allait de soit qu'il ne devait pas le voir venir. Elle ne lui reprocherait rien dans l'immédiat.
Seulement, elle était réduite à des extrémités, par sa faute, à nouveau. Derniers recourts honteux. Elle se salissait les mains pour s'en défaire. Cette simple constation - elle devenait vulnérable, plongée jusqu'au cou là-dedans, après tout - augmentait ses émotions à la manière d'un stimulant. Peur. Tristesse. Agressivité. Ce qu'il lui offrait en réapparaissant tenait dans ces quelques adjectifs. Peu importait ce qu'il ignora, et ignore encore. Il payera. Au centuple. C'était stupide, c'était trivial, c'était vile, bassement cruel. Elle y sacrifierait beaucoup. Oh, pour être honnête, ça allait la rendre folle.
Mais peut-être que lui aussi.
Là résidait une issue. L'unique satisfaction que l'apparition de William à Aisling était susceptible de lui prodiguer. Ce n'était pas une résolution en soi, certes, elle ne savait juste pas vers quoi se tourner pour conserver la tête haute. Quoi qu'il arrive, elle souffrirait. Donc, pourquoi ne pas en profiter pour l'entraîner dans ce qu'il avait déclenché ? Elle liera artistiquement son rire au sien, pour qu'amputés l'un de l'autre, ils pourrissent. Délice.
Elle y arriverait, il le fallait. Il ne pouvait être le seul à avoir le pouvoir d'infliger à l'autre ce qu'il lui semblait, sans en ressortir brisé. Il était temps qu'April équilibre l'équation, quoi de plus naturel ?
Ca faisait longtemps qu'elle ne s'était préparée à lutter avec un tel désespoir. Sache, Will chéri, qu'elle défendra chèrement sa peau. Quant au coeur qu'elle se prépare à abandonner pour mieux obtenir le tien, eh bien.
Console-toi, elle ne le récuperera sans doute pas.

— J'ai rencontré ton cousin... Et en toute honnêteté... C'est un vrai enfoiré.
— Ah. Oui.

Quelle surprise ! Elle était persuadée que vous vous entendriez à merveille. Jetter les filles sur des coups de tête ne dérange aucun d'entre vous. Si chacun d'eux n'était pas aveuglé par ses propres préjugés imbéciles, ce serait une belle amitié en prévision. April se permit un ricanement mental. Voilà qu'il faisait le prude, l'innocent, comme s'il vallait davantage. Gamin à la vision étriqué.
William ne détestait son cousin que pour une seule raison, selon la jeune fille : Adriel était riche, et ne s'excusait pas s'en profiter, voire d'en abuser. Lui qui errait, lui, le pouilleux, ne pouvait ou ne voulait évidemment pas regarder plus loin que ça. Friqué, arrogant, l'affaire était pliée. Voyons voir, prenant le temps d'y réfléchir, ce sera édifiant.
Tout d'abord, Adriel larguait ses conquêtes au bout d'une nuit, n'ayant pas été honnête une seule seconde. Combien de nuits et de jours sincèrement complices avait-elle partagées avec le vagabond ?
Deuxièmement, Adriel s'assumait (du moins... en majeure partie) une fois son petit manège achevé. Il s'auto-qualifiait de salaud, reconnaissait ce qu'il était, et n'allait pas ensuite discuter connaissances avec celles qu'il avait larguées. Bon, Will s'était toutefois abstenu de lui demander comment elle allait, ce dont elle lui était reconnaissante, parce que garder une expression neutre aurait été un calvaire. Enfin, c'eut été négligeable comparé à ce qu'elle aurait à supporter, de sa propre initiative de succroit. Elle se reprit à cette pensée ; il n'était plus temps de tergiverser, la mécanique était enclenchée, à présent. Elle avancerait. Coûte que coûte. Malgré la laideur du geste, celui-ci lui assurait les rênes. C'est qu'il lui fallait toujours une certitude à laquelle se raccrocher, à April, petite fille effrayée. Tu me perds.
Pour finir, si Adriel comme William avait agit par vanité, Adriel se fichait complètement des conséquences. Il n'affichait pas de regards empreints d'une irritante contrition, lui. Autrement dit, il n'était à aucun moment directement concerné, il n'épouvait aucune empathie. Alors que William n'avait pas l'habitude de se conduire comme un salaud, William qui, avec le raisonnement affecté des gens biens, était conscient du mal qu'il pouvait causer. Il avait réussi, dans ces conditions, à la trahir. A les trahir.
En conclusion, mesdames et messieurs ? Les lâches font les pires salauds.

