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| | Les nuages sont toujours plus blancs dans le ciel d'à côté - Madeline ♥ | |
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Messages: 58 Date d'inscription: 17/05/2011 Age: 22
 | Sujet: Les nuages sont toujours plus blancs dans le ciel d'à côté - Madeline ♥ Jeu 1 Sep - 17:37 | |
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Il y avait pleins de choses que Luka ne comprenait pas. Pourquoi les gens sortaient-ils quand il faisait beau ? Ça n’avait rien d’exceptionnel, le soleil. C’était comme le journal télévisé ou Friends. Ça revenait tout le temps. Mais dès qu’apparaissait un rayon, hop c’était la fête. Les élèves sortaient dès la fin des cours pour squatter un banc, une chaise, un arbre ou dans l’herbe, et ceux qui restaient enfermés étaient en général des Psychiques qui faisaient des heures supplémentaires à la bibliothèque, ou des Physiques en heure de colle. Il y avait un groupe de Spéciaux qui avait improvisé une partie de carte dans l’herbe, et deux Élémentaires qui discutaient près de la fontaine. Pour peu que l’on reste lire ou jouer à la GameBoy à l’intérieur, on vous regardait comme un extraterrestre. On vous demandait pourquoi vous ne sortiez pas, comme si c’était bizarre. Ce qui était bizarre, c’était de sortir. Les hommes étaient fait pour vivre, manger, dormir et travailler à l’intérieur. Sans quoi, on dormirait tous à la belle étoile, dans la forêt, comme les animaux. Et on mangerait de l’herbe. Luka les trouvait hypocrites, ces gens qui disaient aimer la nature. Si tu aimes la nature, va donc vivre dans la forêt. Si tu veux protéger la nature, arrête donc de vivre dans un building qu’on a construit en détruisant la nature. Si tu veux vraiment être écolo, va donc construire une cabane en bois. Et même comme ça, tu tueras des arbres. Hypocrite. *Menteur.* Luka n’était pas de très bonne humeur. Cela faisait trois jours qu’il faisait grand beau. Le premier jour, il avait croisé Verdun et sa bonne humeur l’avait contaminé. Le deuxième jour, il avait croisé Peter et le fuir avait été sa seule priorité. Mais aujourd’hui, il n’avait croisé personne. Alors il pouvait râler en silence contre tous les autres. « Oh oh, regardez-moi, comme j’aime m’allonger dans l’herbe ! » Tu n’aimerais pas si elle était trempée. Hypocrite. Menteur. C’était bien joli de dire qu’on aimait la nature quand il faisait beau et chaud, mais pour courir s’abriter en râlant dès la première goutte de pluie, il fallait être de sacrés hypocrites. Quand on est en hiver, ça râle parce qu'il fait froid, et puis deux jours après ça râle parce que ça n'aura pas de neige pour Noël. De toute façon c'est bien connu : on souhaite toujours ce que l'on a pas. Et quand on l'a, on râle. C'était quoi déjà, cette expression ? L'herbe est toujours plus verte dans le jardin d'à côté ? Oui, voilà. Et quand tu devras mettre des engrais et du pesticide dans ton herbe pour qu'elle reste plus belle et plus verte que celle du voisin, tu râleras parce que c'est trop de travail. (Et alors avec un peu de chance, tu l'extermineras.) Enfin bref. On n'est jamais satisfait, surtout en ce qui concerne la nature. L'herbe, c'est comme le ciel. Quand le ciel est gris on râle, mais le ciel est toujours plus bleu dans le... non, les nuages sont toujours plus blancs dans le ciel d'à côté. Quelque chose comme ça. Y'a pas de logique. Les gens font croire qu'ils sont joyeux parce que y'a un peu de soleil, parce que le ciel est un peu plus bleu, les nuages un peu plus blancs qu'avant, mais en fait ils sont jamais contents. C'est tout. C’est pour ça que Luka n’aimait pas les gens. Tous hypocrites. Tous menteurs. Et tous des voleurs.
