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 Tes pas ne laissent plus de traces à côté des miens • John

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Don't push me and I won't push you.
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MessageSujet: Tes pas ne laissent plus de traces à côté des miens • John   Ven 24 Sep - 0:14




I am a dreamer but when I wake,
You can't break my spirit, it's my dreams you take.
And as you move on, remember me.



_____Tu n'as pas pu te réveiller à ses côtés vides pour sentir qu'elle n'était plus là.

Que ce genre de petites choses éphémères finissent par s'envoler, éparpillées, jamais tu ne te l'étais assez répété, autant que tu te le cachais, et pourtant, tu n'y croyais toujours pas. Aussi horrible ce soit, tu aurais voulu te réveiller comme tous ces autres dans un lit vide et froid, mais tu as passé la nuit de ton côté, incapable de faire autrement de toutes façons. Triste histoire de ta vie. Elle est bien partie et c'est pour ça. Et puis soudainement tout se glace, quelque chose en toi qui n'a jamais pu vraiment se délivrer retourne se cristalliser un peu plus encore, et le temps lui-même se glace avec. Il est déjà quatorze heures et tu n'es pas allé en cours.

Quand il passe la porte de la salle des saisons, c'est une étendue de neige, comme un champ dans les fins fonds des plaines de Norvège dont elle lui a parlé, qui l'attend et il soupire un léger nuage lourd d'affliction.
Yuui est partie, et a emporté tout son monde à sa suite. Le jour décline. C'est le rapt de Perséphone jusqu'aux enfers. Elle faiblit, tombe, meurt un peu, et tout dépérit avec elle. Le printemps et l'été dans la chaleur réconfortante de ses bras laissent place à l'automne et ses sentiments longs, sanglotants et affligés, et la page blanche de l'hiver. Tout se tord dans le froid, à l'image de son propre esprit à elle qui grelottait dans un coin de sa tête sans que jamais les étreintes de son adolescent d'amant et ses deux seuls bras n'aient pu la réchauffer.
Tout cet endroit est aussi froid que le cœur de Yuui. Les branches de ces arbres là-bas, aussi froids, cassants et fragiles que son corps absent. Elle lui est partout.

Il serait bien descendu jusqu'à ces enfers, jusqu'aux recoins sybillins de son âme, mais elle ne l'aurait jamais laissé faire. Ronald n'avait eu que de choix que de la laisser partir, sans en savoir un mot, en espérant qu'elle le lui reviendrait à la belle saison, comme ses oiseaux effrayés du danger du froid reviennent quand tout se calme.
Tout en sachant qu'elle ne reviendra pas.

Où est-elle allée, il n'en sait rien. Où qu'elle soit, il la sait pourtant recluse dans quelques aires inférieures dans lesquelles elle se dissimule, se perdant peu à peu, et ses terres inconnues, ses lieux de errance sont à des lieues de lui et son spleen juvénile. Tu ne l'as jamais comprise, et elle est partie rejoindre ces incertitudes qui la happent et l'arrachent à tes bras, rendant encore plus futiles tes mots qu'elle écoutait déjà absente. Il n'y avait aucun moyen d'accrocher cette âme-là, et maintenant tu donnerais la tienne, la damnerait pour aller la retrouver où qu'elle puisse être. Elle et ton printemps.
Tu te demandes si l'envie de pleurer ne peut pas venir bêtement de te prendre, pour voir si ces petites trainées de sentiments ne pourraient pas se figer dans ce froid meurtrier. Tu finiras bien par pleurer de toutes façons, quand on y réfléchit, il n'y a aucune raison de ne pas le faire.

Tu te demandes si là où elle est, elle est aussi en train de pleurer.

Il se sentait lyrique, poète maudit, il se sentait Orphée, et son pêché d'avoir aimé, empli de désespoir et de fureur face au destin qui avait ravi sa belle, trop tôt, bien trop tôt, malgré les avertissements que le destin a déjà placé sur son chemin, comme les marques des roues de son fauteuil sur la neige.
Ses pas ont arrêté de laisser des traces à côté des siens. Depuis peut-être bien plus longtemps. Peut-être que jusqu'ici, tant que sa main logeait toujours dans la sienne, il n'avait pas vu l'intérêt de se retourner pour les contempler. Il ne voyait jamais l'intérêt de regarder en arrière tant qu'il avait la norvégienne à réchauffer.

