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 L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir - Luca

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MessageSujet: L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir - Luca   Dim 6 Nov - 0:23


    Ainsi c'était ça, de vivre.
    C'était cette sensation de venin dans les veines, qui s'intensifiait, qui s'épaississait, qui recouvrait tout, pulsation, convulsion du corps faible, du corps de fille coupable qui s'abandonnait. Viens, le mal, viens douleur, je t'ai attendu. J'ai bercé mes lèvres du doux son de ta réalité, j'ai chanté à mes yeux les louanges de ta venue. Et j'ai bien cherché, dans les livres pieux ou dans les illustrés, tu étais toujours là, toujours, vous étiez le couple, déchiré, violent, la vie, belle d'une sauvagerie enfantine et toi, le mal, le grand, celui dont on écrit les lettres en majuscule et dont on se cache dans une grange ou dans la fange malodorante de la littérature, des belles idées, des fausses excuses, enlacé, la paire, et j'ai cherché la trinité, aussi. Mais je la connais cette trinité.
    Ce sera ça jusqu'au bout ; la vie, le mal, et moi, dans une danse langoureuse, dans un tango romantica, à se griffer jusqu'à l'os. Regardez, je suis faible, regardez, j'ai ouverts les yeux et maintenant je me consume. J'essaye de les prononcer, ces métaphores qui édulcorent tout, je joue doux, piano, mes phrases menteuses mais je les puise dans cette chose, horrible, grouillante, dans ce cerveau mort avec lequel je cohabite. Je suis là. Je suis dans cette parodie de fillette, je suis dans cette caricature d'étudiante. Chaque matin depuis j'ai regardé la glace. Chaque matin depuis j'ai bouclé ma chevelure, j'ai passé le ruban rose d'innocence, j'ai fais une dernière mise au point, comme les coquettes, comme dans les films. Mes habits ont étés mis. Mes habitudes ont été remplies, par un fantôme, un être posé par-dessus l'âme qui ne servait qu'à cette fanfare bruyante, démonstrative, qu'à créer cette fausse preuve que j'allais bien.
    Il paraît que j'ai tenté d'arrêter de vivre. Je dis : faux . J'ai mis la machine en marche, j'ai tout coupé, l'alimentation, j'ai court-circuité cette gamine qui déambulait, démarche juvénile, accablée par son diabète. Moi, j'ai passé l'âge d'être peinée. Désormais je suis malheureuse. Désormais je suis une suicidée, j'ai dis non à tout, j'ai dis non, à la grande brume qui vient lorsqu'on meurt. J'ai dis non à moi, et je me déteste, et je me hais profondément.
    Il y a dans le ciel une odeur d'arsenic, est-ce parce que je respire le même air qu'elle ? Ou parce que je l'ai vu, se poser sur un banc, en attendant quelqu'un ? Elle. Elle. Je ne peux pas la nommer, la chose, la vieille chose, qui prend son insuline sagement chaque matin, après les repas et avant une collation. Elle a son regard mélancolique, et on sait, rien qu'à examiner ses mains sales de paysanne, ses mains qui n'iront jamais se poser sur une autre peau que pour griffer, qu'elle n'est pas là pour elle.
    Elle. Moi. Nous... Dissociation. Je refuse cette personnalité.
    Je refuse cette fille qui a du sentiment, des envolées lyriques, qui dit qu'elle veut revoir quelqu'un. Qu'elle a envie de dire merci à Luca depuis la première seconde ou elle s'est réveillée à l'infirmerie, et que si elle le pouvait, elle l'étoufferait, encore, toujours. Elle l’emmènerait dans une valse, pour lui dire, pour se confesser, pieusement, la petite chose.
    Tu sais j'ai voulu être la bonne.
    J'ai voulu être une autre et je me suis échouée. Maintenant je veux partir, jusqu'au fond de toi.
    La fille se lève quand elle remarque la personne qui l'intéresse. Et je sais qu'elle va se tuer à le suivre. Je sais que son cœur va lâcher quand elle découvrira la salle, la porte. La porte qui mène sur l'imagination, sur le pont sans autre rive. Je la laisse faire. Je laisse la vieille Betty, l'idiote, finir sa tâche et je la tuerais, je l'assassinerais.

    Rétrovision.
    Je suis curieuse de ce qui se passe dans la tête des gens.
    Mais dans la tienne, je suis venue trouver l'enfer.

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MessageSujet: Re: L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir - Luca   Mer 11 Jan - 0:17

THIS WORLD WILL NEVER BE WHAT I EXPECTED
AND IF I DON'T BELONG, WHO WOULD'VE GUESSED IT?

Ça avait commencé comme ça. Des pas dans le couloir, une porte qui claque. Une douleur soudaine, comme un flash, un coup de feu. Et un putain de torrent qui déferle sur l’esprit sans qu’on puisse faire quoique ce soit.

Une vague de souvenirs qu’on aurait préféré oublier, qu’on avait soi-même délicatement enterrés, camouflés, dissimulés, effacés, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que des traces infimes, à peine discernables à l’œil nu. En l’espace de quelques instants, c’est comme si ils étaient revenus d’entre les morts, sourires carnassiers aux lèvres, comme pour dire « je t’ai manqué ? ». Qui aurait cru qu’une simple retraite dans une salle abandonnée du cinquième étage pour lire aurait fini de la manière la plus horrible possible ? Certainement pas toi, hein. Vas-y, plonge. Noie-toi dans les abîmes, tes abîmes. Reste au fond et tais-toi. Ne remonte pas, sous aucun prétexte, parce que ça te perdrait. Les lumières s’éteignent, le monde vire au noir complet. Trois coups. Et la musique démarre.
La douce musique des sanglots d’avant.

*
Tu te fanes, Luca. Tu dépéris. Le seul fil qui te raccroche à la vie, c’est cette respiration saccadée, ce souffle à peine audible, tremblant. Gisant sur les couvertures froissées, tu es presque inerte, immobile, à l’instar une poupée abandonnée dans le coin d’une pièce. Après tout, c’était un peu ça, non ? Cette sensation de froid qui envahit tes membres, ce regard sans vie. Le tout dans une incapacité totale de faire autre chose que…subsister. D’à peine exister, dans une salle vide. Une salle blanche. Trop blanche, si blanche que ça t’en abîme les yeux. Tout est si impersonnel, les visages sont tous si froids. Si…distants. Jamais tu n’aurais aimé vivre dans un endroit pareil. Et pourtant, ça fait déjà deux mois que tu es coincé ici. Ton père et ta sœur, eux, sont déjà retournés à la maison, et il n’y a qu’elle qui vient te rendre visite, avec tes grands-parents, une fois toutes les deux semaines…voir moins. Pas que ça te manque, non. Tu ne voulais pas les voir pleurer à nouveau. Pas encore…
Tu lâches un faible soupir, et tente de serrer le poing. Sans succès. Alors tu restes là, recroquevillé sur toi-même, sur le côté, à attendre. Déjà, tu as commencé à perdre la notion du temps. Tu ne te rappelles même plus quelle heure il est, ni quel jour on est. Comme si le temps s’était gelé, tordu, n’était devenu qu’une masse informe et floue. Toi aussi, tu as gelé, coincé dans cet ersatz de chambre. Tu lèves légèrement ton regard vers la fenêtre, la seule chose pour laquelle tu as encore assez de force pour bouger. Le monde extérieur est gris. Sombre. A l’opposé de l’endroit où tu te trouves actuellement. Les deux se reflètent parfaitement, et s’accordent avec ta vision. Un côté sombre, un côté lumineux. Un monde visible, et l’autre non. Même après plus de six semaines passées dans ce lieu lugubre, tu ne parviens toujours pas à recouvrer totalement la vue. Ton œil droit est toujours couvert de bandages ternis et teintés d’une couleur légèrement rougie. Mais ça ne fait pas si mal. C’est perturbant, ça t’empêche de dormir comme tu le veux, mais ce n’est pas aussi douloureux que tu le pensais. En fait, ça ne te gêne quasiment plus. En revanche, ton incapacité de marcher, elle, se fait sentir. Elle est là, toujours, à te rappeler que tu ne pourras pas partir. Toujours là à te conserver dans son étreinte. Mais tu n’y prêtes plus attention.
Comme tu ne prêtes plus attention au monde qui t’entoure.

▬ Monsieur…Aldena, c’est ça ?