Ses yeux lui disaient qu'il regrettait vaguement, et la gêne qu'elle y voyait s'apparentait à la pitié. Trop à son goût, en tout cas. Pourquoi ? Elle désirait chasser cela de son regard jusqu'à ce que ces émotions y soient justifiées. La pitié n'y aurait jamais sa place, s'il savait, s'il savait à quel point elle ressemble à cet enfoiré de cousin qu'il déteste tant. Viendraient les regrets : à qui doit-elle ce qu'elle est aujourd'hui ?
Approche, tu n'as encore rien vu, qu'on se heurte, qu'on se tue ; je te montrerai.
Ce que tu m'as fait.

Un joyeux programme.

— Je ne me risque pas à demander si l'endroit, ou les gens qui le fréquentent, te plaisent.

April lâcha ses quelques mots d'un ton posé, au sarcasme dosé. T'es bien, là, dis ? Au milieu de ces bourges, dans cette école de richards, coincé entre ses murs de pierres, engoncé dans ton uniforme propret, les entraves lustrées d'une société heureuse de te noyer en son sein.

— Mais, aussi déplacé que cela paraisse, je te souhaite la bienvenue.

April sourit timidement. Pâlir ne lui demanda pas le moindre effort. En apparence, son attitude signifiait qu'elle redoutait la réaction de quelqu'un dont elle souhaitait regagner l'estime.
Bienvenue en cage, mon amour.
c'est une histoire de dingue, une histoire bête à pleurer.



Dernière édition par April L. Stratford le Sam 28 Juil - 14:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: des boums et des bangs ▬ will.   Mar 17 Juil - 23:55

Spoiler:
 

i don't want to be left behind
i've been so blind to all that i've broken

Il ressentait toujours à la regarder un peu de honte. Il y avait cette sensation légère de gâchis, en permanence. C'était de sa faute si ça n'avait pas marché, si leur petit nous s'était écroulé et n'avait laissé qu'un toi et moi disloqués.

Quand il regardait April, quand il toisait Adriel, au-delà de leur beauté insolente, il voyait tout ce qu'il n'était pas, tout ce qu'il ne serait jamais. Il voyait des costumes sur mesure Yves Saint Laurent, les artifices glamours de chez Chanel, il voyait leurs sourires de luxe, le bonheur factice de l'argent facile. Ils étaient cet idéal dégueulasse de réussite. Lui était en bas de l'échelle. Celui qui ne pouvait rien attendre de la vie tant elle lui avait pris. Il était, comme tant d'autres, cette chair à canon qui nourrirait toutes ces belles gens. Il était ce caniveau poisseux sur lequel les jolies dames n'osaient pas même poser leur talon délicat. Plus il y pensait, plus il pouvait sentir ses pulsions anarchistes revenir à la vie, plus inassouvies que jamais.
Quand April était partie, quand elle lui avait décoché sa dernière flèche, le salaud lourd de sens et de rancoeur, un dernier qualificatif douloureux et assassin, Will s'était dit que c'était sans doute mieux ainsi. Il avait leur naufrage sur la conscience, mais ce n'était pas si grave. Il savait que ça n'aurait pas pu durer. Ce n'est pas comme s'ils avaient eu une vraie chance de toute façon, pas comme s'il y avait eu quelque chose. Ça n'avait été qu'une amourette de vacances, éphémère, le genre de romance qui perdurait un été. William n'était peut être pas scolaire, mais il n'était pas idiot : il l'avait sût à l'instant où il avait posé les yeux sur elle, quand il avait essayé de déterminer combien de zéros l'étiquette de sa veste Givenchy aborait, qu'il n'était pas assez bien pour elle. L'adolescent avait suffisamment d'orgueil pour s'estimer et reconnaître à leur juste valeur ses capacités, mais il n'était pas dupe. La vérité c'était que les filles comme elle n'aimaient pas les mecs comme lui. Et oui, c'était bien con la vie.