La mauvaise humeur de Luka ne tenait pas à grand-chose, en réalité. Comme on lui avait assuré que c’était « trop cool et trop chouette » de faire la sieste dans l’herbe, il avait essayé. Juste pour voir, juste une fois. Et quand il s’était réveillé, Casper avait disparu. Trahison. Abomination.
Ah non, il était posé là, dans l’herbe.
…
Bon, Luka n’avait pas hésité un instant avant de crier au vol, mais à force de voir le mal partout, forcément… Ceux qui lui avaient conseillé de piquer un petit somme avaient du lui prendre Casper pour rigoler, et puis le balancer là, derrière le buisson. Luka était soulagé. Ça faisait déjà rire ses camarades de classe dans son ancienne école pour détenteurs, en Finlande. Pas étonnant qu’ici aussi, on trouve bizarre qu’il se balade avec une peluche. Peut-être bien qu’ils croyaient que c’était un truc vaudou. Comme ce garçon des Spéciaux, c’était quoi son nom déjà ? C’était le frère de la gamine qui accourait dans sa direction. Luka se figea, parce qu’en fait elle ne courrait pas vraiment vers lui, mais vers Casper. Argh. L’équation petite fille + peluchequin’enétaitpasunemaisunemarionnette aurait sa peau. Combien de fois s'était-il retrouvé assailli par une petite cousine ou une gamine random qui lui demandait si elle pouvait jouer avec sa peluchequin’enétaitpasune ? C’était pour cela qu’il détestait les places de jeux. C’était pour cela qu’il se sentait plus en sécurité à l’intérieur. Il regarda Madeline s’approcher en sautillant, toujours très énergique comme à son habitude. Il avait l’habitude de l’observer, comme tous ces gens qui lui paraissaient extraordinaires. Hum, quoi ? Comment ça, je disais il y a pas deux minutes qu’il détestait les gens ? Ah ben oui. Mais il les aimait aussi. Cherchez l’erreur. Madeline donc lui apparaissait comme une gamine très enjouée, très souriante, très entrainante et donc forcément très effrayante. Il n’osait pas l’approcher de peur de. Bah. De peur quoi. Ou plutôt par timidité, même s’il était conscient qu’elle pouvait le tuer d’un instant à l’autre, en utilisant son pouvoir et en… bref. Il n’osait pas lui dire que la « peluche » était à lui. Il n’aimait pas parler sans Casper – si on peut appeler cela parler – aussi devait-il trouver une autre façon de lui faire comprendre que cette marionnette lui appartenait.
C’est comme ça qu’il se retrouva à fixer Madeline, les bras ballants et l’air un peu perdu (ou un peu bête), en se disant qu’il y avait décidément des choses qu’il ne comprenait pas. Par exemple : Pourquoi les gens sortaient-ils quand il faisait beau ? Ou, plus urgent : Comment pouvait-on avoir autant d’énergie en étant une si petite fille ?