Tu tournes la tête comme tu le peux, pour brièvement apercevoir la silhouette d’une infirmière brune, vêtue de son uniforme blanc, et un sourire aux lèvres, comme toutes celles qui sont venues te voir avant elle. Vraiment, tu t’en fiches, qu’elle soit là. Ce qui te dégoûte, en revanche, c’est ce sourire. Ce sourire faux, sur fond de compassion artificielle. Personne n’en a rien à faire, de ce que les patients peuvent réellement traverser. Ils soignent, certes, mais ils ne savent pas ce que c’est, de devoir végéter dans un endroit si lugubre, à devoir supporter les odeurs d'aseptisant et les cris à longueur de journée. Mais tu y es déjà devenu imperméable, à tout ça. Parce que tu n’es plus qu’un reste d’être humain. Une coquille vide de toute substance, qui existe, juste, sans laisser de trace réelle. Qui est juste là, sans rien faire. A subir la routine quotidienne des visites des médecins, qui te recommandent mille et un traitements – et par-dessus tout, du repos. Des paroles qu’ils jettent sur un ton neutre, froid, trop professionnel.
Tu hoches la tête faiblement, la bouche légèrement ouverte mais incapable de dire un mot, le regard plongé dans le vague, alors que la demoiselle vient s’asseoir à tes côtés. Elle dépose ses papiers sur le lit, le plateau repas sur la table de nuit, et commence à t’examiner, t’informe des derniers résultats d’examen, de l’état de tes maudits lambeaux, en laissant comprendre que tu ne pourrais pas remarcher de sitôt. T’aidant à te remettre droit, elle te défait tes bandages, pour les remplacer par des neufs. Et tu sens son regard dégouté en voyant l’état de ta pupille, son visage qui se tourne légèrement, pour échapper à ton jugement. Pour éviter de te dire en face que c’est tout simplement ignoble, et que tu lui fais pitié. Une fois sa tâche terminée, elle décoche un nouveau sourire, presque hypocrite, avant de se diriger vers la porte d’un pas un peu trop pressé.

▬ Ah…j’oubliais de vous prévenir. Votre père est dans le couloir.

Et sur ces derniers mots, elle quitta la pièce.
Et sur ces derniers mots, toi, tu sens ton cœur s’affoler. Tu ne l’avais quasiment pas revu depuis l’accident, et les rares visites qu’il avait faites s’étaient soldées par un regard noir, hautain. Tu entends le grincement familier venant du seuil, et tu t’immobilises. Il est là. Manteau noir, écharpe, et ce regard, toujours aussi glacial. Trop apeuré pour faire quoique ce soit, tu te contentes de lever timidement les yeux vers lui. Ce à quoi il répond en te saisissant par le bras. Et tu la sens. Tu la sens sa colère. Sa peine, aussi. Tu le sens trembler. Tu sens son envie de tout rejeter. Et pourtant tu n’as rien à voir dans l’histoire. Mais tu sens sa main qui se resserre. Et toi, tu te brises, au fond. En dehors, aussi.
C’était bref, c’était brusque, mais ça a frappé, soudainement. T’en a coupé le souffle. Et t’a arraché les larmes que tu retenais de tout ton être, ces faibles et tristes bêtes attachées, aux laisses désormais arrachées. Ça a broyé le faible équilibre qui se maintenait tant bien que mal dans ton esprit. Il te tient toujours, à bout de bras, te toisant de ses yeux glacés. Et tu ne peux que geindre, en chevrotant des syllabes errantes.

▬ Pa…pardon. Je…je suis désolé. S’il te plait. Pardon. Pardon. Pardon.

De toute façon, tu es pitoyable, Luca. Il te l’a dit. Tu n’es rien d’autre.
Rien d’autre qu’une marionnette cassée entre des mains qui ne recherchent rien que de la destruction.

*
Ça finit. Ça va finir. Ça va bientôt finir. Et puis ça s’arrête, brusquement.
Finalement, tu reviens à tes sens. Ta vision est encore floue, mais tu parviens à te ressaisir, à poser la main sur le sol, pour ne pas tomber. Pris de vertiges, tu as du mal à te rappeler exactement où tu te trouves. Puis les images te reviennent, le couloir du cinquième étage, le livre que tu tenais à la main, qui choit à présent sur le sol, ouvert. C’est vrai…si cet étage était interdit, c’était pour une raison. Parce que ça finit toujours mal. Toujours. Sans exception.
Tu entends du bruit derrière toi. Des pas. Un murmure. Tétanisé. Tu n’oses même pas penser à qui était entré. Tu tombes à terre, à genoux. Lentement, tu tournes ton regard vers l’intrus.

…pas elle.
Tout, n’importe qui, sauf elle.
Elle n’avait pas à voir ça. Surtout pas.
Merde.

Et tu laisses l’inconscience gagner ton corps. Tu trembles, paniques, recules, précipitamment, haletant, glapissant, gémissant, chien blessé, envahi, submergé par un instinct qui t’es inconnu. Les yeux écarquillés, remplis par la peur. Tu te replies sur toi-même. Et il n’y a que des cris, des plaintes qui peuvent s’échapper.

▬ Non. Non…ne…n’approche pas…reste…là-bas…

Dis-moi, Bethsabée. Que vas-tu faire de lui, à présent ?


Dernière édition par Luca E. Aldena le Jeu 25 Oct - 17:52, édité 7 fois
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MessageSujet: Re: L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir - Luca   Dim 22 Jan - 0:32

    Je pense que quelque part entre la réalité et le songe, une arme avait effleuré ma chair.
    Je dis que je le pense, car je n'étais plus capable de savoir ce que ressentais ce corps que je refusais d'admettre comme étant là, déjà parti, à peine posée dans ce désert de l'existence. Car ce n'était que ça ; l'endroit ou les âmes s'échappaient, et ces pensées mourantes, soufflant leurs derniers soupirs, le cœur au bout des lèvres, attachés à notre monde vivant par des fils artificiels, je les entendais réclamer la fin ; crier au meurtre, aux mutineries, à l'euthanasie, au réveil des consciences qui flottaient d'un malade à un autre, sans voir la maladie, observant juste les noms, les étiquettes laissées sur les bocaux d'une pharmacie morbide. Mais il n'y a pas de pharmacie.
    Il n'y a pas de remède à cette vie grouillante qui va nous détruire, il n'y a pas de sortie sur ce train ou nous sommes tous montés, en pensant naïvement qu'il y aurait une destination, un but, sans percevoir ses rails qui s'écartaient déjà du rêve qu'on nous annonçait. Et nous allons regarder cette infection, cette déchirure dont les rebords s'écartent pour révéler sa vraie nature, tandis que le vent sifflera, petite symphonie discrète pour annoncer, qu'enfin, nous allons heurter l'ultime paroi, le mur final, nous sourirons, dans les derniers minutes, nous aurons deviné, que l'ombre, le mythe que chaque bouche, tout le trajet durant, aura relayé, n'était que bien peut de chose, en comparaison de ce que le voyage aura été. Le voyage aura été. Alors que la mort, puisque nous ne pourrons la vivre, est incapable d'exister. Je l'ai vu, Luca. J'ai vu que je souffrirais ; mais dans ton enfer je me sens comme une guerrière, je suis les amazones, je suis l'esprit de revanche, je suis la fusillade, et je sais que ça va faire mal, que ça va être une guerre, dans mes muscles, l'univers est devenu électrique, à la seconde ou j'ai commencer à me dire que tu était important pour moi. Décharge. Du déchet à la décharge, les doigts dans la prise, j'avance jusqu'à la déchéance, et c'est un peu de toi qui a tranché cette veine, qui a enclenché ce second suicide, en pointillé, sur la pointe des pieds.
    Comme une voleuse, je suis venu prend ton souvenir entre mes mains, et le griffer jusqu'au sang, jusqu'à le révulser, jusqu'à tout renverser. Les murs seront noirs et creux, et cette sphère étouffante ne sera que le reflet de la mascarade qu'elle incarne ; on nous as dit que c'était un refuge, mais c'est celui des épées, des scalpels, des bruits d'opération qui étouffent nos appels... et d'eux. Eux que nous sommes sans le vouloir.
    J'ai marché jusqu'au bout du couloir et à chaque pas, j'ai abandonné une inhibition, le chemin s'est pavé, de morceaux vides de sens, et je n'avais que ces mots pour me mener là ou je savais que je devais aller, j'ai répété, automate, petit automate et j'ai compris, que j'avais, par inadvertance, perdu la plus essentielle des choses, et je ne me suis pas retournée, pour la rattraper, mon identité. C'était trop tard ; les cloches, les carillons ont sonné le glas de Bethsabée Morgase Belinski.
    A cette fille qui a pu se mouvoir dans des univers qui reflétaient ses illusions.
    A cette fille isolée esseulée diabétisée infantilisée qui a été un objet de la socitété je dédie cet acte de folie, galvanisée, alors que la porte s'entrouvre sur ce qui me semble déjà être une scène de crime.