La rage au cœur, au ventre, les entrailles glacées, les yeux embrumés, des cils sur lesquels s'immobilisent déjà les quelques perles pathétiques de la personne inutile et impuissante qu'il se sent être. Il tousse, s'époumone, sa trachée gèle dans le froid de Décembre. Cela n'a rien d'un de ces pleurs langoureux, ces pleurs là n'ont pas leur places, ne survivent pas dans un environnement si hostile - tout comme il se doute que ce dernier finira par l'engloutir à son tour. C'est un assaut de colère, de déchirement, comme une impossibilité de pleurer d'avoir trop hurlé, quelque part dans un coin de sa tête, asphyxié par le poids de quelque chose qui n'est plus là. Comme un enfant paniqué, tombé après avoir couru de longs mètres et qui, s'effondrant ainsi seul paniqua en se relevant, le souffle court bloquant la montée de ses plaintes. Comme perdu dans le noir.
Sans cette présence maternelle, couvante. Laissant place au froid et à l'indifférent.

Tu n'es qu'un gamin, Ronald, et tu ne peux que gémir à ton amour disparu. Pester sur tes jambes mortes et le reste qui les suit, sur tes bras qui ne savent déjà plus que faire d'autre lorsqu'il ne s'agit plus de la serrer. A quoi servent tes mains, Ronald, si, alors qu'elle doivent redonner la vie, redonner espoir, n'ont pas pu raviver celle de Yuui, pour qu'elle te demeure. Ce que tu as fait naître en elle lui est si lourd qu'elle s'est envolée. Sans sa froideur naturelle, tu te congèles.
Tu es condamné à rester là, paralysé par tout ce qui t'entoure et tout ce qui pénètre tes poumons, tout ce que prend possession de chacune des cellules de ton corps pour te faire hurler au manque. Tandis que ton cerveau chante cette litanie déchirante, ode à l'homme qui, tentant de s'imposer dans les eaux du Styx, n'a été capable que de regarder s'éloigner l'âme de celle qu'il aimait, la regarder déchanter, se mourir d'avoir été aimée. C'est peut-être là ton pêché Ron.
Sans cesse les mots des remords d'Orphée te hantent. Inutile. Vain. La mélancolie, le deuil de Déméter, incapable et accablée du départ de sa fille, laissant place à quelques pétales de narcisses stériles. Comme les quelques pétales de lys blancs qu'elle laissaient sur ton oreiller.
Inutile.
Vain.


Tu as laissé passer ta raison de vivre.

Tu n'as pas pu dormir avec elle ce soir là, et tu n'as pas pu te réveiller dans son lit lorsqu'elle est partie avec ses moindres effets. Ses deux trois robes légères, ses coquetteries printanières, ses parfums, et puis bêtement une partie de ta vie entière.

Tandis que ses véritables crachats de douleurs s'apaisaient et que le silence du champ reprenait ses droits, il y avait largement de quoi entendre la neige friable grincer sous des pas qui approchaient. Il avait les yeux en feu, le visage pitoyable en somme. Qu'avait-il donc à perdre de toutes façons. Un simple regard brumeux dans son dos avant qu'il ne se retourne lui suffit à s'assurer de qui s'approchait, et ce fut le retour du nuage de buée, humide de colère et de chagrin.

« Tu le savais, n'est-ce pas ? » Au moins pour eux deux ?

Mais lui connaissait déjà cette fin, de toutes façons. C'était le bon vieux mythe bien connu. Ça ne l'empêchait pas de lui déchirer le cœur.


And I love you, I swear that's true.
I cannot live without you.
Goodbye, my lover.




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MessageSujet: Re: Tes pas ne laissent plus de traces à côté des miens • John   Dim 6 Mar - 5:07

pour une telle attente j'aurais aimé t'offrir quelque chose de mieux ; pardon ;;



HOLMES HOLMES HOLMES


It's sure been a cold, cold winter
And the light of love is all burned out


Il ouvrit la porte et pénétra dans sa chambre, d'un geste lent, mécanique.
Il s'adossa contre le mur, et dans un bruit mat, se laissa glisser jusqu'à terre.
L'oeil vitreux, humide, il regarda par la fenêtre.
La nouvelle ; affreuse, mesquine s'insinuait en lui. Et, doucement, le dévorait.

Elle n'était plus là.
Elle ne lui avait même pas dit au revoir ; Rien.
Elle était juste... partie.