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Messages: 46 Date d'inscription: 21/03/2011 Age: 19
 | Sujet: Re: Les nuages sont toujours plus blancs dans le ciel d'à côté - Madeline ♥ Sam 3 Sep - 16:19 | |
| Il faisait beau. Enfin. Il avait plut, sans cesse, durant des journées entières, obligeant la petite fille à rester enfermée. Pas que ça lui déplaisait, mais les gens avaient fini par se fatiguer de la voir sauter partout. Bah oui, fallait bien qu’elle se défoule, surtout que Salem lui avait interdit de sortir quand il pleuvait, alors elle avait passé son temps à courir partout. Au plafond, sur les murs, se balançant sur les lustres, bondissant sur les gens, leur grimpant sur le dos, virevoltant partout comme une tornade. Mais son sourire n’était pas contagieux, sa joie n’était pas partagée, on l’envoyait valser, on soupirait de désespoir, on la repoussait avec plus ou moins de violence, ou on faisait mine de l’ignorer. La petite n’avait cependant pas baissé les bras, elle s’accrochait, désespérément, espérant qu’on lui adresse un sourire, un geste, qu’on fasse l’effort de lui accorder ne serait ce que quelques minutes. Elle voulait juste qu’on fasse attention à elle, elle voulait juste trouver quelqu’un pour jouer… Et elle l’avait trouvé. Luka l’avait peut être oublié, après tout, elle n’était passée que quelques minutes. Quelques minutes ou elle s’était assise à côté de lui et regardé la télé quelques secondes. Avant de se mettre à sauter sur le canapé en riant, manquant de s’envoler, Luka devant la rattraper par la cheville pour ne pas qu’elle s’éclate la gueule contre le plafond. Elle avait aussitôt reposé pied à terre, avait enlacé ses jambes et s’était déjà enfuie précipitamment, vivement, sans se retourner. Du rouge aux joues, ses yeux brillant de bonheur, un sourire éclairant son visage. Le tout devait avoir duré seulement quelques minutes. Quelques minutes où on avait fait attention à elle. Aucune parole n’avait été échangée, il n’y avait eu que quelques gestes, mais cela avait suffit à combler la fillette. Il avait reboosté ses batteries, au grand malheur de bien des habitants d’Aisling… Le soir, Kyle avait du aller la repêcher en haut d’un lustre et il y avait failli y avoir un conflit de troisième guerre mondiale, Salem ayant cru que Kyle voulait persécuter sa petite sœur. Madeline avait évité ce conflit en voulant bondir par la fenêtre, les deux garçons oubliant leur colère pour la rattraper par les chevilles. Oui, Madeline ne tient pas en place. Salem l’avait grondée, elle avait alors adopté un air faussement désolé avant d’aller se blottir dans ses bras et s’y endormir. Quand elle avait ouvert les yeux ce matin, dans le lit de son frère, elle s’était redressée sur les coudes en se frottant les yeux. Elle avait emmerdé un peu Ange en allant lui grimper dessus de bon matin, allant embrasser ses cheveux avant de s’enfuir de la chambre, à la recherche de Salem. Mais pas de trace de son frère ainé. La pile électrique avait jailli dans la cuisine, s’emparant d’un biscuit qui trainait, avant de se faire tirer les oreilles par Dan. Il l’avait finalement libérée après lui avoir refilé quelques gâteaux, la repoussant doucement dans le couloir. Après un câlin fait à Katharina, la petite fille avait repris sa course éperdue. Il faisait beau, enfin ! Oui, vous l’aurez compris, Madeline voit tout en rose et en bleu, Madeline aime tout le monde, Madeline ne tient pas en place, jamais. Remplie d’une vie, d’une joie incontrôlables, qui la poussent d’ailleurs à être aussi casse cou qu’Ange. Sauf qu’elle n’a pas la prudence pour mesurer les risques de ses actes. Ce doit être à force de côtoyer Salem, elle en vient à oublier tous les dangers. La gamine bondit dehors comme un avion de chasse, riant sans raison, écartant les bras alors qu’elle dévalait les escaliers, comme si elle souhaitait enlacer le soleil. Ses rayons caressèrent sa peau