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| | L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir - Luca | |
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Messages: 126 Date d'inscription: 26/07/2011 Age: 15
 | Sujet: L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir - Luca Sam 5 Nov - 23:23 | |
| Ainsi c'était ça, de vivre. C'était cette sensation de venin dans les veines, qui s'intensifiait, qui s'épaississait, qui recouvrait tout, pulsation, convulsion du corps faible, du corps de fille coupable qui s'abandonnait. Viens, le mal, viens douleur, je t'ai attendu. J'ai bercé mes lèvres du doux son de ta réalité, j'ai chanté à mes yeux les louanges de ta venue. Et j'ai bien cherché, dans les livres pieux ou dans les illustrés, tu étais toujours là, toujours, vous étiez le couple, déchiré, violent, la vie, belle d'une sauvagerie enfantine et toi, le mal, le grand, celui dont on écrit les lettres en majuscule et dont on se cache dans une grange ou dans la fange malodorante de la littérature, des belles idées, des fausses excuses, enlacé, la paire, et j'ai cherché la trinité, aussi. Mais je la connais cette trinité. Ce sera ça jusqu'au bout ; la vie, le mal, et moi, dans une danse langoureuse, dans un tango romantica, à se griffer jusqu'à l'os. Regardez, je suis faible, regardez, j'ai ouverts les yeux et maintenant je me consume. J'essaye de les prononcer, ces métaphores qui édulcorent tout, je joue doux, piano, mes phrases menteuses mais je les puise dans cette chose, horrible, grouillante, dans ce cerveau mort avec lequel je cohabite. Je suis là. Je suis dans cette parodie de fillette, je suis dans cette caricature d'étudiante. Chaque matin depuis j'ai regardé la glace. Chaque matin depuis j'ai bouclé ma chevelure, j'ai passé le ruban rose d'innocence, j'ai fais une dernière mise au point, comme les coquettes, comme dans les films. Mes habits ont étés mis. Mes habitudes ont été remplies, par un fantôme, un être posé par-dessus l'âme qui ne servait qu'à cette fanfare bruyante, démonstrative, qu'à créer cette fausse preuve que j'allais bien. Il paraît que j'ai tenté d'arrêter de vivre. Je dis : faux . J'ai mis la machine en marche, j'ai tout coupé, l'alimentation, j'ai court-circuité cette gamine qui déambulait, démarche juvénile, accablée par son diabète. Moi, j'ai passé l'âge d'être peinée. Désormais je suis malheureuse. Désormais je suis une suicidée, j'ai dis non à tout, j'ai dis non, à la grande brume qui vient lorsqu'on meurt. J'ai dis non à moi, et je me déteste, et je me hais profondément. Il y a dans le ciel une odeur d'arsenic, est-ce parce que je respire le même air qu'elle ? Ou parce que je l'ai vu, se poser sur un banc, en attendant quelqu'un ? Elle. Elle. Je ne peux pas la nommer, la chose, la vieille chose, qui prend son insuline sagement chaque matin, après les repas et avant une collation. Elle a son regard mélancolique, et on sait, rien qu'à examiner ses mains sales de paysanne, ses mains qui n'iront jamais se poser sur une autre peau que pour griffer, qu'elle n'est pas là pour elle. Elle. Moi. Nous... Dissociation. Je refuse cette personnalité. Je refuse cette fille qui a du sentiment, des envolées lyriques, qui dit qu'elle veut revoir quelqu'un. Qu'elle a envie de dire merci à Luca depuis la première seconde ou elle s'est réveillée à l'infirmerie, et que si elle le pouvait, elle l'étoufferait, encore, toujours. Elle l’emmènerait dans une valse, pour lui dire, pour se confesser, pieusement, la petite chose. Tu sais j'ai voulu être la bonne. J'ai voulu être une autre et je me suis échouée. Maintenant je veux partir, jusqu'au fond de toi. La fille se lève quand elle remarque la personne qui l'intéresse. Et je sais qu'elle va se tuer à le suivre. Je sais que son cœur va lâcher quand elle découvrira la salle, la porte. La porte qui mène sur l'imagination, sur le pont sans autre rive. Je la laisse faire. Je laisse la vieille Betty, l'idiote, finir sa tâche et je la tuerais, je l'assassinerais.
Rétrovision. Je suis curieuse de ce qui se passe dans la tête des gens. Mais dans la tienne, je suis venue trouver l'enfer.