Je ne me risque pas à demander si l'endroit, ou les gens qui le fréquentent, te plaisent.

Il pouffa doucement. Elle parlait d'une voix douce et animée, légèrement essoufflée. Puis elle sourit. C'était la première fois que ses lèvres s'étiraient depuis le naufrage. William déglutit. Il avait oublié ce sourire. Et c'est là que ça le submergea. Retrouver ce sourire, c'était bien plus traître que n'importe quel coup, bien pire que tous les mots. Une fois encore, ça lui fait mal. Comme rouvrir une blessure à peine guérie, arracher la peau fragile d'une chair à vif. Il aurait presque préféré un Dégage connard ! Va te faire voir ! à l'innocence ingénue de ce sourire. C'était trop doux, trop tendre, trop trop. Ça lui rappelait tout ce qu'ils avaient perdu, tout ce qu'il n'aurait plus. William lui rendit son sourire. Il ne put contenir l'amertume qui se glissa dans le creux de ses fossettes. Il décida d'emballer sa nostalgie d'un bout de ruban et la ranger dans un coin de mémoire. C'était fini tout ça, il était temps de se satisfaire des regrets qui lui taquinaient les entrailles. Will était simplement certain d'une chose. April pouvait prétendre ce qu'elle voulait, mais quand on survivait en solitaire depuis des mois loin du petit concentré de douceur qu'elle avait aux lèvres, on pouvait se permettre de clamer un "ça fait longtemps". Trop longtemps même. Beaucoup trop.

Sa mâchoire se crispa. Merde. Oublier s'annonçait plus dur que prévu. Il s'était pourtant si bien débrouillé jusqu'à présent. Mais la découvrir ainsi, tout sourire, rendait la tache bien plus ardue.

Mais, aussi déplacé que cela paraisse, je te souhaite la bienvenue.

Il manqua de s'étouffer avec sa salive. Il haussa les sourcils d'un coup, si vite, si haut, qu'ils parurent disparaître derrière les quelques mèches brunes qui balayaient son grand front. Un petit rire stupéfait grelotta dans sa gorge. Il la dévisagea une minute, incrédule, comme pour tester la sincérité douteuse de ces propos, comme pour essayer de déchiffrer tout ce qui tramait derrière le bleu intense de ces yeux.

Pardon ?

C'était tout ce qu'il parvint à lâcher. Il cligna des paupières. Il chercha le regard furibond, il attendit la main dressée, la gifle redoutée, mais April demeurait calfeutrée sous la tendresse de ses traits.

T'es sérieuse ?

Il plissa les paupières, la vrillant d'un œil perplexe. Elle avait l'air adorable. Il sentit son cœur manquer un battement. Une nouvelle fois, il eut du mal à déglutir. Toujours cette douleur aiguë, ce sentiment de chair brûlée, de plaie calcinée. April était tellement, tellement April. Comme si rien n'était arrivé, comme si tout était pardonné. Elle redevenait la jolie blonde de la forêt, celle dont il avait dévoré les lèvres, celle qui avait ri dans ses bras, sur sa peau, contre son torse. La fille qu'il pensait avoir perdu. Il ne pouvait pas y croire. Toute cette rancœur qui s'était gravée sur son cœur fragile, toute cette colère qui couvait dans son abdomen comme un feu mal éteint, c'était du vent ?
Il baissa les yeux, attrapa sa lèvre inférieure entre ses dents, la mordilla pensivement. Il ne pouvait douter de la haine sauvage d'April à son égard ; il l'avait vue dans ses yeux ce jour-là dans les bois, ça avait été si fort, si violent, si vivant. Elle l'avait haï ardemment, comme si sa haine s'était nourrie du peu d'amour qu'il avait pu un jour lui voler.