    Je pense que quelque part entre la réalité et le songe, l'humanité avait blessé Luca, si transparent que j'ai réussi à voir, en deux coups d’œil à l'avant-scène, en un frôlement sur sa mémoire, ce qui suffirait à lui rendre l'éclat. Relève la vitre qui te sépare de ce que tu aimerais toucher du doigt. Et si tu ne le peux pas, je la briserais pour toi, s'il le faut, j'y laisserais mes doigts, j'irais planter ma peaux, je traverserais les frontières. Je traverserais toutes les frontières, clandestine. J'abolirais les barrières qui nous rendent esclaves d'un espace alors que nous devrions être ensemble ; et ces syllabes réunies se sont faites si rares, qu'elles arrivent à faire vaciller mon esprit.
    Les mêmes fleurs dans une même terre à partager les rayons d'un soleil unique ; pourtant on nous as tout retiré, jusqu'à la simple possibilité, de dépérir côte à côte consolé par cette perspective. Luca. Nous sommes dans cette chambre. Mais « nous » n'a pas encore de consistance. Il n'y a qu'eux deux que nous ne connaissons pas. Ces autres parties de nos êtres qu'on croyait ne jamais voir se rencontrer.
    Je ne suis pas gentille et tu n'es pas résignée.
    Je vais te faire pleurer plus fort que ceux qui sont passés avant moi ne pourront jamais le faire. Je suis pire qu'eux, j'ai la connaissance, la curiosité, je vais tout faire remonter, les manger, les absorber, tes pires moments, ta pire personne, tes cauchemars, je serais tout, je me ferais une robe, des tissus que je t'aurais arraché, je serais ça. Le grand ça que tu ne peux pas vaincre. Pourtant je n'ai pas une hésitation alors que je m'apprête à te porter le premier coup ; tu vas me haïr à t'en guérir, car moi, tu peux me battre. Tu peux lever la main sur moi et me tuer.
    Si ça te sauve, toi, je serais sacrifiée à mon sauveur. Je te dois la vie, tu sais ? Alors je t'autorise à me la voler. Pour partir avec. Cambriole moi de ce qui me reste d'humanité.

    Je veux être dégoûtante et heureuse de ce que je vais te faire.

      - ... Je ne pense pas que tu puisses m'empêcher de m'avancer. Et ne compte pas sur mes bons sentiments. Alors c'était ça, Luca ? Juste ça ? Un séjour à l’hôpital ; une perte de motricité... bien. Un accident. Quand je repense à cette mascarade. Quand je pense à cette vie qui a décidé que ce serait toi qui serait si faible alors que c'est moi, la diabétique. C'est moi qui n'ai pas eu le choix face au hasard. Quelque chose me dit ; que tout ce pénible théâtre aurait pu être évité.


    J'entends les couteaux dans ma voix, j'entends la fin du monde, qu'il souffre vite, qu'il me déteste rapidement, j'implore. J'implore ce qui aura pitié de moi ; j'implore une clémence que je ne mérite pas.

      - Je me demande pourquoi tu prends la peine de te faire soigner. De rester ici, d'accaparer le temps des infirmières. Comme un petit prince plaintif ; tu te faire servir tes soins, et le reste, les gens qui viennent perturber cette convalescence olympienne, comment dis-tu, déjà ? Ils doivent rester là-bas, loin, hors de portée, tu ne veux pas m'entendre, mais j'ai des plaintes à soumettre. J'ai des objections à faire. Sur cette comédie que tu joues devant tout le monde.


    J'ai la vague impression soudain, de m'adresser à moi-même.
    Les voiles, les remparts ; écroulez vous.

      - Tu n'en as pas marre ; de faire semblant ?


    Moi, je pourrais continuer jusqu'à la nuit des temps.
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MessageSujet: Re: L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir - Luca   Mar 28 Fév - 0:16

YOU'RE SICK OF FEELING NUMB
YOU'RE NOT THE ONLY ONE.

La sentence tombe comme une lame, épée vengeresse, comme une pluie d’acier sans merci, à t’en cribler le cœur sans aucun remords. A t’en lapider.

Tu n'en as pas marre ; de faire semblant ?

Les lettres s’enchevêtrent, souriantes Éris dont les échos résonnent et tournent en boucle, errantes. Faire semblant de quoi ? Qu’avais-tu fait cette fois-ci Luca ? Poussé par ta propre culpabilité envers quelque chose qui te semblait plus que simple, tu exhumes ces affreux souvenirs qui t’écorchent, qui te forcent à te replier encore un peu plus sur toi-même. Qu’avais-tu fait de mal ? Pour toi, ce n’était rien. Rien de plus qu’une réaction naturelle. Après tout, que quelqu’un fasse soudainement irruption dans ta mémoire sans ton autorisation – et même avec – n’avait jamais été quelque chose d’agréable. Alors pourquoi ? Pourquoi ces paroles si froides, si dures, si blessantes. Des choses que tu ne veux pas entendre. Que tu ne veux plus entendre. Poussé, agrippé au bord du gouffre, tu croirais même entendre la voix sèche de ton père se superposer à celle de la jeune fille, ses traits lentement devenir les siens, et ses prunelles à la teinte si douce, si agréable, insensiblement, changer et te mettre face à ces yeux que tu détestes tant. Ce regard cendré, glacial, que tu reniais de tout ton cœur, ce simple lien te rattachant à l’une des rares personnes que tu n’aurais probablement aucun regret à voir disparaitre. Oh, ce que tu pouvais les haïr, ces yeux. Et entre tes simulacres vacillants, ces images issues de ton esprit désolé, elle était là, Bethsabée, fière conquérante au milieu de tes ruines, se tenant sur ses deux jambes, puissante, toute puissante. Elle était là, sabre à la main, foulant le sol ravagé, assassinant tout ce en quoi tu croyais depuis, te jetant sèchement tes fautes à la figure. Et tu ne pouvais plus te défaire de ce sentiment qui te disait qu’elle te regardait de haut. C’est dur, n’est-ce-pas ? De se dire que quelqu’un en qui on avait confiance peut tout vous renvoyer à la figure, piétiner les fragments d’espoir qu’il vous restait, les seuls auxquels tu te rattachais encore. Et maintenant, qu’est-ce que tu es, pour elle ? Rien. Absolument rien. Tu te disais qu’elle ne devait avoir aucune honte à avoir fait ça – car après tout, c’était toi le coupable, dorénavant. Tu finissais par réaliser, peut-être entre deux folies, que c’était toi. Toi, et toi seul, le sale hypocrite, le menteur, dans cette histoire.
Encore une fois, tu te mentais à toi-même. Tu ne savais pas si c’était ton imagination, mais le sentiment, lui, était bel et bien là. Ce sentiment de culpabilité, qui avait toujours été présent, et qui consumait ton cœur. La douleur était là, aussi. Après des années à se dire que rien n’était de ta faute, que tout allait pour le mieux, que ton monde si imperturbable, bien qu’abîmé, était parfait – non, désormais ton si précieux cocon avait été brisé. Peut-être que tu en faisais trop. Mais là n’était pas la question. Chancelant, tu te relèves, avant que tes jambes, refusant de bouger, te forcent à basculer.

Dos au mur.

Tu es dos au mur, Luca. Cerné, percé à jour. Pourquoi, toi-même tu ne le sais pas. Les pensées tourbillonnent, se mélangent, deviennent une masse noire, dense, au point où tu n’arrives même plus à discerner illusion de la réalité. Les faisceaux sont braqués sur toi, toi et ton sale ego. Ou l’est-il vraiment ? As-tu vraiment raison de mettre ton esprit dans un tel état? Le silence autour de toi est pesant, trop pesant. Ton seul allié – tes seuls alliés se retournent contre toi.

▬ …faire semblant ?

Les mots sortent, lâchés simplement, sur un ton neutre, le plus neutre possible. Même si le doute t’enlace toujours, il y a une chose dont tu es sûr. C’est que ces années à rester silencieux, elles, elles n’étaient pas pour « faire semblant ». Tu relèves le regard vers elle, sans pour autant la fixer directement. Pas de larmes, cette fois-ci. Juste un regard teinté d’argent, vide, froid. Comme le sien. Comme pour rivaliser avec elle. Face à face. Se tenir sur un pied d’égalité. Au fond, tu ne pouvais t’empêcher de te sentir trahi. Oui, ça faisait mal, tellement mal de comprendre que malgré tous les espoirs et l’affection qu’on peut porter à une personne, tout peut voler en éclats en quelques instants. Mais peu importe ce qui lui avait pris – pour le moment, tout ce qui t'importait, c’était « pourquoi ». Ce qui importait, c’était toi, tes raisons, ta saloperie d’égoïsme. Pourquoi ton paradis avait soudainement commencé à se désagréger, laminé par de simples paroles, des foutues paroles que tu n’avais jamais demandé à entendre. Elle ne savait rien. Elle ne pouvait pas savoir. Et elle n’avait pas à savoir.

▬ Je…je n’ai jamais voulu que ça arrive. Je ne voulais pas que ça arrive.