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Messages: 340 Date d'inscription: 17/07/2011 Age: 17
 | Sujet: Re: L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir - Luca Mar 10 Jan - 23:17 | |
|  This world will never be what I expected, And if I don't belong, who would've guessed it? Ça avait commencé comme ça. Des pas dans le couloir, une porte qui claque. Une douleur soudaine, comme un flash, un coup de feu. Et un putain de torrent qui déferle sur l’esprit sans qu’on puisse faire quoique ce soit. Une vague de souvenirs qu’on aurait préféré oublier, qu’on avait soi-même délicatement enterrés, camouflés, dissimulés, effacés, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que des traces infimes, à peine discernables à l’œil nu. En l’espace de quelques instants, c’est comme si ils étaient revenus d’entre les morts, sourires carnassiers aux lèvres, comme pour dire « je t’ai manqué ? ». Qui aurait cru qu’une simple retraite dans une salle abandonnée du cinquième étage pour lire aurait fini de la manière la plus horrible possible ? Certainement pas toi, hein. Vas-y, plonge. Noie-toi dans les abîmes, tes abîmes. Reste au fond et tais-toi. Ne remonte pas, sous aucun prétexte, parce que ça te perdrait. Les lumières s’éteignent, le monde vire au noir complet. Trois coups. Et la musique démarre. La douce musique des sanglots d’avant. * Tu te fanes, Luca. Tu dépéris. Le seul fil qui te raccroche à la vie, c’est cette respiration saccadée, ce souffle à peine audible, tremblant. Gisant sur les couvertures froissées, tu es presque inerte, immobile, à l’instar une poupée abandonnée dans le coin d’une pièce. Après tout, c’était un peu ça, non ? Cette sensation de froid qui envahit tes membres, ce regard sans vie. Le tout dans une incapacité totale de faire autre chose que…subsister. D’à peine exister, dans une salle vide. Une salle blanche. Trop blanche, si blanche que ça t’en abîme les yeux. Tout est si impersonnel, les visages sont tous si froids. Si…distants. Jamais tu n’aurais aimé vivre dans un endroit pareil. Et pourtant, ça fait déjà deux mois que tu es coincé ici. Ton père et ta sœur, eux, sont déjà retournés à la maison, et il n’y a qu’elle qui vient te rendre visite, avec tes grands-parents, une fois toutes les deux semaines…voir moins. Pas que ça te manque, non. Tu ne voulais pas les voir pleurer à nouveau. Pas encore… Tu lâches un faible soupir, et tente de serrer le poing. Sans succès. Alors tu restes là, recroquevillé sur toi-même, sur le côté, à attendre. Déjà, tu as commencé à perdre la notion du temps. Tu ne te rappelles même plus quelle heure il est, ni quel jour on est. Comme si le temps s’était gelé, tordu, n’était devenu qu’une masse informe et floue. Toi aussi, tu as gelé, coincé dans cet ersatz de chambre. Tu lèves légèrement ton regard vers la fenêtre, la seule chose pour laquelle tu as encore assez de force pour bouger. Le monde extérieur est gris. Sombre. A l’opposé de l’endroit où tu te trouves actuellement. Les deux se reflètent parfaitement, et s’accordent avec ta vision. Un côté sombre, un côté lumineux. Un monde visible, et l’autre non. Même après plus de six semaines passées dans ce lieu lugubre, tu ne parviens toujours pas à recouvrer totalement la vue. Ton œil droit est toujours couvert de bandages ternis et teintés d’une couleur légèrement rougie. Mais ça ne fait pas si mal. C’est perturbant, ça t’empêche de dormir comme tu le veux, mais ce n’est pas aussi douloureux que tu le pensais. En fait, ça ne te gêne quasiment plus. En revanche, ton incapacité de marcher, elle, se fait sentir. Elle est là, toujours, à te rappeler que tu ne pourras pas partir. Toujours là à te conserver dans son étreinte. Mais tu n’y prêtes plus attention. Comme tu ne prêtes plus attention au monde qui t’entoure. « Monsieur…Aldena, c’est ça ? »Tu tournes la tête comme tu le peux, pour brièvement apercevoir la silhouette d’une infirmière brune, vêtue de son uniforme blanc, et un sourire aux lèvres, comme toutes celles qui sont venues te voir avant elle. Vraiment, tu t’en fiches, qu’elle soit là. Ce qui te dégoûte, en revanche, c’est ce sourire. Ce sourire faux, sur fond de compassion artificielle. Personne n’en a rien à faire, de ce que les patients peuvent réellement traverser. Ils soignent, certes, mais ils ne savent pas ce que c’est, de devoir végéter dans un endroit si lugubre, à devoir supporter les odeurs d'aseptisant et les cris à longueur de journée. Mais tu y es déjà devenu imperméable, à tout ça. Parce que tu n’es plus qu’un reste d’être humain. Une coquille vide de toute substance, qui existe, juste, sans laisser de trace réelle. Qui est juste là, sans rien faire. A subir la routine quotidienne des visites des médecins, qui te recommandent mille et un traitements – et par-dessus tout, du repos. Des paroles qu’ils jettent sur un ton neutre, froid, trop professionnel. Tu hoches la tête faiblement, la bouche légèrement ouverte mais incapable de dire un mot, le regard plongé dans le vague, alors que la demoiselle vient s’asseoir à tes côtés. Elle dépose ses papiers sur le lit, le plateau repas sur la table de nuit, et commence à t’examiner, t’informe des derniers résultats d’examen, de l’état de tes maudits lambeaux, en laissant comprendre que tu ne pourrais pas remarcher de sitôt. T’aidant à te remettre droit, elle te défait tes bandages, pour les remplacer par des neufs. Et tu sens son regard dégouté en voyant l’état de ta pupille, son visage qui se tourne légèrement, pour échapper à ton jugement. Pour éviter de te dire en face que c’est tout simplement ignoble, et que tu lui fais pitié. Une fois sa tâche terminée, elle décoche un nouveau sourire, presque hypocrite, avant de se diriger vers la porte d’un pas un peu trop pressé. « Ah…j’oubliais de vous prévenir. Votre père est dans le couloir. »Et sur ces derniers mots, elle quitta la pièce. Et sur ces derniers mots, toi, tu sens ton cœur s’affoler. Tu ne l’avais quasiment pas revu depuis l’accident, et les rares visites qu’il avait faites s’étaient soldées par un regard noir, hautain. Tu entends le grincement familier venant du seuil, et