Il releva le menton, lui jeta un regard éperdu. Elle avait un air doux, un peu timide. Il retint un soupir exaspéré. Pourquoi fallait-il qu'elle fut toujours aussi adorable ? Ne pouvait-elle pas, juste, le laisser oublier ? Pourquoi les choses ne pouvaient-elles pas être simples pour une fois ? Une demi-seconde, il voulut la toucher ; il lui suffisait de tendre la main, effleurer sa joue du bout du pouce. Mais il ne le fit pas. Il se regardèrent. Il y avait beaucoup de choses dans les yeux de William, mais surtout il y avait une question. Tu me pardonnes, c'est vrai ? Peut être la rage d'April s'était-elle estompée, peut être ne l'avait-elle jamais vraiment détesté. C'était pourtant si dur à croire, si difficile à imaginer. Finalement, il se dérida un peu.
Elle était son seul repère, le seul visage amical dans ce monde qui n'était pas le sien. Il décida de lui faire confiance.

Merci.

Le petit mot n'avait été qu'un souffle, si bas qu'elle ne l'avait sans pas doute entendu. Un gêne adolescente l'oppressait, comme si le pardon qu'elle lui offrait n'était pas mérité. Il avait envie de lui demander pardon, s'excuser pour toutes ses erreurs. Il ne savait pas par quoi commencer, ni comment. Il resta alors, incapable de trouver les mots qu'il cherchait. Dans un soupir, il abandonna ses vains essais. Il se passa la main sur la nuque, comme à son habitude lorsqu'il trouvait dans une situation qu'il jugeait délicate.

Je dois y aller, j'ai... Hm. J'ai cours.

Il désigna d'un air penaud la sacoche écornée qu'il portait en bandoulière. Il s'empourpra un peu, comme embarrassé lui, le cancre, de se faire surprendre avec l'attirail complet du parfait écolier. Il esquissa un pas vers l'arrière, se dirigeant vers la sortie du bateau. Alors qu'il allait se retourner, il lui décocha un dernier regard. Un drôle de sourire se dessina sur ses lèvres.

Tu sais, c'était cool de t'avoir revue...

Il hésita encore un court instant, comme s'il pesait ses mots avant d'enchaîner, puis se ravisa. Il secoua doucement la tête comme pour faire disparaître l'idée qui avait soudainement jaillit dans ses pensées. Il leva rapidement la main en signe d'excuse, la salua d'un demi sourire gamin, avant de se retourner et s'en aller au petit trot. Leur altercation avait duré dix minutes, à peine. Pourtant, pourtant, il avait le cœur léger, cœur qui s'emballait, un peu trop fort, un peu trop vite. Peut être que le nous ne s'était pas brisé. Pas complètement. Peut être que le toi et moi pouvaient se recoller.
Tout n'était peut être pas perdu.

Oh William, si tu savais.



i know this will take time,
can you give me one last chance to make it right ?
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MessageSujet: Re: des boums et des bangs ▬ will.   Ven 20 Juil - 7:17

so I'll wait for you... and I'll burn oh, will I ever see your sweet return, oh, or, will I ever learn ? lover, you should've come over, 'cause it's not too late.

— Pardon ?

Imperceptiblement, April se crispe. Il ne faut pas lui dire ce mot-là, Will, tu sais. Pas de cette façon, pas sur ce ton là ; elle en regrette de ne pas l'entendre prononcé autrement. Avec un peu plus de douceur, moins de surprise, un petit air penaud peut-être. Dommage. Tandis que grandit son désir de vengeance, attisé par les secondes qui s'écoulent en ta compagnie, la probabilité qu'elle reçoive des excuses un jour devient de plus en plus faible. Jusqu'à s'imposer comme froidement inexistante.