Tu t’aveugles toi-même, tu sais. Tu continues à te bercer, à te dire que c’est beau, d’oublier, de tout garder au fond. Sauf que quand ça lâche, ce n’est jamais beau à voir. Comme toi, en ce moment. Le regard tremblant, ton corps chétif frémissant, sous la tension, sous l’énervement. Le souffle court, un sourire amer dessiné sur les lèvres. Qu’elle est belle, la mascarade.

▬ Je n’ai jamais demandé à ce que ça arrive ! Qu’est-ce qu’il y a de mauvais là-dedans, hein ?! En quoi c’est ma faute ?!

Le poing serré, l’autre main contre le mur, la vision troublée. Pas maintenant. Surtout pas maintenant. Être faible, c’est une chose. Mais il y a quelque chose de pire que ça. Réaliser qu’on est faible. Mais tout ça, tout ça c’est trop fort pour toi. Il y a cette chose au fond de toi qui hurle et qui crie qu’on la laisse sortir, qui frappe, qui fout tes émotions en bordel, les jette à travers la pièce, prise par une folie furieuse, une envie de tout lâcher. Ça, c’est juste là, sous ta poitrine.

▬ Tu…tu dois me détester hein. Les autres aussi, ont…fini par…

Et puis, tu ne peux plus tout retenir. Trop faible, encore. Tu l’entends, là, te susurrer à l’oreille « tu es trop faible, Luca. Tu ne feras jamais rien de bien ». Et dans cette pièce confinée dans tes entrailles, tu sens la chose brûler, s’enflammer, s’attiser, s’éteindre. La pression retombe, et les pleurs commencent. Une larme, puis deux. Tu te mords la lèvre, tu te maudis, mais ça n’y change rien. Les images s'empilent, et tu ne trouves plus qu’une chose à dire.

▬ Pardon. Je suis désolé. S’il te plait…

Sauf que ça n’est pas si simple.


Dernière édition par Luca E. Aldena le Jeu 25 Oct - 17:51, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir - Luca   Mar 6 Mar - 23:42

    Il était une fois, Luca, une fille que tu n'as pas connu – une fille qui aurait dû disparaître.
    Il était une fois, Luca, l'histoire d'un hiver, un hiver noir de haine, et sous ses flocons âcres, qui recouvrait la terre, et qui tuait les rêves au rythme des soupirs. Un hiver absolu et permanent qui régnait sur une âme sans ambition, sans grâce, une âme brute sans grâce qui aurait dû se perdre dans le vent, s'envoler rejoindre des enfers immatérialisés, et tu sais, parfois j'espère qu'il existe encore un enfer pour moi, un purgatoire pour les êtres comme moi, qu'il n'est pas trop tard, que je n'ai pas tout abandonné, à un morceau d'ambition éphémère, et quand je vois mes doigts qui saignent, d'avoir tant voulu s'accrocher à l'idéal je finis enfin par me dire, dans un sanglot glacé, que je regrette. Je regrette infiniment. Je regrette au-delà de l'imaginable, ce que j'ai pu être, pour eux, et au combien j'ai pu être au-delà de toutes les déceptions. Je regrette. En silence.
    Il y a, Luca, cette histoire que je ne te raconterais pas – cette phrase que je n'ai plus le courage de prononcer, si dérisoire, quand je t'admire, à la lumière crue des hôpitaux, à la lumière de ma cruauté aussi. Cette question dont je ne mérite pas la réponse, et si je la pose, si je me la pose, j'aurais milles mots à te dire, ça s'en ira, ce secret que j'ai gardé pour moi, cette passion écrasée opprimée par le reste, le reste de moi qui se refuse à dire que je ferais n'importe quoi, pour te ressembler, pour un jour déceler dans mes yeux, un morceau de toi – de tout ce que j'aime chez toi. Je ferais n'importe quoi, pour calmer ce feu, cette rage, dans ma poitrine, s'il te plaît, fais moi diluvienne, je veux noyer ce cœur, le court-circuiter encore, un instant, une seconde, me sentir quitter la terre et ses préoccupations, et t'emporter, là où on ne pourra plus te blesser. Il faut juste souffrir une dernière fois.
    Je te promets, Luca. Plus jamais après moi, je n'autoriserais quelqu'un à t'abattre, et malgré le peu de valeur que l'on peut accorder, à ce serment de Judas, je ne faillirais pas – je vais te tuer correctement, et j'irais sur la stèle de tes faiblesses, je lirais ton épitaphe, du bout des lèvres. Comme une chanson, comme un hommage – avec pudeur, comme une amie que je n'aurais pas été.
    Mais ce mot me révulse car je sais combien de mensonges il cache.
    Mais ce mot me désole car j'en connais tant d'autres qui ont crus.
    Combien en distingues-tu, de ces amis sans nom et sans consistance, de ces entités déshumanisés, ces amis que l'on peut collectionner, à qui on offre des heures qu'ils ne peuvent pas rendre, ces amis qui oublient ? Ces amis, par milliers, faillibles ? Regarde autour de toi.
    Une seule ennemie à vaincre ; un seul obstacle qui les résume tous. Luca, j’ai un dernier conte à te narrer – et ma voix en tremble, car c’est le récit de ma fin que nous écrivons ensemble, d’une plume tâchée de sang, d’un sang qui tombe en rafales de balles, d’un sang qui me transperce, qui quitte mon corps, Luca, je me sens mourir au fur et à mesure que tes mots m’atteignent, et j’ai cette sensation incroyable, de mourir pour une grande cause ; et je deviens terroriste, j’explose les interdits, ces convenances factices, dans un brouillard de poussières, des poussières de mon esprit, je pars. Je ne suis plus là.
    C’est l’autre qui a pris ma place.

      - Tu vas me dire que c’est le destin, que le futur est dans nos gênes ? Que c’était programmé, que tu vis selon une arithmétique, une vieille équation immuable. Tu vas me dire qu’on meurt parce qu’on est impuissant, face à Dieu, ou face à une autre force, tu vas m’affirmer… qu’on est un insecte… sur une autoroute… à la merci d’une roue qu’on ne peut pas stopper.


    Alors je n’ai aucune chance, Luca, si ce n’est pas ma faute, d’y survivre. C’est un diabète et il parait qu’on peut le trainer, jusqu’à l’achèvement de notre existence, que c’est pire qu’une ombre, et même si j’éteins les lumières, même quand je cherche à dormir, à partir de cette réalité qui a des airs de prison à ciel ouvert, que je ferme mes oreilles, aux bruits des rires qui suintent le long des corridors, j’échoue à me détacher de ce corps écorché qui grelotte de peur au fond de son lit. C’est la peur d’une poignée de syllabe qui le paralyse, tu l’as déjà rencontré, cette terreur insurmontable, et pourtant, il faut la surmonter, pour pouvoir sourire encore, à ce monde qu’on est déjà en train d’oublier, dont les contours se perdent dans le flou des médicaments, Luca, il y a tant de choses diluées dans mon insuline, que je n’arrive plus à frôler du doigt, alors je ne peux pas te laisser dire, que le mal est incurable.

      - Tu donneras la faute à qui, Luca ? Tu veux la refiler à qui, la faute ? Et ta vie, c’est ta faute ? As-tu jamais fais quelque chose, parce que tu te croyais capable du meilleur ? Tu ne voulais pas. C’est une excuse minable. Il faut vouloir… il faut toujours vouloir, tu m’entends ? Tu vas te faire tuer, déchiqueter, parce que le monde est fait de gens qui désirent sans écouter les doléances des autres. Et ils feront ce qu’ils veulent de toi, ces personnes de détermination… Ils ont déjà commencé. Alors c’est ça ? Tu vas te laisser briser, comme un vulgaire bout de bois. J’aurais espéré que tu valais mieux que ça, que tu… pouvais vaincre ceux-là.


    Ce sont toujours ceux-là t’auront en premier, quand ils réaliseront combien tu les surpasse, ceux-là et les sourires enjôleurs, un soir embué de larmes, qui demandent le premier service, qui t’arrachent ta liberté des mains, il n’y en a jamais qu’un, pour demander le pire, pour que tu le prononces, ce oui. Oui je t’obéirais. Oui je serais ton jouet, à la merci de tes caprices. Oui je serais à toi, parce que je n’ai pas su, m’appartenir pleinement. C’est oui comme un requiem.
    Un oui que j’ai offert en une heure qui me semble si loin désormais.
    Oh Piotr, Piotr, quand je te vois, au fond de ma mémoire, c’est comme du poison, de la buée dans mes prunelles dorées illusionnées, Piotr, quand tu m’assènes les conséquences de mon erreur, c’est une chanson, c’est une ritournelle, c’est des anges, dans un ciel rose, c’est mièvre, sors de là, arrête de me retourner les tripes, je vais vomir, je suis folle, tu sais, tu l’as toujours su que j’avais ça en moi, cette démence, les syndromes étaient là, cet égoïsme d’une intensité rare, cette ingratitude, condition sine qua none de cette personnalité si creuse. Mais alors c’était inoffensif – et pourtant, il suffit d’aimer la plus mal-aimable des gamines pour réveiller le monstre.
    Luca.
    Luca, je t’interdis de me ressembler, je t’interdis, d’être le loup. Les cris des agonisants sont une torture qui dépasse l’entendement, sans mentionner ce déchirement, quand perce la larme, quand un vestige, de nos anciens réflexes, nous poussent à essuyer ces visages. Je n’arrive pas à me retenir, de me retrouver à ton niveau, de baisser ma garde. J’attrape ton poignet, je serre, avec la force qui me reste.