tu t’immobilises. Il est là. Manteau noir, écharpe, et ce regard, toujours aussi glacial. Trop apeuré pour faire quoique ce soit, tu te contentes de lever timidement les yeux vers lui. Ce à quoi il répond en te saisissant par le bras. Et tu la sens. Tu la sens sa colère. Sa peine, aussi. Tu le sens trembler. Tu sens son envie de tout rejeter. Et pourtant tu n’as rien à voir dans l’histoire. Mais tu sens sa main qui se resserre. Et toi, tu te brises, au fond. En dehors, aussi. C’était bref, c’était brusque, mais ça a frappé, soudainement. T’en a coupé le souffle. Et t’a arraché les larmes que tu retenais de tout ton être, ces faibles et tristes bêtes attachées, aux laisses désormais arrachées. Ça a broyé le faible équilibre qui se maintenait tant bien que mal dans ton esprit. Il te tient toujours, à bout de bras, te toisant de ses yeux glacés. Et tu ne peux que geindre, en chevrotant des syllabes errantes. « Pa…pardon. Je…je suis désolé. S’il te plait. Pardon. Pardon. Pardon. »De toute façon, tu es pitoyable, Luca. Il te l’a dit. Tu n’es rien d’autre. Rien d’autre qu’une marionnette cassée entre des mains qui ne recherchent rien que de la destruction. * Ça finit. Ça va finir. Ça va bientôt finir. Et puis ça s’arrête, brusquement. Finalement, tu reviens à tes sens. Ta vision est encore floue, mais tu parviens à te ressaisir, à poser la main sur le sol, pour ne pas tomber. Pris de vertiges, tu as du mal à te rappeler exactement où tu te trouves. Puis les images te reviennent, le couloir du cinquième étage, le livre que tu tenais à la main, qui choit à présent sur le sol, ouvert. C’est vrai…si cet étage était interdit, c’était pour une raison. Parce que ça finit toujours mal. Toujours. Sans exception. Tu entends du bruit derrière toi. Des pas. Un murmure. Tétanisé. Tu n’oses même pas penser à qui était entré. Tu tombes à terre, à genoux. Lentement, tu tournes ton regard vers l’intrus. …pas elle. Tout, n’importe qui, sauf elle. Elle n’avait pas à voir ça. Surtout pas. Merde. Et tu laisses l’inconscience gagner ton corps. Tu trembles, paniques, recules, précipitamment, haletant, glapissant, gémissant, chien blessé, envahi, submergé par un instinct qui t’es inconnu. Les yeux écarquillés, remplis par la peur. Tu te replies sur toi-même. Et il n’y a que des cris, des plaintes qui peuvent s’échapper. « Non. Non…ne…n’approche pas…reste…là-bas… »Dis-moi, Bethsabée. Que vas-tu faire de lui, à présent ?
Dernière édition par Luca E. Aldena le Mar 13 Mar - 20:49, édité 4 fois |
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Messages: 126 Date d'inscription: 26/07/2011 Age: 15
 | Sujet: Re: L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir - Luca Sam 21 Jan - 23:32 | |
| Je pense que quelque part entre la réalité et le songe, une arme avait effleuré ma chair. Je dis que je le pense, car je n'étais plus capable de savoir ce que ressentais ce corps que je refusais d'admettre comme étant là, déjà parti, à peine posée dans ce désert de l'existence. Car ce n'était que ça ; l'endroit ou les âmes s'échappaient, et ces pensées mourantes, soufflant leurs derniers soupirs, le cœur au bout des lèvres, attachés à notre monde vivant par des fils artificiels, je les entendais réclamer la fin ; crier au meurtre, aux mutineries, à l'euthanasie, au réveil des consciences qui flottaient d'un malade à un autre, sans voir la maladie, observant juste les noms, les étiquettes laissées sur les bocaux d'une pharmacie morbide. Mais il n'y a pas de pharmacie. Il n'y a pas de remède à cette vie grouillante qui va nous détruire, il n'y a pas de sortie sur ce train ou nous sommes tous montés, en pensant naïvement qu'il y aurait une destination, un but, sans percevoir ses rails qui s'écartaient déjà du rêve qu'on nous annonçait. Et nous allons regarder cette infection, cette déchirure dont les rebords s'écartent pour révéler sa vraie nature, tandis que le vent sifflera, petite symphonie discrète pour annoncer, qu'enfin, nous allons heurter l'ultime paroi, le mur final, nous sourirons, dans les derniers minutes, nous aurons deviné, que l'ombre, le mythe que chaque bouche, tout le trajet durant, aura relayé, n'était que bien peut de chose, en comparaison de ce que le voyage aura été. Le voyage aura été. Alors que la mort, puisque nous ne pourrons la vivre, est incapable d'exister. Je l'ai vu, Luca. J'ai vu que je souffrirais ; mais dans ton enfer je me sens comme une guerrière, je suis les amazones, je suis l'esprit de revanche, je suis la fusillade, et je sais que ça va faire mal, que ça va être une guerre, dans mes muscles, l'univers est devenu électrique, à la seconde ou j'ai commencer à me dire que tu était important pour moi. Décharge. Du déchet à la décharge, les doigts dans la prise, j'avance jusqu'à la déchéance, et c'est un peu de toi qui a tranché cette veine, qui a enclenché ce second suicide, en pointillé, sur la pointe des pieds. Comme une voleuse, je suis venu prend ton souvenir entre mes mains, et le griffer jusqu'au sang, jusqu'à le révulser, jusqu'à tout renverser. Les murs seront noirs et creux, et cette sphère étouffante ne sera que le reflet de la mascarade qu'elle incarne ; on nous as dit que c'était un refuge, mais c'est celui des épées, des scalpels, des bruits d'opération qui étouffent nos appels... et d'eux. Eux que nous sommes sans le vouloir. J'ai marché jusqu'au bout du couloir et à chaque pas, j'ai abandonné une inhibition, le chemin s'est pavé, de morceaux vides de sens, et je n'avais que ces mots pour me mener là ou je savais que je devais aller, j'ai répété, automate, petit automate et j'ai compris, que j'avais, par inadvertance, perdu la plus essentielle des choses, et je ne me suis pas retournée, pour la rattraper, mon identité. C'était trop tard ; les cloches, les carillons ont sonné le glas de Bethsabée Morgase Belinski. A cette fille qui a pu se mouvoir dans des univers qui reflétaient ses illusions. A cette fille isolée esseulée diabétisée infantilisée qui a été un objet de la socitété je dédie cet acte de folie, galvanisée, alors que la porte s'entrouvre sur ce qui me semble déjà être une scène de crime.