blanche, la brise encore humide la fit éternuer et éclater de rire alors qu’elle improvisa une danse devant l’Académie. Puis elle se figea, s’étira, prit un biscuit qu’elle croqua, laissant à ses grands yeux bruns regarder longuement autour d’elle, savourant le paysage qui s’étalait devant ses prunelles affamées de nouvelles découvertes. Elle avait cette sensation folle de revivre à chaque seconde, de redécouvrir un monde pourtant connu, à chaque nouvelle inspiration. Madeline prit le temps de savourer les fragrances de l’air, frissonnant à cause de l’humidité, cherchant un ami avec qui discuter. Elle bondit sur Adrien qui lui servit de monture sur quelques mètres avant de s’écarter de lui dans un signe de la main. Elle alla retrouver Pearl qu’elle enlaça sagement, allant mettre finalement ses pieds dans le lac. Ses ballerines encore en mains, elle s’élança de nouveau, au hasard. Qu’Est-ce qu’elle était fatigante, Madeline. Pourtant elle n’arrivait pas elle-même à s’épuiser. Son énergie était telle que malgré toute sa volonté, elle ne pouvait pas rester en place, sans que cela ne devienne presque douloureux. Elle cligna des yeux à la vue du corps étendu sur l’herbe. Elle cilla et accéléra aussitôt sa course, voulant se jeter sur la personne endormie. Elle reconnut une peluche. Casper. Ses yeux s’écarquillèrent et s’emplirent de milles étoiles. La gamine abandonna ses chaussures au sol et se lança sur Luka dans un rire heureux, le prenant dans ses bras, allongée tranquillement sur le ventre du jeune homme. Oui, Madeline n’a aucune gêne envers les gens qu’elle aime. Elle adore les câliner, les entourer de tendresse et de toute son affection. Mais déjà, elle se redressait sur les coudes, prenant Casper sagement dans ses mains pour embrasser le front de la peluche, qu’elle reposa dans le creux du cou de Luka. Puis elle se redressa et se mit à sautiller en tournoyant joyeusement. « Tu fais quoi Luka? Tu dormais? Mais l’herbe est toute mouillée! T’as pas froid? Il va bien Casper? » Ayé, la machine était lancée, le déluge de questions commençait. Elle s’arrêta de tourner, tituba et retomba sur les fesses dans un rire amusé. Elle se redressa et offrit un grand sourire à Luka, ses yeux noisettes brillant autant que les herbes tâchées d’humidité. Mais les yeux de Madeline étaient absents de larmes. Elle n’avait jamais pleuré. Du moins, pas tant qu’on la regardait. Affichant à tous et à toutes ce sublime sourire qui ne quittait jamais ses lèvres. Au point où certains se demandaient si Salem n’avait pas fait une poupée vaudou de sa sœur qu’il aurait martyrisé pour la faire sourire constamment. Elle se releva, frissonnant en s’enlaçant. Madeline portait une simple robe jaune toute déchirée qui finissait en lambeaux à ses genoux. Ses jambes étaient couvertes d’écorchures. Ses courts cheveux bruns, très mal coiffés, étaient plein de nœuds, de feuilles, des barrettes emmêlées dans ses mèches sauvages donnaient quelques touches de couleur à sa crinière. Elle s’amusa à sauter par-dessus les jambes de Luka, comme un petit cabri. « J’adore quand il fait beau, pas toi? On peut jouer dehors! Mais dedans c’est bien aussi! On a juste moins de place pour bouger… Tu sais quoi? J’ai vu un clip y’a pas longtemps, enfin je l’ai regardé en plusieurs fois, mais en fait on voit des chiens qui sauvent des gens, c’est super non ? Casper aussi il sauve les gens? » Elle se tourna vers lui, écartant les bras. « Il en a sauvé combien, dis, dis? Il leur fait des câlins? » Elle lui retomba dessus sur ses paroles pour l’enlacer. « Câlin du matin! » Madeline c’est une balle de tendresse. Une balle rebondissante qu’on ne peut pas retenir. Elle sourit en se rasseyant sur le torse de Luka, le dévisageant longuement, s’amusant à glisser ses petites mains dans ses mèches sombres. « Tout doux » fit elle, heureuse, allant déposer un baiser sur le front de Luka avant de faire un autre bisou à Casper, « Pour pas qu’il soit jaloux! » S’expliqua-t-elle en se redressant. « Tu faisais quoi? Tu rêvais? De quoi? » reprit elle, mettant ses mains derrière son dos en s’amusant à marcher un pied sur l’autre. |