— T'es sérieuse ?

Si elle avait été seule, ne serait-ce que l'espace de quelques secondes, elle aurait lâché un long rire amer. Oh, oui. Bien sûr qu'elle l'était.
Mortellement.
Le jeune homme plonge un regard interloqué dans le sien, et, furtivement, elle se demande si il y percevra ce qu'il en attend, si il est capable de discerner la lueur sombre qui l'habite. Que fera-t-elle ? Vers quoi pourra-t-elle se tourner, en supposant qu'il la démasque, qu'il lui arrache la vérité des yeux en même temps que sa revanche ? Elle ne cessera de prétendre, longtemps et avec une constante parfaite, de sorte qu'il ne puisse douter de sa sincérité. Autant de fois que cela sera nécessaire, en élève appliquée. Elle ne lui accordera aucun répit - elle ne s'accordera aucun répit - tant qu'il ne lui mangera pas dans la main.
Et puis, elle lit dans l'attitude de William incrédulité, joie inquiète, la timidité de ceux qui pensent avoir ce dont ils n'osaient rêver. Le bonheur de se savoir pardonné, magnifique cadeau empoisonné.
Au moment précis où il murmure ce seul mot, merci, elle triomphe, a gagné la partie. Et s'apaise.

— Je dois y aller, j'ai... Hm. J'ai cours.

C'est au tour de la blonde d'hausser les sourcils. Cet aveu tire au spécial une moue honteuse, gamine, presque attendrissante. Une expression épuisante à tolérer.

— D'accord, à plus tard, alors.
— Tu sais, c'était cool de t'avoir revue...

ll s'éloigne.
April détourna la tête rapidement, afin de faire passer son horreur pour de la timidité. Comment pouvait-il ? Comment osait-il ? Elle soupira, secoua la tête, passa une main tremblante dans ses mèches blondes. Le bonheur qui gigote sous le sourire de William, elle le fracasserait, le réduirait en miettes instantanément, seulement, elle devait patienter. Il fallait le faire grandir, l'encourager, le soutenir. Pour mieux en admirer la splendeur décadente.
Parce que ce qu'elle lui offrirait été voué à la destruction. Parce que l'étendue de son soulagement en le voyant déguerpir n'est pas quantifiable. Parce qu'une fois de plus, elle est vidée, lessivée, anéantie par lui.
Parce que, s'il n'est pas le seul être qu'elle aime, il est le seul qu'elle a haï.
Tu t'en rendras compte, Will, tu peineras à y croire de la même manière que tu as hésité avant de prêter vie à tes espoirs. Tu te diras que t'aurais dû la fuir, l'éviter comme la peste, refuser de te laisser prendre à ses filets, aussi délicates que soient les mains qui le tressait, aussi tendres que soient ses sourires ou l'éclat de ses prunelles. Si tu savais, Will, mais tu sais, tu sais ! Tu sais depuis ce jour glacé dans une forêt d'Angleterre, depuis l'instant où irréparable où tu l'as abandonnée, où t'as tourné le dos. Tu sais depuis que sur votre on s'est aimé a coulé un relent acide de désespoir.
Alors dis, c'était formidable, de la revoir ?
La jeune fille plisse les yeux en songeant à la légereté de ton départ. Ca ne te dérangeait pas davantage, d'aller étudier ? Voilà que tu gambades joyeusement en direction des salles de cours. Allons, on aurait dit un chien pressé de retrouver sa niche. Tu ne protestes pas ? Tu ne refuses pas d'être inclus dans l'organigramme social, de faire partie d'une communauté avilissante, de les voir te coller étiquette et collier ? Toi, l'éternel révolté. L’insoumis, hein, dis, celui qui se targeait dans un éclat de rire de ne ployer devant personne. Ni autorité reconnue, ni attaches ; jouissif. Pas vrai ? Une sorte de dépendance. Tu dois déjà ressentir au creux du ventre la morsure du manque. April était passée par là également, ayant goûté à la liberté par ton biais. Une amante inoubliable, que nulle autre n'égalait. Apparemment.
C'était tout, donc ? Il est vrai que les belles paroles qu'offrent quelqu'un de ton espèce s'envolent avec le vent, aussi volatiles qu'une caresse ; non pas par hypocrisie, plutôt à cause de l'insousciance de ceux qui vivent dans un éternel présent, ne croyant qu'en la bonne fois des pulsions du moment, car aujourd'hui tout est bien, demain on verra ce qu'il adviendra. Toutefois, ce qui te poussait à fuir toute forme d'assujetissement s'apparentant aux règlements était une conviction ancré trop profond en toi. Figée dans la moelle des certitudes qu'on fanfaronne, dont on se vante, aussi plaisantes qu'égocentriques. Une fierté d'anarchiste. Primaire, viscérale, plus puissante que tout. Plus forte qu'un nous. C'était une jolie entrave, pourtant, que celle qui te liait à elle. Mais il fallait continuer à arpenter les chemins terreux, un bout de ciel en guise de compagne et un refrain entêtant de printemps sur tes lèvres sèches.
Pied de nez du destin, rictus amer d'April : ton obéissance asservie et votre proximité s'apparentent aujourd'hui. T'as raison Will, c'est con, la vie.
Tu fais quoi, à supporter ça ? A jouer à celui qui n'a pas le choix ? Bats-toi.
Elle aurait voulu te secouer, te le hurler. Ne reste pas planté là, ne les regarde pas, reste toi. Reste loin de moi. Dans ton univers de misère et de lumière.
Ne reviens pas vers moi. Bats-toi. Contre moi. Contre tous. Sinon, à quoi ça rimait, tout ça ? Tout ça...