Je pense que quelque part entre la réalité et le songe, l'humanité avait blessé Luca, si transparent que j'ai réussi à voir, en deux coups d’œil à l'avant-scène, en un frôlement sur sa mémoire, ce qui suffirait à lui rendre l'éclat. Relève la vitre qui te sépare de ce que tu aimerais toucher du doigt. Et si tu ne le peux pas, je la briserais pour toi, s'il le faut, j'y laisserais mes doigts, j'irais planter ma peaux, je traverserais les frontières. Je traverserais toutes les frontières, clandestine. J'abolirais les barrières qui nous rendent esclaves d'un espace alors que nous devrions être ensemble ; et ces syllabes réunies se sont faites si rares, qu'elles arrivent à faire vaciller mon esprit. Les mêmes fleurs dans une même terre à partager les rayons d'un soleil unique ; pourtant on nous as tout retiré, jusqu'à la simple possibilité, de dépérir côte à côte consolé par cette perspective. Luca. Nous sommes dans cette chambre. Mais « nous » n'a pas encore de consistance. Il n'y a qu'eux deux que nous ne connaissons pas. Ces autres parties de nos êtres qu'on croyait ne jamais voir se rencontrer. Je ne suis pas gentille et tu n'es pas résignée. Je vais te faire pleurer plus fort que ceux qui sont passés avant moi ne pourront jamais le faire. Je suis pire qu'eux, j'ai la connaissance, la curiosité, je vais tout faire remonter, les manger, les absorber, tes pires moments, ta pire personne, tes cauchemars, je serais tout, je me ferais une robe, des tissus que je t'aurais arraché, je serais ça. Le grand ça que tu ne peux pas vaincre. Pourtant je n'ai pas une hésitation alors que je m'apprête à te porter le premier coup ; tu vas me haïr à t'en guérir, car moi, tu peux me battre. Tu peux lever la main sur moi et me tuer. Si ça te sauve, toi, je serais sacrifiée à mon sauveur. Je te dois la vie, tu sais ? Alors je t'autorise à me la voler. Pour partir avec. Cambriole moi de ce qui me reste d'humanité.
Je veux être dégoûtante et heureuse de ce que je vais te faire.
- ... Je ne pense pas que tu puisses m'empêcher de m'avancer. Et ne compte pas sur mes bons sentiments. Alors c'était ça, Luca ? Juste ça ? Un séjour à l’hôpital ; une perte de motricité... bien. Un accident. Quand je repense à cette mascarade. Quand je pense à cette vie qui a décidé que ce serait toi qui serait si faible alors que c'est moi, la diabétique. C'est moi qui n'ai pas eu le choix face au hasard. Quelque chose me dit ; que tout ce pénible théâtre aurait pu être évité.
J'entends les couteaux dans ma voix, j'entends la fin du monde, qu'il souffre vite, qu'il me déteste rapidement, j'implore. J'implore ce qui aura pitié de moi ; j'implore une clémence que je ne mérite pas.
- Je me demande pourquoi tu prends la peine de te faire soigner. De rester ici, d'accaparer le temps des infirmières. Comme un petit prince plaintif ; tu te faire servir tes soins, et le reste, les gens qui viennent perturber cette convalescence olympienne, comment dis-tu, déjà ? Ils doivent rester là-bas, loin, hors de portée, tu ne veux pas m'entendre, mais j'ai des plaintes à soumettre. J'ai des objections à faire. Sur cette comédie que tu joues devant tout le monde.
J'ai la vague impression soudain, de m'adresser à moi-même. Les voiles, les remparts ; écroulez vous.
- Tu n'en as pas marre ; de faire semblant ?
Moi, je pourrais continuer jusqu'à la nuit des temps. |
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Messages: 340 Date d'inscription: 17/07/2011 Age: 17
 | Sujet: Re: L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir - Luca Lun 27 Fév - 23:16 | |
| You're sick of feeling numb; you're not the only one. I'll take you by the hand, and I'll show you a world that you can understand. La sentence tombe comme une lame, épée vengeresse, comme une pluie d’acier sans merci, à t’en cribler le cœur sans aucun remords. A t’en lapider.
Tu n'en as pas marre ; de faire semblant ?