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Messages: 58 Date d'inscription: 17/05/2011 Age: 22
 | Sujet: Re: Les nuages sont toujours plus blancs dans le ciel d'à côté - Madeline ♥ Sam 1 Oct - 15:45 | |
| Luka étant le benjamin de la famille, il n’avait jamais eu la responsabilité de plus jeunes que lui. En règle générale, les enfants le mettaient mal à l’aise. Son instinct lui disaient qu’ils étaient bruyants, imprévisibles, dangereux, mais ses yeux lui montraient souvent le contraire, et il se demandait souvent si cette innocence était feinte ou pas. Mais Luka lui-même faisait souvent preuve d’innocence, ou plutôt de bête naïveté, et il était bien placé pour savoir que ce n’était pas toujours sincère. Quand il s’en rendait compte bien sûr, parce qu’il agissait souvent sans comprendre ce qu’il faisait. Il vivait dans sa petite bulle, à la frontière de deux mondes ; dans le premier, on tentait de le tuer et dans le second, ces mêmes gens le fascinaient assez pour tenter une approche. Les habitants des deux mondes étaient les mêmes, mais c’était comme s’ils n’avaient pas la même personnalité, pas la même aura. D’un côté ils faisaient fuir Luka et de l’autre ils l’attiraient irrémédiablement, et franchement c’était pas normal. Ils étaient bizarres, se disait Luka. Y’avait un truc. Il ne comprenait pas quoi, mais c’était louche. (Le plus louche dans l’histoire, c’était lui bien sûr.) Madeline évidemment faisait partie des deux catégories, à la fois effrayante, comme tous les autres, et pourtant elle lui faisait presque regretter de n’avoir jamais eu de petit frère ou de petite sœur. Peut-être aurait-il su alors comment se comporter avec plus jeune que soi. D’abord effrayé par l’étreinte de Maddy, il resta parfaitement immobile. Il n’aurait pas eu de réaction différente s’il avait croisé un ours. *Faire le mort.* Ouiii c’est bien Luka, sauf que Madeline n’est pas un ours. Ou alors un gentil nounours, en peluche. En parlant de peluche (« non mais c’est une marionette, je vous dis ! ») elle demandait des nouvelles de Casper et ça, c’était la formule magique piur détendre instantanément Luka. Beaucoup de gens les regardaient bizarrement, sa « peluche » et lui (« c’est une marionnette, j’ai dis ! »), préférant ignorer la chose plutôt que de s’adresser directement à elle. Et pourtant, c’était exactement ce à quoi s’attendait Luka. Dans sa tête, c’était logique. Casper était une entité à part entière, qui méritait de ce fait la même attention que lui. Il sourit donc à la question de Maddy et leva la main pour faire parler la marionnette. « Il va bien, merci. »Même s’il distinguait Casper de sa personne, Luka le faisait rarement « parler » pour lui-même. Casper parlait à sa place, avec sa propre voix. C’était sa voix et ça ne l’était pas. Comment dire ? Luka disait des choses à travers la voix de Casper mais rarement en prenant son point de vue. Parce que généralement, ils avaient le même. Si on s’adressait directement à Casper par contre, c’était différent. Il faillit ajouter « et toi ? » mais il était clair que Madeline était en grande forme. Non ? « On m’a dit que c’était drôle de dormir dans l’herbe quand il faisait beau. »Mais moi, j’aime pas ça. Il n’ajouta rien. Bizarrement il n’avait pas envie de briser la bonne humeur de la gamine, même s’il ignorait comment elle le prendrait. Luka n’était pas très empathique. Mais il savait que contredire les gens leur faisait du mal. Et puis, il était rassuré d'avoir retrouvé Casper. Sa mauvaise humeur s'était envolée. Madeline était comme Verdun, tous deux ils avaient ce pouvoir étrange. Il forçait les gens à être heureux, comme eux. D'autres auraient peut-être eu envie de les baffer, mais