Elle était belle Yuui. Aussi loin qu'il se souvienne, il l'avait toujours trouvée belle. Cette pensée lui arracha un triste sourire. Mais il ne l'avait jamais regardée comme les autres : pour John, la beauté de Yuui n'était pas corporelle. Elle dépassait le stade de simple enveloppe charnelle. Yuui c'était tellement plus que ces cheveux blonds, plus encore que ces grands yeux bleus, la douceur de ses traits, l'élégance de ces robes printanières. Yuui, avant tout, rimait avec tendresse. Avant elle, John n'aurait jamais eu la vantardise de fréquenter quelqu'un d'aussi altruiste et dévoué. Si affectueux et affable. Aussi doux et mature. Attentionné.
L'adolescent sentit son cœur se serrer ; la silhouette éthérée de son professeur le hantait.
Cependant, il n'avait jamais été dupe. Le bonheur de Yuui lui avait semblé factice. Elle avait toujours eu cette fragilité imperceptible qui la caractérisait ; cette douce souffrance qui semblait émaner d'elle en permanence. Cette aura de peur latente qui paraissait la poursuivre depuis l'adolescence. Cette faiblesse de martyr qui semblait, dans un cri muet lui quémander un peu d'aide, de soutient, d'amour. Il avait été naïf ; et malgré ses soupçons, il s'était laissé bercer par le masque de joie que la blonde arborait. La honte le submergea en un instant ; il avait été aveuglé par l'égoïsme, à tel point qu'il n'avait jamais complètement perçu la tristesse de son amie. Elle avait pourtant laissé passer tant d'indices...

De quoi avais-tu si peur, Yuui ?

Dans un éclair, John crut apercevoir le visage presque parfait de son professeur. Son sourire discret qui fleurait bon le mensonge. Il croisa ses yeux immatériels ; ce regard d'acier, parfois bleu, avivé par la brise saline des mers du grand nord. Ces yeux sublimes qui n'avaient jamais su mentir.
John plongea son visage dans ses mains ; une pointe de douleur au cœur. Tu me manques, Yuui. Tellement.

Que savait-il d'elle au final ? Après toutes ces heures passées avec elle, à débarquer dans sa chambre à quatre heures du matin, la serrer dans ses bras à l'en étouffer, à la réconforter contre les démons de son passé. Ces inconnus terrifiants qui lui faisaient tant de mal. Il avait exigé des explications. Elle n'avait jamais été claire ; il avait eu la bêtise de ne pas insister. Aurait-il pu l'aider ? La sauver ?

Yuui, qui es-tu vraiment ?

Dans une note de tristesse, le jeune homme remarqua qu'il ne savait presque rien de son joli professeur d'italien ; elle était née en Norvège, avait vécu de longues années en Italie, et avait des doigts de fée. Des doigts doués sur les touches d'un piano comme sur les manches d'une casserole. Des doigts de fée qui essayait sans cesse d'égailler des cœurs peinés, d'illuminer des visages fanés.

Depuis plus d'un an, John avait tendrement aimé Yuui ; d'un amour puissant, intarissable. Pas comme un époux aimerait sa femme, un amant sa maîtresse. Plus quelque chose comme l'amour d'un fils pour sa mère ; un frère pour sa sœur. Même si, en vérité cette dernière comparaison lui faisait l'effet d'une désagréable démangeaison. Il exécrait cette impression de ne pas être à sa place, et de voler le rôle légitime de Pearl.
L'anglais fronça les sourcils. Il n'avait jamais eu d'atomes crochus avec le bibliothécaire. Ses sourires Colgate sonnaient faux. Ce triste manège, cette mise en scène éternelle pour tromper, cette hypocrisie permanente lui déplaisait. En beaucoup d'aspects, les Kjersti se ressemblaient ; ne serait-ce que par leur beauté ensorcelante, et leur addiction maladive aux mensonges.

John ferma les yeux.

Yuui n'était pas exempte de reproches. Pourquoi était-elle partie comme une voleuse ? Sans au revoir, sans un adieu. Un dernier sourire ? Qu'aurait-il sacrifié pour la voir une dernière fois passer la main dans l'or de ses cheveux ? Esquisser un de ces faux sourires charmants, énoncer ses belles paroles empreintes de courage et de poésie : ces mensonges délicieux qui lui avaient tant plu.
Il aurait tant désiré la voir mentir une dernière fois.

“ - ça va Yuui ?
Oui, bien sûr John ! ”


Ses lèvres mentaient si bien. Ses sourires beaux, tendres, aussi.
Le cœur de John se serra. Il aurait presque pu y croire, se laisser berner par l'innocence de ses mots. Elle avait de beaux yeux Yuui. Deux petits bouts de Ciel, qui se prêtaient mal au jeu mesquin de la contrefaçon. Ils étaient une piètre imitation du bonheur.