Les lettres s’enchevêtrent, souriantes Éris dont les échos résonnent et tournent en boucle, errantes. Faire semblant de quoi ? Qu’avais-tu fait cette fois-ci Luca ? Poussé par ta propre culpabilité envers quelque chose qui te semblait plus que simple, tu exhumes ces affreux souvenirs qui t’écorchent, qui te forcent à te replier encore un peu plus sur toi-même. Qu’avais-tu fait de mal ? Pour toi, ce n’était rien. Rien de plus qu’une réaction naturelle. Après tout, que quelqu’un fasse soudainement irruption dans ta mémoire sans ton autorisation – et même avec – n’avait jamais été quelque chose d’agréable. Alors pourquoi ? Pourquoi ces paroles si froides, si dures, si blessantes. Des choses que tu ne veux pas entendre. Que tu ne veux plus entendre. Poussé, agrippé au bord du gouffre, tu croirais même entendre la voix sèche de ton père se superposer à celle de la jeune fille, ses traits lentement devenir les siens, et ses prunelles à la teinte si douce, si agréable, insensiblement, changer et te mettre face à ces yeux que tu détestes tant. Ce regard cendré, glacial, que tu reniais de tout ton cœur, ce simple lien te rattachant à l’une des rares personnes que tu n’aurais probablement aucun regret à voir disparaitre. Oh, ce que tu pouvais les haïr, ces yeux. Et entre tes simulacres vacillants, ces images issues de ton esprit désolé, elle était là, Bethsabée, fière conquérante au milieu de tes ruines, se tenant sur ses deux jambes, puissante, toute puissante. Elle était là, sabre à la main, foulant le sol ravagé, assassinant tout ce en quoi tu croyais depuis, te jetant sèchement tes fautes à la figure. Et tu ne pouvais plus te défaire de ce sentiment qui te disait qu’elle te regardait de haut. C’est dur, n’est-ce-pas ? De se dire que quelqu’un en qui on avait confiance peut tout vous renvoyer à la figure, piétiner les fragments d’espoir qu’il vous restait, les seuls auxquels tu te rattachais encore. Et maintenant, qu’est-ce que tu es, pour elle ? Rien. Absolument rien. Tu te disais qu’elle ne devait avoir aucune honte à avoir fait ça – car après tout, c’était toi le coupable, dorénavant. Tu finissais par réaliser, peut-être entre deux folies, que c’était toi. Toi, et toi seul, le sale hypocrite, le menteur, dans cette histoire. Encore une fois, tu te mentais à toi-même. Tu ne savais pas si c’était ton imagination, mais le sentiment, lui, était bel et bien là. Ce sentiment de culpabilité, qui avait toujours été présent, et qui consumait ton cœur. La douleur était là, aussi. Après des années à se dire que rien n’était de ta faute, que tout allait pour le mieux, que ton monde si imperturbable, bien qu’abîmé, était parfait – non, désormais ton si précieux cocon avait été brisé. Peut-être que tu en faisais trop. Mais là n’était pas la question. Chancelant, tu te relèves, avant que tes jambes, refusant de bouger, te forcent à basculer.
Dos au mur.
Tu es dos au mur, Luca. Cerné, percé à jour. Pourquoi, toi-même tu ne le sais pas. Les pensées tourbillonnent, se mélangent, deviennent une masse noire, dense, au point où tu n’arrives même plus à discerner illusion de la réalité. Les faisceaux sont braqués sur toi, toi et ton sale ego. Ou l’est-il vraiment ? As-tu vraiment raison de mettre ton esprit dans un tel état? Le silence autour de toi est pesant, trop pesant. Ton seul allié – tes seuls alliés se retournent contre toi.
▬ …faire semblant ?
Les mots sortent, lâchés simplement, sur un ton neutre, le plus neutre possible. Même si le doute t’enlace toujours, il y a une chose dont tu es sûr. C’est que ces années à rester silencieux, elles, elles n’étaient pas pour « faire semblant ». Tu relèves le regard vers elle, sans pour autant la fixer directement. Pas de larmes, cette fois-ci. Juste un regard teinté d’argent, vide, froid. Comme le sien. Comme pour rivaliser avec elle. Face à face. Se tenir sur un pied d’égalité. Au fond, tu ne pouvais t’empêcher de te sentir trahi. Oui, ça faisait mal, tellement mal de comprendre que malgré tous les espoirs et l’affection qu’on peut porter à une personne, tout peut voler en éclats en quelques instants. Mais peu importe ce qui lui avait pris – pour le moment, tout ce qui t'importait, c’était « pourquoi ». Ce qui importait, c’était toi, tes raisons, ta saloperie d’égoïsme. Pourquoi ton paradis avait soudainement commencé à se désagréger, laminé par de simples paroles, des foutues paroles que tu n’avais jamais demandé à entendre. Elle ne savait rien. Elle ne pouvait pas savoir. Et elle n’avait pas à savoir.
▬ Je…je n’ai jamais voulu que ça arrive. Je ne voulais pas que ça arrive.
Tu t’aveugles toi-même, tu sais. Tu continues à te bercer, à te dire que c’est beau, d’oublier, de tout garder au fond. Sauf que quand ça lâche, ce n’est jamais beau à voir. Comme toi, en ce moment. Le regard tremblant, ton corps chétif frémissant, sous la tension, sous l’énervement. Le souffle court, un sourire amer dessiné sur les lèvres. Qu’elle est belle, la mascarade.
▬ Je n’ai jamais demandé à ce que ça arrive ! Qu’est-ce qu’il y a de mauvais là-dedans, hein ?! En quoi c’est ma faute ?!
Le poing serré, l’autre main contre le mur, la vision troublée. Pas maintenant. Surtout pas maintenant. Être faible, c’est une chose. Mais il y a quelque chose de pire que ça. Réaliser qu’on est faible. Mais tout ça, tout ça c’est trop fort pour toi. Il y a cette chose au fond de toi qui hurle et qui crie qu’on la laisse sortir, qui frappe, qui fout tes émotions en bordel, les jette à travers la pièce, prise par une folie furieuse, une envie de tout lâcher. Ça, c’est juste là, sous ta poitrine.
▬ Tu…tu dois me détester hein. Les autres aussi, ont…fini par…
Et puis, tu ne peux plus tout retenir. Trop faible, encore. Tu l’entends, là, te susurrer à l’oreille « tu es trop faible, Luca. Tu ne feras jamais rien de bien ». Et dans cette pièce confinée dans tes entrailles, tu sens la chose brûler, s’enflammer, s’attiser, s’éteindre. La pression retombe, et les pleurs commencent. Une larme, puis deux. Tu te mords la lèvre, tu te maudis, mais ça n’y change rien. Les images s'empilent, et tu ne trouves plus qu’une chose à dire.