      - Je vaux mieux que ça. Je vaux mieux que ceux qui se contentent de détester. Et cela me déçois que tu ne vois pas plus que de la haine quand tu me regardes. Il y a aussi du mépris.


    Je suis encore capable, de me surprendre moi-même.
    Quel droit ai-je de mépriser ? Quel droit ai-je de me relever et de te toiser du haut d’une infériorité qui saute pourtant aux yeux… quel droits Luca, tu pourrais m’accorder ? Celui de crever, sous tes coups, le droit de disparaitre en silence ? Dis. Est-ce que je vaux si peu… pourquoi que tu arrives à croire mes mensonges, est-ce que je suis si basse, en sentiments aussi ?

      - Je ne te lâcherais pas. Je suis là Luca. Si ta conscience se barre, moi je suis là. Pas pour faire le procès de ton passé, tu pourrais pas te défendre, même si ça me dégoute, oui, ces années perdues pour ne pas vexer le monde, je suis juste là pour te prévenir. Qu’il ne faut pas croire les livres comme un enfant naïf, et qu’il ne faut pas non plus rester calme, toujours calme. Je ne sais pas si tu vas me comprendre, et je ne sais pas, si tu es capable d’arrêter de chouiner et d’avoir un peu de courage. Ou si n’importe qui peut venir et te briser le poignet sans que tu ne daignes réagir.


    Je ne dois pas sourire, surtout pas – il faut un choc violent pour causer une fracture du poignet, une force que je n’ai pas. Seulement j’ai besoin, de le menacer, de le ramener avec moi, Luca, tu es capable de me battre.
    Mais cela ne veut pas dire, que je ne me défendrais pas.

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MessageSujet: Re: L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir - Luca   Mar 1 Mai - 23:29

YOU PUT MY BACK AGAINST THE WALL
YOU NEVER THOUGHT I'D GO THIS FAR, BENEATH YOUR SKIN.

Ça faisait mal. Ça faisait vraiment mal. Pas seulement l’étau autour de ta main, non.
Simplement le poids des mots sur ta conscience. Rien que ça, c’était suffisant, suffisant pour te démolir, pour ruiner tes espoirs, à faire fuir tes rêves, les faire s’envoler à tire-d’aile, oiseaux aux plumes teintées de rouge et de blanc. Le destin est une chose vile. Le destin a toutes les cartes en main. Depuis toujours tu as cru qu’il était imbattable, absolu, un fil tendu au-dessus du vide, seul moyen d’avancer dans la vie, de ne pas mourir. La vie est injuste, mais à cause de cette fatalité, tu t’étais résigné à accepter tout ce qui venait à toi, à ne pas te battre – tu avais complètement arrêté de te révolter, il y a de cela cinq ans. Quand ta vie s’était stoppée. Alors pourquoi te disait-elle ça ? Le sort pouvait vraiment être changé ? Impossible. Pas après tant d’années foutues en l’air, gâchées comme ça, aussi bêtement. Tu refusais cette possibilité. Et pourtant elle venait de te la coller à la figure, sans aucun remords. Par ses simples mots elle détruisait tes vérités, tes certitudes, pour mieux les piétiner. Pour mieux les remplacer par des fragments de terreur invincible, les fragments d’une existence que tu avais depuis longtemps abandonnée. Persistait-il encore quelque chose derrière ce mur immense, à travers lequel tout est sombre ?

▬ Jamais rien n’a changé pour moi. Alors je ne vois pas pourquoi...pourquoi ça ne serait pas le destin.

Sois franc avec toi-même, Luca. Tu avais toujours haï ce mot. Depuis l’accident, tout du moins. On t’avait toujours répété que c’était triste, comme évènement. Tes grands-parents étaient dévastés, eux aussi, mais leur foi avait fini par les aveugler. Pour eux, c’était juste quelque chose d’inévitable, un simple aléa de la vie. Ils avaient déjà renoncé à vivre pleinement, comme tu l’avais fait, aussi. T’abandonner complètement. Rien n’avait plus d’importance pour toi. Mais cette fois-ci, les choses étaient légèrement différentes. Des croyances, tu en avais – peu, faibles, mais elles étaient importantes, bien plus importantes que tout ce qu’on t’avait appris étant enfant. Parce qu’il y avait des gens, ces gens qui avaient ranimé ne serait-ce qu’une légère flamme de volonté en toi. Tu n’avais pas réellement changé, mais il y avait quelque chose…de tangible, au fond de ton cœur. De la vie, peut-être. Tu ne savais pas. Tu ne la voulais pas. Tu ne l’avais jamais demandée, tout comme tu avais cessé de réclamer quoique ce soit, et pourtant elle était là. Inévitable. Tu n’avais jamais voulu, et c’est ça qui t’avait anéanti. Tu n’y voyais rien de mal, pourtant. A vouloir, on perdait tellement. A vouloir, on détruisait les autres. Vouloir était inutile, à tes yeux, et c’est pour cela que ton monde a graduellement perdu en couleurs. Un monde fugace, éphémère, comme une sonate jouée un soir et dont les notes se perdent dans la nuit. Un monde dédié aux autres, parce que tu n’y avais pas ta place. Et pourtant, tu savais qu’elle avait raison. Utilisé, jeté, ça t’était déjà arrivé. Tué, déchiqueté, tu l’avais déjà été, un nombre incalculable de fois. Et pourtant tu te relevais, impassible, comme si cela n’avait été qu’un mauvais rêve. Et tu te perdais encore dans l’ignorance, sans que cela te touche. C’était triste, au fond. Mais c’était ta façon de voir les choses, et personne n’y changerait jamais rien. Parce qu’il n’y a que ça que tu mérites.

Elle était encore là, étreignant ton poignet. Elle était encore là, à te toiser. Ses mots frappent, inlassablement, percent et transpercent. Ça brûlait, au fond. Un soupçon de rage et de rancœur, encore trop frémissant pour être réel. Ses paroles étaient un brouillard dans lequel tu t’étais égaré, un brouillard d’incertitude et d’instabilité. Du mépris. Du mépris et de la haine. C’était tout ce qu’elle voyait en toi. Tu aurais aimé lui rendre la pareille, mais tu en étais incapable. Parce que tu savais, au fond, qu’elle ne pouvait pas être comme ça. C’était une naïveté un peu trop cruelle pour toi. Tu étais le plus faible des deux, tu le savais, et en ceci, tu ne pouvais pas…non, ça ne t’avait jamais traversé l’esprit de renverser l’échiquier. C’était la façon dont étaient faites les choses. Une providence en papier mâché. Dans un univers comme celui-ci, tes pleurs et tes larmes étaient tout ce qu’il te restait. Parce que tu avais peur que rien ne puisse te sauver à part ceci. Croire, c’était trop dur, trop loin, trop haut pour toi. Tu étais un monstre d’égoïsme, quelque part. A ne pas vouloir blesser, à ne pas vouloir être blessé. Ta propre distance par rapport aux autres t’avait isolé – tu t’étais isolé, seul comme un grand, instinctivement. Mais ça encore, tu ne l’avais jamais remarqué, jusqu’à maintenant. C’est pour des raisons comme celle-ci que ton destin, tu ne l’avais jamais renié, que tu t’étais martelé l’esprit avec des contes, des fables, des histoires, belles, trop belles pour être réelles. Que tu avais rêvé de vivre ailleurs, loin de ce monde trop froid, où tu n’avais jamais eu espoir de trouver la moindre chaleur. Tu ne savais plus qui croire, et tu avais peur, peur de perdre les rares choses que tu arrivais à tenir dans tes mains fragiles, ces choses qui semblaient vouloir s’échapper à chaque faux pas. Alors tu restais immobile, pour les préserver. Tu frissonnes et les idées se bousculent dans ta tête, résonnant, hurlantes, vociférant, se contredisant à l’extrême. Tu voudrais te couvrir les oreilles, pour ne plus rien entendre, et t’échapper à nouveau. Sauf que tu ne peux plus. Pas tant qu’elle est là. Ça fait mal. Trop mal. Beaucoup trop mal. Les mots. Ton bras. Arrête. Arrête de dire ça. Ton monde s’effondre et tu ne sais plus où aller.