John déglutit faiblement. Une soudaine envie de pleurer le saisit. Pourtant, pas une larme ne dévala ses joues.

Malgré sa douceur naturelle, sa gentillesse sans borne, Yuui était une femme tourmentée, rongée par des secrets trop lourds pour ses frêles épaules. C'était une femme secrète, dévorée par un passé douloureux. Une drôle de sensation l'étreignit. Quelque chose comme de la culpabilité, alors qu'elle avait toujours été là pour lui. Il avait été incapable d'être là pour elle ; incapable de soulager son âme. Il se sentait indigne.


Il courrait dans les couloirs.
Il ne s'était jamais imaginé aussi rapide. L'adrénaline, sûrement.
Le vent de sa course sifflait à ses oreilles. Il sentait son cœur battre ses tempes comme un fou. Parmi la constellation de rubans, de pelotes colorées qui s'étendaient devant ses yeux, il en suivait un. Un qu'il avait fini par trouver dans des kilomètres de fils entremêlés. Ce ruban Jadis vigoureux, épais, écarlate ; qui à présent, semblait pâle et affaibli. Comme délavé ; abimé par le manque.
Ce ruban qui liait deux âmes ; l'une venait de disparaître, et l'autre... L'autre il se déchaînait pour la retrouver.

Il poussa brusquement la porte de la salle des Saisons.
La bourrasque glaciale qui l’accueilli lui fit dresser les cheveux sur la nuque. Il frissonna, croisa les bras, et marcha contre le vent qui cinglait ses joues nues. Dans l'immensité blanche, il suivait le ruban rosé qui flottait doucement dans l'air, insensible aux rafales gelées. Il baissa les yeux, et contempla aux côtés de ses propres traces de pas, celles de deux roues parallèles... seules. John frémit doucement ; une grande pitié lui gonflait le cœur.

Enfin, il finit par distinguer une silhouette. Le vent s'était calmé ; le froid restait mordant.
Un bref instant, Ronald se retourna. Leurs regards se croisèrent. Ce qu'il lut dans les yeux du garçon lui fit l'effet d'une claque. Les prunelles de l'adolescent était vides. Comme éteintes ; ses yeux brillaient pourtant ; des restes de larmes, sûrement.

Aussitôt, le Spécial se détourna. Lentement, comme un automate, John franchit les quelques mètres qui les séparaient encore. Le froid était toujours là, mais il ne le sentait plus. Il s'était comme évaporé, envolé. Ses nerfs semblaient étanches à tout ce qui venait de l'extérieur, tant la douleur à l'intérieur était dense. Il lui semblait qu'elle l'incendiait. Comme une brûlure à l'acide.

- Tu le savais n'est-ce pas ?

Dear ne répondit pas. Il s'arrêta près du fauteuil roulant, et s'assit par terre, à même la neige. Son pantalon serait trempé dans les minutes qui suivraient, mais peu importait ; il était à des décennies de ce petit détail matériel.

Il ne savait pas quoi dire. Que répondre ?
La question avait deux sens ; avait-il su qu'elle allait s'enfuir ainsi, les abandonnant sans un mot, un regard, un adieu ? Evidemment que non. John regarda ses pieds. La souffrance que lui avait octroyé le départ de Yuui était indescriptible. Il se sentait perdu, désorienté. Il avait beau lui trouver toutes les raisons du monde, toutes les excuses que son cerveau embrumé pouvait imaginer, il ne pouvait s'empêcher de sentir délaissé. Oublié. Et si lui, John Hans ressentait ça ; que pouvait bien éprouver Ronald ?
John n'osa même pas y penser...

Oui... Je le savais. finit-il par répondre à voix basse. Comme une confession à l'hiver.

Oui, bien sûr il savait pour eux deux. Croyais-tu que votre secret échapperait à mon don, Ron ?
Dear réussit à lever les yeux, et regarda son ami. Et sans une explication, il lui prit la main. Et la serra fort, très fort dans la sienne.

Elle me manque aussi, tu sais... lâcha-t-il dans un murmure.

Ses yeux étaient embués de larmes.
Il eut honte. Il aurait voulu ne rien dire ; par rapport à ce que ressentait Ron, c'était comme si Yuui ne lui manquait pas. Il aurait aimé être fort pour Ron. Pour Yuui. Pour tous ceux qui l'aimaient. Juste accepter son choix. Mais c'était plus fort que lui ; il voulait simplement être là pour ceux qui restaient, ceux qui subissaient, comme lui.
Lui tenir la main, la réchauffer, ne plus la lâcher. Quelle maigre compensation John. Jamais, jamais ta main ne remplacera celle d'une femme aimée.