▬ Pardon. Je suis désolé. S’il te plait…
Sauf que ça n’est pas si simple. |
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Messages: 126 Date d'inscription: 26/07/2011 Age: 15
 | Sujet: Re: L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir - Luca Mar 6 Mar - 22:42 | |
| Il était une fois, Luca, une fille que tu n'as pas connu – une fille qui aurait dû disparaître. Il était une fois, Luca, l'histoire d'un hiver, un hiver noir de haine, et sous ses flocons âcres, qui recouvrait la terre, et qui tuait les rêves au rythme des soupirs. Un hiver absolu et permanent qui régnait sur une âme sans ambition, sans grâce, une âme brute sans grâce qui aurait dû se perdre dans le vent, s'envoler rejoindre des enfers immatérialisés, et tu sais, parfois j'espère qu'il existe encore un enfer pour moi, un purgatoire pour les êtres comme moi, qu'il n'est pas trop tard, que je n'ai pas tout abandonné, à un morceau d'ambition éphémère, et quand je vois mes doigts qui saignent, d'avoir tant voulu s'accrocher à l'idéal je finis enfin par me dire, dans un sanglot glacé, que je regrette. Je regrette infiniment. Je regrette au-delà de l'imaginable, ce que j'ai pu être, pour eux, et au combien j'ai pu être au-delà de toutes les déceptions. Je regrette. En silence. Il y a, Luca, cette histoire que je ne te raconterais pas – cette phrase que je n'ai plus le courage de prononcer, si dérisoire, quand je t'admire, à la lumière crue des hôpitaux, à la lumière de ma cruauté aussi. Cette question dont je ne mérite pas la réponse, et si je la pose, si je me la pose, j'aurais milles mots à te dire, ça s'en ira, ce secret que j'ai gardé pour moi, cette passion écrasée opprimée par le reste, le reste de moi qui se refuse à dire que je ferais n'importe quoi, pour te ressembler, pour un jour déceler dans mes yeux, un morceau de toi – de tout ce que j'aime chez toi. Je ferais n'importe quoi, pour calmer ce feu, cette rage, dans ma poitrine, s'il te plaît, fais moi diluvienne, je veux noyer ce cœur, le court-circuiter encore, un instant, une seconde, me sentir quitter la terre et ses préoccupations, et t'emporter, là où on ne pourra plus te blesser. Il faut juste souffrir une dernière fois. Je te promets, Luca. Plus jamais après moi, je n'autoriserais quelqu'un à t'abattre, et malgré le peu de valeur que l'on peut accorder, à ce serment de Judas, je ne faillirais pas – je vais te tuer correctement, et j'irais sur la stèle de tes faiblesses, je lirais ton épitaphe, du bout des lèvres. Comme une chanson, comme un hommage – avec pudeur, comme une amie que je n'aurais pas été. Mais ce mot me révulse car je sais combien de mensonges il cache. Mais ce mot me désole car j'en connais tant d'autres qui ont crus. Combien en distingues-tu, de ces amis sans nom et sans consistance, de ces entités déshumanisés, ces amis que l'on peut collectionner, à qui on offre des heures qu'ils ne peuvent pas rendre, ces amis qui oublient ? Ces amis, par milliers, faillibles ? Regarde autour de toi. Une seule ennemie à vaincre ; un seul obstacle qui les résume tous. Luca, j’ai un dernier conte à te narrer – et ma voix en tremble, car c’est le récit de ma fin que nous écrivons ensemble, d’une plume tâchée de sang, d’un sang qui tombe en rafales de balles, d’un sang qui me transperce, qui quitte mon corps, Luca, je me sens mourir au fur et à mesure que tes mots m’atteignent, et j’ai cette sensation incroyable, de mourir pour une grande cause ; et je deviens terroriste, j’explose les interdits, ces convenances factices, dans un brouillard de poussières, des poussières de mon esprit, je pars. Je ne suis plus là. C’est l’autre qui a pris ma place.
- Tu vas me dire que c’est le destin, que le futur est dans nos gênes ? Que c’était programmé, que tu vis selon une arithmétique, une vieille équation immuable. Tu vas me dire qu’on meurt parce qu’on est impuissant, face à Dieu, ou face à une autre force, tu vas m’affirmer… qu’on est un insecte… sur une autoroute… à la merci d’une roue qu’on ne peut pas stopper.
Alors je n’ai aucune chance, Luca, si ce n’est pas ma faute, d’y survivre. C’est un diabète et il parait qu’on peut le trainer, jusqu’à l’achèvement de notre existence, que c’est pire qu’une ombre, et même si j’éteins les lumières, même quand je cherche à dormir, à partir de cette réalité qui a des airs de prison à ciel ouvert, que je ferme mes oreilles, aux bruits des rires qui suintent le long des corridors, j’échoue à me détacher de ce corps écorché qui grelotte de peur au fond de son lit. C’est la peur d’une poignée de syllabe qui le paralyse, tu l’as déjà rencontré, cette terreur insurmontable, et pourtant, il faut la surmonter, pour pouvoir sourire encore, à ce monde qu’on est déjà en train d’oublier, dont les contours se perdent dans le flou des médicaments, Luca, il y a tant de choses diluées dans mon insuline, que je n’arrive plus à frôler du doigt, alors je ne peux pas te laisser dire, que le mal est incurable.
- Tu donneras la faute à qui, Luca ? Tu veux la refiler à qui, la faute ? Et ta vie, c’est ta faute ? As-tu jamais fais quelque chose, parce que tu te croyais capable du meilleur ? Tu ne voulais pas. C’est une excuse minable. Il faut vouloir… il faut toujours vouloir, tu m’entends ? Tu vas te faire tuer, déchiqueter, parce que le monde est fait de gens qui désirent sans écouter les doléances des autres. Et ils feront ce qu’ils veulent de toi, ces personnes de détermination… Ils ont déjà commencé. Alors c’est ça ? Tu vas te laisser briser, comme un vulgaire bout de bois. J’aurais espéré que tu valais mieux que ça, que tu… pouvais vaincre ceux-là.