Par réflexe, tu fais un simple pas en avant, sans trop savoir pourquoi. Inconsciemment, tu te retrouves derrière elle, ton bras toujours fermement maintenu. Une suite de mouvements confus et hésitants la plaque contre le mur. L’échiquier est retourné. Tu te surprends toi-même, à avoir osé faire une telle chose, tellement que tu voudrais t’excuser immédiatement, mais ton esprit est trop secoué pour ça. Ta main encore libre sur son épaule, l’autre encore dans l’étreinte, tu respires, halètes, perplexe, à bout de forces. C’est incroyable comme de simples mots arrivent à te mettre dans un tel état, et qu’est-ce que tu ne ferais pas pour fuir la vérité. Tu l’observes, elle et ses yeux ambrés, dans lesquels tu perçois le reflet d’un pauvre gosse tremblant, les larmes aux yeux, impuissant. C’est toi. Comme elle doit être en train de rire, te voyant ainsi. Le fait qu’elle soit plus grande que toi n’aide pas vraiment, d’ailleurs. Baissant suffisamment la tête pour que tes cheveux cachent tes yeux, tu serres les dents.

▬ Arrête… arrête de dire ça. Tu ne sais rien. Tu ne peux pas savoir ce que ça fait. Pourquoi est-ce que tu...

Les seules pistes que tu avais disparaissent, s’effondrent.

▬ On...non. Je ne peux rien y changer...

La vérité, c’est que je me déteste.


Dernière édition par Luca E. Aldena le Jeu 25 Oct - 17:54, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir - Luca   Jeu 28 Juin - 0:47

    C'est un cri long, une mélodie de violons qui s'écoule en ruisseaux de sang ; des animaux, des bêtes, c'est une nature dans mes veines, des pieds, des griffes, des tambours qui percutent mes entrailles, je trébuche, sur les ruines, les morceaux de ciels tombés à terre, je me relève, pour retomber encore, et goûter la poussière de rouille, aux éclats de vitres, qui se répandent en pluie acérée sur mon corps, et dans mes oreilles brûlées je l'entend battre ce cœur, je l'entends jouer, tirer sur les cordes, mettre le feu aux pianos de ma tête, je l'entends battre à l'agonie et je l'entends battre, aussi, la petite fille diabétique qui recouvre tout les sons par ses pleurs. Parfois je ferme les yeux et je suis prisonnière de moi-même, à en devenir folle, de pouvoir échapper à ce monstre, ce monstre qui est moi et qui vivote tellement fort que rien ne glisse qu'un filet d'eau, d'eau opaque et teintée de souvenirs, dans lequel je n'ai pas seulement la place de me noyer et mourir. Je rêve d'égoïsme et de miroirs glacés, brisés, qui se plantent contre ma joue ; alors soudain je n'ai plus de visages et aucun reflet à affronter, si ce n'est cette tâche rouge qui subsiste. Je suppose que la mort est rouge ; rouge et sucrée comme une friandise défendue, je suppose plein de choses, assez pour me réveiller, assez pour briser la transe.
    Quand je rêve, Luca, d'un coup, tout l'amour du monde ne suffirait pas à m'ouvrir les yeux et les abysses m'avalent, car les songes sont fait pour broyer la réalité, mes songes se nourrissent de mes regrets, et grossissent, crèvent mon âme et percent mon crâne, vois-tu Luca, ces fleurs noires, cette belladone sinueuse, ce juron silencieux dans mes cheveux de paille, vois-tu l'enfant bercé par les idées grises, les pensées abjectes, vois-tu cette protubérance, la vois-tu encore, à te rendre aveugle, tu ignores peut-être la couleur de mes mots, mais peux-tu faire le sourd, peux-tu faire l'innocent quand tu les vois... l'armée, les fusils de mes intentions, le rail de poudre... quand tu vois les organes derrière le pantin, les poumons, le cerveau, la fange dans laquelle ils baignent, quand tu vois la gentillesse, la chétive gentillesse qui flotte tel un cadavre sur cette marée de guerre... Oh, quand je rêve Luca, je pense que l'univers devine entier devine qui je suis, et le hurle sur ses toits, et que sur la place publique, livrée au jugement des étoiles, des galaxies, du cosmos, il n'y a plus rien en quoi avoir foi, je ne suis plus qu'un amas de particules, je ne suis plus qu'un nuage de bulles qui éclatent, artificielles, un être qui s'évapore – toujours et encore je disparais, en étincelles, en illusion, une onde perdue loin de son transistor, un bateau abandonné en mer ; mais qui s'en soucierait, de cet esquif qui n'appartenait à aucun port. Qui se souciera de moi ; quand il faut ce soucier des héros comme toi, Luca, qui me reconnaîtra, dans la foule des enfants enchaînés, des oiseaux sans ailes, à sauver de ce bourreau masqué qu'est le destin. Qui ? Mais oublions. L'espoir a fui et maintenant nous sommes seuls dans cette image figée du passé ; alors oublions.
    Oublions, Luca, et fermons nos yeux pour rêver.
    Fermons nos yeux pour cacher les larmes.
    Pleurons pour laver mon affront, pleurons ; mais ne pleurons pas pour les choses qui ne sont pas aux hommes, aux choses qui ne peuvent pas être changé, ne pleurons pas non plus sur le présent pour dissoudre la sensation qu'il nous inspire, pleurons pour l'avenir, pleurons pour la mort qui se rapproche et l'échéance de nos vies qui sonne comme un grelot, un cor de brume sur la rive du fleuve des morts, pleurons sur ces existences fragiles que nous avons manqué si souvent de de gâcher. La douleur, la honte, en comparaison, ne méritent que des cris, et je ne pleurerais pas Luca, parce que tu maltraites mes épaules, mon dos, ma carcasse fragile et insipide ; je ne pleurerais pas pour l'état du cadavre que j'abandonnerais ici.

      - Ne me touche pas ! Tu me fais mal. C'est ça, Luca, ton grand courage ? Ta force de conviction ? Tu penses qu'on peut me faire taire en me tenant immobile ? Tu penses que je vais me taire, que j'ignore, que je vais te croire ? Mais quel crédit mérite tu, quand tu ânonnes tes mensonges au rythme de ton hésitation ! Rien ! Cela ne vaut, absolument rien !

    D'un mouvement brusque, d'un ton de rage, j'ai brisé ta comédie, parce qu'il m'avait suffit de sentir cette emprise en hauteur pour me dire qu'on pouvait t'abattre d'un coup de pied. C'est une logique de marionnettes ; il faut tirer sur tout les fils pour en avoir le parfait contrôle, et tirer aussi, sur mes cordes vocales, user la corde que j'ai autour du cou, et qui plus je bouge, se resserre, jusqu'à pouvoir m'attacher à mon destin, il faut jouer, Luca, pour mériter les applaudissement lors de l'acte final. Je me suis dégagée d'un coup de pied et pourtant j'hésite à en asséner d'autres, j'hésite à autoriser la pitié à entrer – cette pitié qui falsifie les amitiés, qui élève l'un pour enterrer l'autre. Cette pitié qui finalement ira faner devant le seuil de mon cœur que la haine maintient fermé.
    Gifle larmoyante. Je n'arrive pas à faire pire, qu'une gifle larmoyante. Je n'arrive pas à être ton ennemie parfaite.

      - Parle moi encore de ce destin. Donne moi la date, pour ma mort, pour mon premier chagrin d'amour aussi, pour le jour ou tu vas me briser un os, donne moi toutes les dates, sois au moins assez aimable, pour arracher des précisions à ton destin ! Dis moi, de ta voix vive si prompte à te porter garant du destin, que je vais mourir jeune, que je n'aurais pas de travail, que l'avenir n'a rien en réserve pour la dénommée Bethsabée Belinski, ici présente, en ce jour sans surprise puisque réglé par le destin, pour recevoir la sentence décidée à sa naissance. Dis moi que mon diabète va s'aggraver, je t'en prie, va dans le reste de ton hôpital annoncer qu'il n'y a que des maladies incurables. Puisque tu sais tout, Luca. Puisque tu es une fourmi face aux maîtres que tu t'es toi-même inventé pour piétiner l'espoir et l'optimisme.

    Alors j'entendrais que je ne peux rien pour toi, tu comprends ? Que je peux détacher mon sort de ton sort et garder à moi seule toutes les malédictions. Fais ça pour nous. Fais ça pour que nous arrêtions de nous heurter l'un à l'autre, sans résultat, dans une poésie macabre qui nous entoure.