And I hope it's gonna be a long, hot summer
And the light of love will be burnin' bright
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MessageSujet: Re: Tes pas ne laissent plus de traces à côté des miens • John   Dim 8 Mai - 15:09

This is the last time
That I will say these words
I remember the first time
The first of many lies


    _____ Il y a des fois où, sans costumes et sans décor de carton pâtes, avec la bande-son que daignera nous donner nos écouteurs enfoncés contre nos tympans, on se fait nos propres films, notre vie se vit de haut, et on rit de nos sentiments de mauvais scénario. On se retrouve héros sans peur et sans reproches, les cheveux au vent, les lacets défaits et le jean à la taille, on a l'air fin, on a pas l'air d'un balèze en costume. On s'en fout, parce que pour ce soir, on est tout ce qu'on veut, on est astronaute de jour, on est Indiana Jones, on est n'importe quel cowboy qui s'enfuit vers l'horizon. Et puis peu importe que son horizon soit une vague centaine de mètres en pente, et que son cheval ne soit pas vraiment cheval et se casse la gueule en arrivant tel le bicycle qu'il est quand on le quitte sans penser à mettre la béquille, un sourire tout à fait stupide aux lèvres. Tant pis même si le bicycle n'est même pas, s'il est un simple fauteuil roulant qui supporte mal la roue arrière. Le plus beau sourire du monde, au moins.
    Tombé en arrière, la seule chose qu'il aurait du voir, c'était le ciel qui s'étendait glorieusement au dessus de lui et de son premier amour, le fulgurant, l'adolescent. À la place, le visage riant de Samaël, il s'en souvient, le surplombait en riant.

    ▬ Elle s'appelle comment ?

    Elle s'appelle Espoir, comme celui que j'ai retrouvé, au coin d'un couloir.

    C'est quoi le plus beau ? Peut-être que c'est dans les premiers jours. Ah grand Dieu comme il aurait aimé pouvoir parler de l'amour.
    Il ne croyait déjà pas à toutes ces personnes qui se lamentaient sur celui qui ne leur était pas réciproque, celui qui ne leur apportait rien. Ce genre de sentiments apportait tout ; le simple fait de la croiser à se moment était une bouffée d'air supplémentaire, quand bien même il n'aurait rien attendu en retour. Dire qu'à ce jour, il en était arrivée à en manquer en son absence.
    Il adorait à cette époque-là son ignorance naïve et la douce application qu'avait Yuui à ne jamais croiser son regard, laissant toutes les libertés au sien d'observer chez elle ses plus subtiles douceurs. À cette époque-là, Ronald croyait encore la capter dans son naturel le plus flagrant. Le plus beau dans les premiers jours, c'est peut-être encore la découverte, et cette impression nébuleuse qui saisissait chacune de ses réflexions.
    Après ces quelques années noires, c'était un renouveau. Oui, Ronald Brax croyait au coup de foudre, à l'amour qui rimait avec toujours et aux âmes sœurs, égratignure sur son apparence sérieuse due à une intoxications à la pop-rock et aux histoires le soir dans les bras d'une mère un peu trop protective. Mais tant mieux, après tout. Sinon, il n'aurait jamais pu prendre au sérieux quelqu'un comme John.

    C'était une rencontre comme une autre, toute aussi extraordinaire que celles qu'il avait pu faire à Aisling, après tout. Quelqu'un de bien, une épaule confortante accrochée à des bras paternels qui se développait sur l'ensemble d'Aisling. Le Spécial avait beau paraître mature, il était loin d'être un adolescent sans bavures que Dear se proposait toujours d'aider à rattraper, avec un soupir de circonstances. C'était quelqu'un qu'il admirait.
    Jusque là, il ne lui avait jamais avoué quoi que ce soit, pourtant. Il lui avait peut-être tout dit de ses malheurs, mais rien de la meilleure chose qu'il avait pu lui arriver. Le cadet s'était toujours fait violence pour accepter que les mains illusoires et savantes de John lui extirpe quelques lourds mots qui pesaient encore sur son cœur, l'en libère, mais en avait fait autant pour y conserver encore en secret ceux qui auraient témoigné de sa plus grande confiance. Tu sais John, je crois que j'aime Yuui. Tous les jours. Même quand je n'y fais pas attention.
    C'était difficile pourtant de cacher aux yeux de son aîné quelque chose qu'il avait eu si longtemps dans la peau.