Vous pouvez, tu crois ? C'était si simple, au final ? Tu supporteras son monde à elle ? Combien de temps ? Est-ce qu'un matin tu dépériras ? Est-ce qu'elle peut s'accrocher à tes doigts ? Est-ce que t'en aurais sincèrement envie, de ça ?
Une pensée absurde émerge de l'esprit d'April. Le genre de petite chose grotesque qui nous échappent, que l'on pense inopinément, pendant un bref instant d'égarement. Ca aurait pu être pire. Une hilarité acide lui remonte dans la gorge. Au lieu de rire, elle hoquète doucement. Tu crois ? Comment ? Comment, comment, comment ? Pouvoir l'aimer, et se faire aimer, comme si leur histoire ne s'était jamais arrêtée, sans s'accorder le droit de flancher ; recréer un mensonge dont elle serait tentée de faire, au moindre accès de faiblesse, une vérité, ce sera facile ? En ce cas, tout ira bien.
Nul besoin de glisser à terre, pliée en deux, les épaules fracassées par les sanglots. Ni de s'enfermer dans une des rares salles vides du bâteau pirate jusqu'à la tombée de la nuit. Il suffit d'insuffler foi aux mensonges, parfois, pour qu'ils nous dévorent, toujours. Ne réfléchis pas, April, ne te dis pas que personne ne viendra te prendre dans ses bras pour te dire que ça ira, que de toute façon ton orgueil ne le supporterait pas, contente-toi d'hurler entre tes doigts serrés et de te laisser immerger, puisque ce n'est rien, puisque bientôt il t'enlace, puisque bientôt tu lui jette ton chagrin à la face. Dégueulasse une dernière fois, dis-moi. Après, tu oublieras, tu verras.
Lui et toi, une toute dernière fois.
my body turns and yearns for a sleep that will never come. it's never over... maybe I'm just too young, to keep good love from going wrong.



TOPIC TERMINÉ.
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MessageSujet: Re: des boums et des bangs ▬ will.   

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