      - Dis le ou je te montrerais que ma volonté à encore bien plus de pouvoirs – que ce ridicule destin.
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MessageSujet: Re: L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir - Luca   Mer 15 Aoû - 20:22

I'M HERE AGAIN, MILES AWAY FROM YOU
A BROKEN MESS, JUST SCATTERED PIECES OF WHO I AM

Y’avait des jours, comme ça. Des jours où on avait juste envie de disparaître, de s’enterrer, de tout oublier, le plus vite possible. Oublier, c’était ta spécialité. Sauf que cette fois-ci, ça allait être plus dur que prévu. Parce que t’avais mal. T’avais mal, Luca. Ça brûlait, ça brûle toujours. C’est l’enfer et ses bas-fonds ciselés sur ton visage. La marque écarlate sur ta joue, tu peux pas l’oublier. Tu pourrais jamais. Tu te contentes de rester là, assis sur le sol, immobile, le souffle encore coupé par le coup de pied qu’elle t’a assené quelques minutes plus tôt. Pour se dégager de ton étreinte, du peu de confiance en toi que tu t’étais forgé. Un minimum d’assurance qui avait jailli, comme ça. Une exception, quelque chose qui n’aurait jamais pu arriver précédemment. T’avais réagi, Luca. Tu avais réagi comme jamais tu ne l’avais fait auparavant. Personne n’avait réussi à te pousser jusque-là, jusqu’à ta limite. Jusqu’au bord du gouffre. Tu peux à peine te relever Luca, et déjà tu sens la roche qui s’effrite sous tes pieds. T’es dos au mur. A bout de souffle. Y’a pas d’issue. Tu trembles, tu poses la main à terre. Tu cherches un abri, quelque chose à quoi te raccrocher. Un foutu bord de falaise, un qui ne se serait pas encore écroulé. Qui ne se désagrégerait pas sous tes doigts. La main de quelqu’un. N’importe qui. Par pitié.

La pitié, elle s’est déjà envolée, malheureusement. T’es seul, tout seul. Et elle, elle te regarde. Elle te regarde de haut, avec ses yeux ambre embués de larmes. T’as encore tout foutu en l’air, Luca. Comme tout ce que tu entreprends depuis le début de ton existence. T’as tout foutu en l’air et tu t’en veux. Tu voudrais qu’on te pardonne, tu aimerais tant. C’est dommage Lulu, parce que ça ne se passe pas aussi facilement que ça. Elle doit tellement t’en vouloir. Elle doit tellement te haïr, toi, ton être tout entier, tes larmes inutiles. Tu pourrais presque t’y noyer. Tu avais toujours tu tout ce que tu voulais dire, tout ce que les autres disaient. Si toi tu n’avais pas le droit, alors personne ne l’aurait. C’était égoïste au fond, comme logique. C’était égoïste comme toi tu l’étais, Luca. Tu es un monstre. Le pire de tous. Tu te mens à toi-même comme aux autres. Tu es un menteur.
Y’a des jours comme ça, où la réalité frappe plus fort que d’autres. Et quand elle vous heurte, elle paralyse. C’est comme une piqûre de scorpion, un dard qui vous traverse de part en part et qui vous laisse sur le sol, mourant. Comme toi, en ce moment. T’avais plus la force Luca, plus envie de faire quoique ce soit. Alors tu te laisses choir, tu te laisses tomber sur le sol, les seuls restes de force en toi broyés, les yeux rivés vers le plafond. Vers elle, aussi. Elle doit te trouver pitoyable. C’est plutôt juste, comme mot. Ça te décrit bien. Tu soupires. Assez, assez de tout ça. Tu laisses les larmes couler – assez de les retenir. Tu serres le poing, tu te mords la lèvre. La gorge serrée. Tu parviens à peine à parler, entre deux gémissements. Ça suffit. L’impuissance te saisit, t’emporte avec elle. Tout ce qu’elle dit, ça te fait mal. Parce que tu réalises qu’au fond, celle qui souffre le plus, c’est elle. Pas toi. Toi, tu n’avais même pas le droit de te plaindre. Vas-y, Bethsabée. Fais ce que tu veux. Frappe-le, ruine-le, jusqu’à ce qu’il perde conscience. Brise-lui les jambes à nouveau. Il le voudrait sûrement, si ça pouvait lui permettre de s’enfuir. Et pourtant, même ça – courir – il ne le peut pas. Fais le payer pour tout ce qu’il t’a fait. C’est de sa faute. C’est de ma faute.

▬ Je peux pas…

Ce n’était qu’une pauvre et naïve supposition. Une conjecture enfantine sur laquelle tu avais rejeté la faute. Un bouc-émissaire, comme toi. Comme celui que tu as été, comme celui que tu es toujours aujourd’hui. T’étais pas capable d’assumer. Tu l’avais jamais été. Parce que t’avais trop peur, Luca. T’étais terrifié à l’idée de voir quelque chose se retourner contre toi. Que tu perdes contrôle de ce que tu tentais désespérément de maintenir. T’étais trop faible pour tout garder. Et c’est le silence qui tombe sur toi à nouveau, et par extension, tu le fais tomber sur les autres. C’était ça le problème avec toi, Luca ; les autres eux, avaient le courage de parler. De se rebeller. Toi, tu ne l’avais jamais eu. Tu t’étais planqué, depuis le début de ton existence. Et au final, c’est sûrement ça qui causera ta perte.

▬ Ca y est, tu es contente? Je peux pas te répondre. Je pourrais jamais te répondre. Parce que je sais pas. Je sais pas.

Des mots prononcés avec difficulté. Engloutis, dévorés par les sanglots ; comme toi tu l’es. Tu te noies, Luca. Tu touches le fond. Continue comme ça, et bientôt tu ne pourras plus remonter à la surface. Et c’est dommage. C’est franchement dommage.

Parce que personne ne sera là pour te tendre la main.
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MessageSujet: Re: L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir - Luca   Ven 22 Fév - 0:33

    Et Luca, je suis de ces filles qui ne partent pas, même quand tout s'effondre, même quand il n'y a plus de toit ni de moi ni de nous auquel s'accrocher, je suis une de ces filles, qui ne peuvent rien laisser partir, au risque de se faire emporter par la vague, et de mourir, partir c'est mourir, alors lorsque le monde s'écroule et se meurt à mes pieds, quand l'air respire la poussière, alors je n'ai pas d'autre choix que de rester. Rester, Luca. Je sais combien c'est douloureux, de rester au cœur de la tempête, de rester en dépit du temps qui passe, sur son carré de terre, son morceau de rien, parce qu'on a que ce vide et qu'on ne peut pas l'abandonner, et je l'ai fais quand même. J'ai continué à vivre et à me faire détruire. J'ai finis par apprécier – apprécier le fait, que j'étais la seule fille, qui s'attachait à rester, et me consoler, à grand coup de curiosité, de ma stupide curiosité, pour ces lieux que je n'ai pas pu explorer, parce que j'étais occupée, occupée à rester dans mon pauvre corps, mon pauvre cœur sec et salé, et qu'il n'y avait aucune émotion pour me sauver, et Luca, Luca je suis sèche et fanée mais je suis plantée, enracinée, dans mon terreau de souvenir, je me nourris des débris, des déchets dont on m'a arrosée, car je suis une fleur de tristesse, qu'aucune main n'est venue arracher, à sa terre natale, à ses rêves démembrés, personne n'est venu m'emporter, loin de tout ces enfers que je passerais donc ma vie à arpenter ces folies, ces utopies qui peuplent mon crâne et que la réalité a mis en flamme, et je m'en réjouis déjà, de ce brasier qui grandira avec moi, car je suis une fille qui reste, qui reste et qui fait feu de toutes cendres pour que son passage sur terre ne soit pas qu'un mirage.
    Et je suis si laide Luca, si laide et si réelle, que tu ne te détacheras pas de moi, parce que tu ne pourrais pas m'empêcher de rester à tes cotés – même si te me frappes, même si tu me frappes fort, même si tu m'assommes, chevalier de l'armée du destin, de ta main, ou de ton poing, je reviendrais toujours, pour souffrir mieux, pour te forcer à viser mieux, là, entre les deux yeux, à regarder la vérité en face, et à la tabasser, à nous entendre crier elle et moi, pour que tu arrêtes et que tu continues, pour que tu te mettes en colère et que tu nous tue, pour que tu m'enterres et que je revienne te hanter, et je n'ai pas mentis, quand je t'ai dis que je serais pire que ta conscience, car je restes même lorsque l'on ne me voit pas, je reste une présence au-dessus de tes épaules, lourde, une pesanteur dans l'air que tu respires, et je suis une vapeur, qui monte au cerveau, pour t'empêcher de penser ces choses qui te freinent, je suis l'odeur saline de la marée qui monte et qui noie les remords, et je veux te forcer, à faire du tort aux gens qui te font du torts, à énucléer celui qui te dira, qu’œil pour œil ne vaut pas dents pour dents, regarde mon sourire Luca, mon sourire défoncé et sanglant, et réfléchis à ces menteurs qui peuvent encore te montrer une façade blanche et brillante, à ces gens encore entiers, qui vont te prier, de tout faire pour eux, pour sauver les apparences et te donner l'air invincible mais, mais Luca, crois moi, que les apparences ne méritent pas d'être sauvées. Les apparences sont le papier peint fragile et effrité des appartements abandonnés, dans lesquels les gens ne restent pas, parce qu'il n'y a plus de place dans ces palais de faux-semblants, pour des vrais personnes avec des vrais sentiments.
    Je suis si vide, à l'intérieur, Luca, je suis un coquillage à la nacre fendillée, non, je suis une tache d'encre qui se dissout lentement dans l'eau des larmes qu'elle fait couler, oh, et pourtant je continue à avancer, je suis un vaisseau détrempé et la moisissure sur ma proue à eu le temps de sécher, et les passagers ont désertés, alors que je persiste à naviguer, à guetter la côte, la terre nouvelle, même si je sais que pour moi toutes les terres sont vieilles, parce que l'espoir est mort dans mes songes et que rien n'y remédiera jamais. Alors je retourne poser mon dos contre le mur, pour ne pas tomber.
    Pour ne pas trébucher sur mes mots.