Luka trouvait au contraire, on ne pouvait que répondre à leur sourire. Parfois, Luka aurait bien aimé être comme eux, pouvoir rendre les gens joyeux d'un simple geste, les voir sourire, les voir rire, et se dire que c'était un peu grâce à lui. Luka tendit les bras derrière lui et s'appuya en arrière, tandis que Madeline sautillait par-dessus lui. Il constata que sa robe tait en lambeau, que sa coiffure était détruite et que des brindilles parsemaient ses cheveux, et réalisa qu'elle devait passer beaucoup de temps dehors. C'était le moment... Mais il la voyait toujours un peu partout, alors difficile de faire la différence. « J’adore quand il fait beau, pas toi ? On peut jouer dehors ! Mais dedans c’est bien aussi ! On a juste moins de place pour bouger... Tu sais quoi ? J’ai vu un clip y’a pas longtemps, enfin je l’ai regardé en plusieurs fois, mais en fait on voit des chiens qui sauvent des gens, c’est super non ? Casper aussi il sauve les gens ? » Elle écarta les bras. « Il en a sauvé combien, dis, dis ? Il leur fait des câlins ? »Casper lui avait sauvé la vie. Et il continuait de le faire. C’était la raison pour laquelle Luka était perturbé par sa disparition, de même qu’il voyait d’un œil inquiet qu’un autre que lui le touche. Madeline, c’était un peu différent. Il y avait cette excuse qu’ont tous les enfants, l’innocence. Grâce à cela, Luka pouvait encore faire semblant d’ignorer que Madeline était comme les autres, dangereuse. Mais avant même de le laisser répondre, elle se jeta sur lui dans un gros câlin digne d'un bisounours, ou d'un Télétubbies. Mais nous préférons comparer Maddy à un Bisounours car Luka détestait les Télétubbies. Vous saviez que « tub » voulait dire baignoire ? et les baignoires, c'est très dangereux. On peut se noyer ou s'y électrocuter avec un sèche-cheveux. Ça, plus le fait que les quatre petites bêtes étaient vraiment horripilantes. « Câlin du matin! »Soyons honnêtes, Luka avait flippé quand Maddy s'était jetée sur lui. Il avait eu un petit sursaut, avant de se laisser faire. Après tout, Madeline ne représentait aucune menace directe. Elle était gentille et... son pouvoir n'avait rien de dangereux. Il tressaillit quand elle passa une main dans ses cheveux, mais pas par peur, cette fois. Ce n'était pas un geste dont il avait l'habitude, pas depuis longtemps. Il pensa immédiatement à sa mère et sourit. Maddy se pencha et l'embrassa sur le front, avant de faire de même sur Casper. Luka leva la marionnette et toucha la joue de la gamine. Ouais, Casper était multifonction. Il parlait, faisait des bisous, et des câlins aussi, quand on était gentil avec lui. « Tu fais quoi ? Tu rêvais ? De quoi ? »« Je sais pas, je me rappelle jamais de mes rêves. »Luka avait entendu dire que tout le monde rêvait, chaque nuit. Il se demandait si c'était vrai pour tout le monde, et si oui, pourquoi on s'en rappelait parfois, et parfois pas. Il se redressa sur un bras et demanda : « Et toi ? Tu rêves de quoi ? »Toujours par l'intermédiaire de Casper, bien sûr. Mais la réponse intéressait Luka, il se demandait de quoi pouvait rêver une enfant comme Madeline, toujours joyeuse, toujours souriante. Des poneys qui mangeaient des papillons et faisaient des cacas arc-en-ciel, peut-être ? Il sourit, regarda Casper et ajouta : « Je crois qu'il rêve à ce qu'il fera plus tard. Qu'est-ce que tu veux faire plus tard, Maddy ? »Epouser Salem. Devenir Ministre des enfants. Instaurer la journée du rire. Édicter une loi qui obligerait les gens à sourire au moins une fois par jour. Partir élever des poneys arc-en-ciel. Franchement, ça faisait rêver. Pour un peu, Luka l’aurait suivi. (Sauf pour épouser Salem bien sûr, ça elle pouvait le faire toute seule.) Lui-même ne savait pas tellement ce qu’il ferait plus tard. Éleveur de papillons, peut-être ? Comme ça les poneys de Maddy auraient de quoi se nourrir. |
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