Ce sont toujours ceux-là t’auront en premier, quand ils réaliseront combien tu les surpasse, ceux-là et les sourires enjôleurs, un soir embué de larmes, qui demandent le premier service, qui t’arrachent ta liberté des mains, il n’y en a jamais qu’un, pour demander le pire, pour que tu le prononces, ce oui. Oui je t’obéirais. Oui je serais ton jouet, à la merci de tes caprices. Oui je serais à toi, parce que je n’ai pas su, m’appartenir pleinement. C’est oui comme un requiem. Un oui que j’ai offert en une heure qui me semble si loin désormais. Oh Piotr, Piotr, quand je te vois, au fond de ma mémoire, c’est comme du poison, de la buée dans mes prunelles dorées illusionnées, Piotr, quand tu m’assènes les conséquences de mon erreur, c’est une chanson, c’est une ritournelle, c’est des anges, dans un ciel rose, c’est mièvre, sors de là, arrête de me retourner les tripes, je vais vomir, je suis folle, tu sais, tu l’as toujours su que j’avais ça en moi, cette démence, les syndromes étaient là, cet égoïsme d’une intensité rare, cette ingratitude, condition sine qua none de cette personnalité si creuse. Mais alors c’était inoffensif – et pourtant, il suffit d’aimer la plus mal-aimable des gamines pour réveiller le monstre. Luca. Luca, je t’interdis de me ressembler, je t’interdis, d’être le loup. Les cris des agonisants sont une torture qui dépasse l’entendement, sans mentionner ce déchirement, quand perce la larme, quand un vestige, de nos anciens réflexes, nous poussent à essuyer ces visages. Je n’arrive pas à me retenir, de me retrouver à ton niveau, de baisser ma garde. J’attrape ton poignet, je serre, avec la force qui me reste.
- Je vaux mieux que ça. Je vaux mieux que ceux qui se contentent de détester. Et cela me déçois que tu ne vois pas plus que de la haine quand tu me regardes. Il y a aussi du mépris.
Je suis encore capable, de me surprendre moi-même. Quel droit ai-je de mépriser ? Quel droit ai-je de me relever et de te toiser du haut d’une infériorité qui saute pourtant aux yeux… quel droits Luca, tu pourrais m’accorder ? Celui de crever, sous tes coups, le droit de disparaitre en silence ? Dis. Est-ce que je vaux si peu… pourquoi que tu arrives à croire mes mensonges, est-ce que je suis si basse, en sentiments aussi ?
- Je ne te lâcherais pas. Je suis là Luca. Si ta conscience se barre, moi je suis là. Pas pour faire le procès de ton passé, tu pourrais pas te défendre, même si ça me dégoute, oui, ces années perdues pour ne pas vexer le monde, je suis juste là pour te prévenir. Qu’il ne faut pas croire les livres comme un enfant naïf, et qu’il ne faut pas non plus rester calme, toujours calme. Je ne sais pas si tu vas me comprendre, et je ne sais pas, si tu es capable d’arrêter de chouiner et d’avoir un peu de courage. Ou si n’importe qui peut venir et te briser le poignet sans que tu ne daignes réagir.
Je ne dois pas sourire, surtout pas – il faut un choc violent pour causer une fracture du poignet, une force que je n’ai pas. Seulement j’ai besoin, de le menacer, de le ramener avec moi, Luca, tu es capable de me battre. Mais cela ne veut pas dire, que je ne me défendrais pas. |
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Messages: 340 Date d'inscription: 17/07/2011 Age: 17
 | Sujet: Re: L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir - Luca Mar 1 Mai - 23:29 | |
| You put my back against the wall, watching, waiting You never thought I'd go this far, beneath your skin. Ça faisait mal. Ça faisait vraiment mal. Pas seulement l’étau autour de ta main, non. Simplement le poids des mots sur ta conscience. Rien que ça, c’était suffisant, suffisant pour te démolir, pour ruiner tes espoirs, à faire fuir tes rêves, les faire s’envoler à tire-d’aile, oiseaux aux plumes teintées de rouge et de blanc. Le destin est une chose vile. Le destin a toutes les cartes en main. Depuis toujours tu as cru qu’il était imbattable, absolu, un fil tendu au-dessus du vide, seul moyen d’avancer dans la vie, de ne pas mourir. La vie est injuste, mais à cause de cette fatalité, tu t’étais résigné à accepter tout ce qui venait à toi, à ne pas te battre – tu avais complètement arrêté de te révolter, il y a de cela cinq ans. Quand ta vie s’était stoppée. Alors pourquoi te disait-elle ça ? Le sort pouvait vraiment être changé ? Impossible. Pas après tant d’années foutues en l’air, gâchées comme ça, aussi bêtement. Tu refusais cette possibilité. Et pourtant elle venait de te la coller à la figure, sans aucun remords. Par ses simples mots elle détruisait tes vérités, tes certitudes, pour mieux les piétiner. Pour mieux les remplacer par des fragments de terreur invincible, les fragments d’une existence que tu avais depuis longtemps abandonnée. Persistait-il encore quelque chose derrière ce mur immense, à travers lequel tout est sombre ?
▬ Jamais rien n’a changé pour moi. Alors je ne vois pas pourquoi...pourquoi ça ne serait pas le destin.