      - Je ne peux pas grand chose non plus, Luca. Mais j'essaye.


    J'essaye de ne plus me concentrer sur ces êtres toxiques que j'ai pu aimer.
    J'essaye de me lever et de regarder le soleil ; d'aimer la couleur du ciel irlandais, d'aimer le jour qui passe, et de ne pas me sentir volée et dépossédée, de ces journées froides que j'aimais. J'essaye, Luca. De mettre un pied devant l'autre et de ne pas subir, cette faiblesse dans le genou, de ne pas flancher, et pourtant j'ai envie, de m'étaler sur ce sol, de me faire piétiner, par le pas des gens qui savent ou ils vont, je ne sais pas ou je vais, mais … j'essaye d'avoir une direction, de suivre la flèche d'un fantomatique Cupidon, pour trouver quelqu'un au bout. J'essaye d'avoir un futur - d'attraper la main du temps ; mais mes doigts fins se font briser par la machine et je me bats avec des os en miettes, et je sème, une poussière de mort, et personne ne peut suivre ce triste sillage, mais j'essaye.

      - Et je ne serais contentes que quand tu essayeras aussi. De sortir de cette chambre et de vivre quelque chose – un rêve, ou juste une chose, je veux même pas savoir. Parce que sinon je vais rester ici avec toi, et tu vas vivre les minutes les plus insupportables de ta vie, ce qui ne sera que la juste récompenser de ta bêtises.


    Et je resterais là.
    Parce que c'est tout ce que je peux faire, pour toi, Luca.
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MessageSujet: Re: L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir - Luca   Mer 27 Fév - 21:57

WOULD YOUR BONES HAVE TO BREAK
AND YOUR LIGHTS TURN OFF

Betty, Betty, Betty. Si tu savais.

Quand elle est venue vers toi, la demoiselle du nord, tu avais presque été heureux. C’était une main tendue vers toi, un peu comme un radeau qui t’aurait permis de t’échapper de l’ilot où tu avais été isolé. Où tu t’étais isolé, peut-être. Ça te parait bien distant, maintenant, ce croquis au fusain placardé sur tes souvenirs. Il te parait bien loin, le jour où tu avais été là au moment où elle s’effondrait, au moment où elle se noyait, là, sur ce balcon du cinquième étage. Et tu trouves ça injuste. Et pourtant sur ton visage, rien ne bouge. Tu restes impassible ; tes yeux, vides. Tu la dévisages, silencieux. C’est au fond que tout se passe. Loin, au fond de toi. Ça brûle, ça tempête. Les rafales frappent contre tes entrailles. C’est injuste. Tu trouves ça injuste, Luca. Tu avais été là pour elle, et voilà comment elle te remercie. Mais ça ne t’étonne plus, à force. Ou plutôt, tu n’as plus la force d’être étonné. Tu es un peu mort, Luca. Une mort diluée à la déception, comme on dilue les espoirs et qu’on efface les gens qui s’accrochent. Tu savais qu’elle était faible, Bethsabée, tu l’avais vue de tes propres yeux s’écrouler. Comment parvenait-elle à tenir encore debout ? A ne jamais ployer, peu importe le moment, peu importe la situation ? Elle se battait, Bethsabée, là en face, portant le drapeau des gens que la vie a abandonné. C’est injuste. Tu pensais y avoir ta place, sous cet étendard, et pourtant tu semblais être l’ennemi à abattre. C’est étrange. Tu n’avais jamais compris le monde, et tu pensais qu’il ne t’avait jamais compris non plus. Aussi t’étais-tu résigné à une existence morne, discrète. Mais là où tu avais abandonné, Luca, Bethsabée se tenait fière sur ses deux jambes. Là où la vie l’avait délaissé, tu l’avais volontairement mise de côté. Là où avais croulé sous les coups et les désillusions, elle avait fait un pas en avant, mutilée. Elle était mutilée, Bethsabée. C’est injuste. C’est injuste. Elle se dit vide, Bethsabée, mais si elle savait. Si elle savait que toi aussi, tu étais aussi vide qu’elle. Vous étiez deux semblants d’êtres humains, à peine animés. Et voilà qu’elle venait, déchirait le voile que tu avais étendu, te séparant du monde. Tu ne sais plus vraiment où tu te tiens, Luca. En fermant les yeux, tu penses pouvoir t’échapper. C’est ce que tu fais le mieux, après tout. Mais elle est encore là. Tu vois la rage incendier sa peau diaphane, sa peau blafarde, tu la vois, sa détermination, battre des ailes, tandis que toi tu es cloué au sol. Et tu sens le poison couler au fond de toi, acide, corrosif, corrompu.

Vos deux figures dessinées au charbon se découpent lentement sur un fond blanc. Ni l’un, ni l’autre ne parle, et pourtant vous dansez. C’est une valse à contretemps, entre vous deux. Ça tourne, ça transperce, et ça s’arrête. Ça vrille, vrille ton esprit, ça tourbillonne et ça s’envole, ça s’envole pour mieux s’écraser après. Et tu regrettes. Oh, comme tu aurais voulu, Luca, ne jamais avoir affaire à elle. Tu as mal et tu pries pour que ça s’arrête. Pour te réveiller. Pitié que ça ne soit qu’un mauvais rêve, que ça ne soit qu’un cauchemar. Un cauchemar qui s’appelle Bethsabée Belinski. Un cauchemar dont le nom te frôle les joues, t’arrache la peau, en veut à ta vie. Qui t’extirpe de ton cocon. C’est la grande faucheuse et ses cohortes à ta poursuite, et tu cours à en perdre haleine. Ce sont des lettres qui s’entremêlent et dont la finalité signifie enfer. Bethsabée, ça veut dire le purgatoire, ça veut dire tout ce que tu n’as pas réussi à affronter ; ça veut dire réalité. Quelque chose se brise ; peut-être ton corps, peut-être ton être tout entier. Tes lèvres se tordent en un sourire amer, et le venin coule, tu le sens dévaler le long de ton visage, il se mêle à tes larmes, il suinte, partout, de ta bouche, de tous les pores de ta peau, tu es vicié Luca, tu es vicieux. Tu le connais bien ce venin, ce venin qu’on appelle rage. Qu’on appelle jalousie, envie. Haine. Tu lèves les yeux.

▬ Les minutes les plus insupportables de ma vie, hein ? tu ânonnes sur un ton âpre, la voix encore tremblante. Ne me fais pas rire.

C’est un membre qui se pose à terre, qui croule sous la faiblesse, frustration. Un autre qui le remplace, et finalement c’est le corps encore frêle qui se hisse. Qui s’approche, d’un pas lent, de la jeune fille aux cheveux blonds. Qui trébuche, qui se relèvent, le souffle haletant. C’est un élan, une pulsion toxique, et ce sont deux bras qui se soulèvent, et deux mains qui se placent, brusquement, autour de son cou. Et qui serrent, qui serrent comme on serre les dents, par rage, comme un cœur se serre, par tristesse, appréhension. Qui veulent briser. Se venger. Qui élèvent Bethsabée comme tribut. Sa peau est chaude. Son corps est chaud. Tu la sens légèrement suffoquer sous ton étreinte. Tu te mords la lèvre. Parce que tu sais que tu es le pire de tous.

▬ Essayer de vivre ? J’ai essayé. J’en ai jamais été capable. Je n’ai plus rien pour rêver. On me l’a arraché. On me l’a arrachée. Mais si toi tu as des rêves, alors donne m’en. Personne ne peut le faire alors fais-le. Dis-moi quoi faire. Aide-moi.

Que quelqu’un m’aide. Quelques mots qui se détachent sur des sanglots, sur des larmes qui tombent, sur des mains – tes mains qui tremblent. Es-tu encore vraiment sûr de ce que tu fais, Luca ?

▬ Fais quelque chose.
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