    Elle s'appelle comment, vous dites ?

    Elle s'appelle Espoir, celui que j'adorais retrouver, dans son lit quelques soirs.

    Ce secret-là était devenu bien plus facile à camoufler dans l'étau de leur passion. Il les enveloppait tant et si bien qu'ils n'en voyaient plus leur monde extérieur, et l'avait délicieusement aveuglé ; Quand bien même il en venait à descendre de leur paradis cotonneux, il n'avait jamais ressenti la peur, ou le besoin d'en parler à qui que ce soit. C'était bête. C'était impensable. C'était un peu dangereux. C'était le plus parfait des secrets. Pour rien au monde il n'aurait voulu le partager, comme si les simples mots avaient pu dévoiler à n'importe qui ce que ses mains calleuses dévoilaient quelques nuits sur une peau blanche.
    Ça ne les concernait qu'eux.
    Et cette image-là était la seule qu'il voulait garder imprimée sur sa rétine. Cela avait peut-être été son erreur de ne pas s'interroger plus loin, et de recevoir des autres les soupçons qu'il auraient pu entretenir sur un mal-être caché de sa bien aimée. John en faisait partie. Et il l'aimait, elle aussi. À quel point il avait pu maltraiter le jeune homme en le laissant dans l'ignorance et tout au mieux le doute, il ne s'en rendait compte que maintenant ; encore une fois, il en venait à grandir brusquement.

    Mais c'était trop tard, à présent, même litanie à ses oreilles qui résonnait, quand pour tout autre, c'était le silence qui régnait dans un champ enneigé. Peut-être que pour tous les autres, au contraire, il faisait même tout à fait beau.
    Ronald se le demandait, parfois ; comment le temps pouvait-il continuer à tourner, quand le sien s'était arrêté ? Comment tous pouvaient-ils continuer à sourire, pourquoi profitaient-ils du soleil la joie au cœur quand le sien s'était gelé à la date de son départ ? Comment le monde pouvait-il continuer à tourner sans savoir ? Personne ne savait ?
    John était là. Pour lui aussi, c'était bien l'hiver dans son âme, pour qu'il ait eu l'instinct même – et Dieu savait si John n'était pas un homme d'instinct – de venir le trouver ici. Ronald eut honte de penser qu'en voulant l'occulter de son bonheur puis de sa douleur, il avait ignoré la sienne. Regarde dans la neige, gamin. Il reste encore quelqu'un capable de laisser des traces en toi.

    ▬ Je suis désolé.

    Il tentait encore d'avoir l'air digne, en lui adressant les seuls mots qu'il aurait pu trouver. Il y avait tant de choses pourtant, tant de choses qu'il aurait pu lui dire, tant de faits qu'il aurait voulu qu'on lui excuse, de son égoïsme à son entêtement, et il aurait voulu lui livrer sur-le-champ tout le poids de ce temps suspendu. Mais regarde le, Ronald. Il ne le mérite pas plus que toi.
    Lui qui connaissait si mal les mots ; Qu'en faire ? Quand choisir de les dire, et d'exorciser une douleur qui vous tordait l'âme ? À cet instant, il avait l'intime conviction qu'il n'en fallait rien dire. Pour l'instant, il ne voulait rien dire, ni rien entendre de lui, des réponses aux questions qui lui brûlaient les lèvres. Comment ? Pourquoi ? Est-ce que je suis fou, John, est-ce que tu le vois, ce qui nous relie, elle et moi, nous deux, nous tous ?
    Il avait trop peur, bien trop peur que ces mots fassent renaître un espoir affreux, qui fondrait comme la neige entre ses mains, un espoir trop grand pour lui, quelque chose comme Il y a peut-être encore une chance. Il voulait tout entendre de lui, sauf ce qu'il brûlait d'envie de savoir. C'était peut-être le seul moyen d'aller de l'avant.

    ▬ Je suis vraiment désolé.

    De tes mots contre mon silence. Tes mots que je n'ai jamais voulu écouter, et mon silence qui l'a tuée, peut-être.

    Je n'ai pas très bien compris, comment s'appelle-t-elle, sa douleur, sa disparue ?

    Elle s'appelle Espoir, celui que j'ai perdu, et que je n'ai jamais su lui donner, de mémoire.
    Vivre sans amour c'est une chose, mais vivre sans ça, je ne sais pas.


This is the last time
That I will show my face
One last tender lie
And then I'm out of this place




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