Sois franc avec toi-même, Luca. Tu avais toujours haï ce mot. Depuis l’accident, tout du moins. On t’avait toujours répété que c’était triste, comme évènement. Tes grands-parents étaient dévastés, eux aussi, mais leur foi avait fini par les aveugler. Pour eux, c’était juste quelque chose d’inévitable, un simple aléa de la vie. Ils avaient déjà renoncé à vivre pleinement, comme tu l’avais fait, aussi. T’abandonner complètement. Rien n’avait plus d’importance pour toi. Mais cette fois-ci, les choses étaient légèrement différentes. Des croyances, tu en avais – peu, faibles, mais elles étaient importantes, bien plus importantes que tout ce qu’on t’avait appris étant enfant. Parce qu’il y avait des gens, ces gens qui avaient ranimé ne serait-ce qu’une légère flamme de volonté en toi. Tu n’avais pas réellement changé, mais il y avait quelque chose…de tangible, au fond de ton cœur. De la vie, peut-être. Tu ne savais pas. Tu ne la voulais pas. Tu ne l’avais jamais demandée, tout comme tu avais cessé de réclamer quoique ce soit, et pourtant elle était là. Inévitable. Tu n’avais jamais voulu, et c’est ça qui t’avait anéanti. Tu n’y voyais rien de mal, pourtant. A vouloir, on perdait tellement. A vouloir, on détruisait les autres. Vouloir était inutile, à tes yeux, et c’est pour cela que ton monde a graduellement perdu en couleurs. Un monde fugace, éphémère, comme une sonate jouée un soir et dont les notes se perdent dans la nuit. Un monde dédié aux autres, parce que tu n’y avais pas ta place. Et pourtant, tu savais qu’elle avait raison. Utilisé, jeté, ça t’était déjà arrivé. Tué, déchiqueté, tu l’avais déjà été, un nombre incalculable de fois. Et pourtant tu te relevais, impassible, comme si cela n’avait été qu’un mauvais rêve. Et tu te perdais encore dans l’ignorance, sans que cela te touche. C’était triste, au fond. Mais c’était ta façon de voir les choses, et personne n’y changerait jamais rien. Parce qu’il n’y a que ça que tu mérites.
Elle était encore là, étreignant ton poignet. Elle était encore là, à te toiser. Ses mots frappent, inlassablement, percent et transpercent. Ça brûlait, au fond. Un soupçon de rage et de rancœur, encore trop frémissant pour être réel. Ses paroles étaient un brouillard dans lequel tu t’étais égaré, un brouillard d’incertitude et d’instabilité. Du mépris. Du mépris et de la haine. C’était tout ce qu’elle voyait en toi. Tu aurais aimé lui rendre la pareille, mais tu en étais incapable. Parce que tu savais, au fond, qu’elle ne pouvait pas être comme ça. C’était une naïveté un peu trop cruelle pour toi. Tu étais le plus faible des deux, tu le savais, et en ceci, tu ne pouvais pas…non, ça ne t’avait jamais traversé l’esprit de renverser l’échiquier. C’était la façon dont étaient faites les choses. Une providence en papier mâché. Dans un univers comme celui-ci, tes pleurs et tes larmes étaient tout ce qu’il te restait. Parce que tu avais peur que rien ne puisse te sauver à part ceci. Croire, c’était trop dur, trop loin, trop haut pour toi. Tu étais un monstre d’égoïsme, quelque part. A ne pas vouloir blesser, à ne pas vouloir être blessé. Ta propre distance par rapport aux autres t’avait isolé – tu t’étais isolé, seul comme un grand, instinctivement. Mais ça encore, tu ne l’avais jamais remarqué, jusqu’à maintenant. C’est pour des raisons comme celle-ci que ton destin, tu ne l’avais jamais renié, que tu t’étais martelé l’esprit avec des contes, des fables, des histoires, belles, trop belles pour être réelles. Que tu avais rêvé de vivre ailleurs, loin de ce monde trop froid, où tu n’avais jamais eu espoir de trouver la moindre chaleur. Tu ne savais plus qui croire, et tu avais peur, peur de perdre les rares choses que tu arrivais à tenir dans tes mains fragiles, ces choses qui semblaient vouloir s’échapper à chaque faux pas. Alors tu restais immobile, pour les préserver. Tu frissonnes et les idées se bousculent dans ta tête, résonnant, hurlantes, vociférant, se contredisant à l’extrême. Tu voudrais te couvrir les oreilles, pour ne plus rien entendre, et t’échapper à nouveau. Sauf que tu ne peux plus. Pas tant qu’elle est là. Ça fait mal. Trop mal. Beaucoup trop mal. Les mots. Ton bras. Arrête. Arrête de dire ça. Ton monde s’effondre et tu ne sais plus où aller.
Par réflexe, tu fais un simple pas en avant, sans trop savoir pourquoi. Inconsciemment, tu te retrouves derrière elle, ton bras toujours fermement maintenu. Une suite de mouvements confus et hésitants la plaque contre le mur. L’échiquier est retourné. Tu te surprends toi-même, à avoir osé faire une telle chose, tellement que tu voudrais t’excuser immédiatement, mais ton esprit est trop secoué pour ça. Sa main encore libre sur son épaule, l’autre encore dans l’étreinte, tu respires, halètes, perplexe, à bout de forces. C’est incroyable comme de simples mots arrivent à te mettre dans un tel état, et qu’est-ce que tu ne ferais pas pour fuir la vérité. Tu l’observes, elle et ses yeux ambrés, dans lesquels tu perçois le reflet d’un pauvre gosse tremblant, les larmes aux yeux, impuissant. C’est toi. Comme elle doit être en train de rire, te voyant ainsi. Le fait qu’elle soit plus grande que toi n’aide pas vraiment, d’ailleurs. Baissant suffisamment la tête pour que tes cheveux cachent tes yeux, tu serres les dents.
▬ Arrête… arrête de dire ça. Tu ne sais rien. Tu ne peux pas savoir ce que ça fait. Pourquoi est-ce que tu...
Les seules pistes que tu avais disparaissent, s’effondrent.
▬ On...non. Je ne peux rien y changer...
La vérité, c’est que je me déteste. |
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